Romain Bouteille :"Ode à un public malveillant"

Le fondateur du Café de la Gare avec Coluche en 1969 continue de cultiver l'exprit subversif. Seul ? Pas sûr. Au CNP Terreaux, son film-culte "le Graphique de Boscop" continue de tenir l'affiche depuis 1976.

Lyon Capitale : Vous avez créé le Café de la Gare après 1968, est-ce que le monde a changé ?
Romain Bouteille : Avant mai 68, on était dans une période qui ressemblait beaucoup à celle-ci. Les gens étaient désabusés de manière incroyable, personne n'aurait soupçonné les évènements qui allaient avoir lieu. Tout le monde était silencieux.

Est-ce qu'on rit plus facilement qu'à l'époque ?
Ça dépend. Aujourd'hui, le rire se donne un genre subversif mais il ne l'est rigoureusement pas. Les managers qui gèrent les écurires d'artistes font très gaffe à ça. Ils partent du principe que les gens sont là seulement pour se marrer, pas pour comprendre les mécanismes : comment fait le FMI pour que les pays pauvres soient toujours aussi pauvres et que les pays riches s'enrichissent davantage ? Comment Bush fait pour fabriquer un état-voyou ? Il faut un spectacle digestif. Il ne faut pas décortiquer les mécanismes, il ne faut pas contredire la presse. (Il cite le spectacle) :
"J'adorais les jeux de bascule
Entre ces deux gouffres abstraits
Qui sont pour l'homme
sans scrupule
La vérité fausse et la vraie"

La presse a-t-elle tant de pouvoir ?
C'est elle qui a fait élire Sarkozy. Elle a le pouvoir de faire élire à peu près qui elle veut. C'est une entreprise commerciale, elle est toujours du côté du plus fort. Si à un moment elle fait dans la subversion, c'est que la subversion peut s'avérer payante. Ou alors que les autres créneaux sont pris.
"Quel fou risquerait le pognon
De son budget publicité
Sur un quotidien d'opinion
Soupçonné d'authenticité"

Qui est subversif aujourd'hui Besancenot ? Bové ?
José Bové, il est mal barré. Ils ont réussi à voter une loi sur les OGM dont il ne voulait surtout pas, il doit être de mauvaise humeur.

Vous auriez pu faire de la politique ? Militer ?
Je l'ai fait en 68. J'ai commencé en me disant : je vais voir ce qui se passe. Ça me paraissait être une affaire de petits bougeois de Nanterre, et je me suis aperçu que c'était pas aussi simple que ça. Au début, personne n'a soupçonné quoi que ce soit, c'était impossible de savoir qui allait gagner. Ensuite beaucoup ont suivi parce qu'il y avait 11 millions d'ouvriers en grève. On a même vu le patron de Radio Luxembourg devenir pro-étudiant alors que c'était un conservateur de première, un commercial à mort et catho en plus !

Pourquoi faites-vous de la scène ?
Mon boulot c'est de passionner les gens, pas de les faire rire. Mais je sais qu'ils sont passionnés quand ils réagissent par le rire. Il faut que chaque strophe ait un impact rigolo.

Vos sources d'inspiration ?
La seule, c'est le paidoyer pour l'anarchie. Je considère l'argent comme une religion aberrante. Au XVIIIe siècle on travaillait 12 heures par jour, depuis, la machine a multiplié par 100 ou 200 la productivité d'un bonhomme, normalement on devrait tous rouler en Rolls. Où est passé la différence ? Personne ne l'a mangé cet argent, il a juste disparu.

Vos humoristes préférés ?
Ce prof de philo, Cusset*. Je n'en connais pas d'autres depuis que Devos a disparu. Lui c'était un vrai clown. Il était subversif par lui même, alors que pourtant, il affichait son conformisme. Il m'avait prêté 3000 balles pour la construction du Café de la Gare.

*Yves Cusset, prof de philo qui fait du théâtre. Auteur de "La philosophie enseignée à ma chouette"

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