Queyranne nous confie Mai 68

23 ans en 1968.

"On était la jeunesse du baby boom qui voulait faire sauter cette société corsetée"

"J'étais en dernière année de licence de droit. Je faisais partie du mouvement, au moins dans sa phase initiale. J'étais à l'Unef mais je n'étais plus secrétaire général de l'AGEL-Unef (il l'a été en 1967, ndlr). De Paris, le mouvement est arrivé dans les facultés de lettres et de sciences puis, ensuite, à la fac de droit, qui a connu, quelques jours après, les premières discussions en amphi. Dans une fac de droit dominée à l'époque par la Corpo, le fait que des étudiants prennent la parole était totalement nouveau. On parlait de réforme de l'université et d'évolution de la société. Moi-même, j'ai pris particulièrement la parole dans les amphis. A l'époque, la fac des lettres était occupée jour et nuit. Il y avait une ambiance sympathique et festive. C'était aussi l'époque des grandes rencontres entre garçons et filles... On refaisait le monde. On était la jeunesse du baby boom qui voulait faire sauter cette société corsetée. C'était très libertaire.

A la fin du mois de mai, le mouvement s'est durci. Les groupuscules gauchistes ont pris la tête. Il y a eu les incidents du pont Lafayette où le commissaire Lacroix a été tué. Je me souviens à ce propos d'une anecdote assez drôle : à l'époque j'étais à la Convention des institutions républicaines (le parti de Mitterrand, l'un des ancêtres du PS, ndlr). Pendant la soirée du 24 mai, quand on a vu que les choses allaient mal tourner, on est allé alerter nos plus anciens qui se trouvaient au siège du parti radical, rue d'Algérie. Pendant que Lyon était en émeute, ils se réunissaient avec la SFIO et le Parti Radical pour savoir qui serait candidat aux sénatoriales de septembre. On leur a dit qu'il se passait quelque chose dans la rue et que c'était quand même le moment de sortir. Une délégation de notables est sortie pour aller vers les Galeries Lafayette où l'accident venait juste de se produire.

Les examens devaient se tenir un mardi, après la Pentecôte. Les étudiants qui voulaient le boycott des examens ont occupé dans la nuit du 3 au 4 juin la fac. Des copies ont été jetées par la fenêtre et les toges des professeurs de droit (qui faisaient encore cours habillés de cette manière, ndlr) ont été pendus aux fenêtres. Pour la fac de droit, ça a été la fin d'une époque. Les épreuves ont été finalement reportées par le doyen. Et du coup on a passé nos examens en septembre à l'oral".

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