Culture : notre sélection livres

Olivier Adam, Ava Weissmann et Hervé Le Tellier…C'est la sélection littéraire de Lyon Capitale

Il ne se passe jamais rien ici, sauf un crime !

Première surprise, le territoire où Olivier Adam a décidé de situer l’intrigue de son dernier roman, Il ne se passe jamais rien ici, n’est pas la côte bretonne, ni le Japon, ni le Paris des bobos ou encore la banlieue oubliée qu’il dépeignait dans Les Lisières (sorti en 2012). Les rivages déchiquetés du Finistère – que l’on retrouvera cependant, brièvement, dans la dernière partie du livre – ont laissé la place aux rives paisibles du lac d’Annecy. Un endroit où, comme l’annonce le titre, “il ne se passe jamais rien”. Un paysage somptueux, comme figé par les sommets enneigés qui entourent l’immobilité du lac, où l’on sent que l’argent circule à flots, du moins dans les riches propriétés à proximité de l’eau. Où la vie semble facile. Mais attention, avec Olivier Adam les apparences sont toujours trompeuses. Quand, au petit matin, au bord du lac, le corps d’une jeune femme est retrouvé sans vie, ce n’est pas rien ! C’est même à partir de cette macabre découverte que l’écrivain tisse sa toile. Comme dans une série policière, une glaçante scène de crime et, ensuite, un inspecteur qui mène l’enquête auprès des habitants du village voisin. D’abord, Antoine, son ex-amant. Vivant d’expédients, porté sur les drogues et la boisson, il est le coupable idéal. Un peu trop peut-être. D’ailleurs le meilleur ami de celui-ci, à peine plus sérieux, dont la camionnette a été retrouvée à proximité du lieu du crime, n’est pas non plus vierge de tout soupçon. Et puis ce pourrait être, Sushi Man, un bellâtre qui a dragué la jeune femme d’une façon lourde lors de sa dernière soirée. À moins que ce ne soit le frère d’Antoine, dont la réussite tapageuse fait jaser. Olivier Adam examine le cas d’une kyrielle de personnages qui prennent tour à tour la parole. C’est l’une des réussites du roman que de leur donner une existence, un passé, une histoire et un caractère singuliers. L’ensemble forme un tableau détaillé, passionnant, de la vie dans un village où tous se connaissent et partagent des secrets qui remontent petit à petit à la surface. Magistral !

Il ne se passe jamais rien ici–Olivier Adam, éditions Flammarion, 368 p., 22 €.


L’amour au rasoir

Mieux vaut ne pas croiser le chemin de la narratrice que met en scène Ava Weissmann dans son premier roman, La Fiancée de personne. Pourtant, c’est une jeune femme séduisante, intelligente, ouverte à toutes sortes d’expériences, du moment qu’elles sortent de l’ordinaire. Mais elle a une redoutable habitude, c’est plus fort qu’elle, elle évalue chaque homme qu’elle rencontre de 1 à 10 sur son “échelle du connard”. Une sorte de classement où elle jauge si elle a affaire à un goujat supportable, ou pas. Si le type a un comportement de rustaud et la drague de façon lourde et brutale, alors il dépasse le seuil fatidique de 8. Et elle doit le punir. D’une façon radicale. Puisque si elle se laisse d’abord entraîner dans un endroit discret et qu’elle dégrafe la braguette du type au comble du bonheur, la suite est plus gore. Il y a d’abord émasculation d’un grand et gracieux coup de mâchoire, à force elle maîtrise le geste fatal. Et, au besoin, elle finit le travail avec un objet coupant. On retrouve donc ses victimes, qui finissent par former une liste importante, la gorge tranchée et le sexe dans la bouche. Jusqu’à ce qu’un séduisant flic s’en mêle, à sa manière à la fois élégante, opiniâtre et détachée. Il a pour lui de ne pas dépasser le 8 sur l’échelle du connard, d’être même bien en dessous. Pour un peu, elle en tomberait amoureuse… Mais on ne va pas tout vous raconter. Ce premier roman à l’écriture racée a été dûment remarqué. Il mérite l’enthousiasme qu’il déclenche immanquablement chez ses lecteurs.

La Fiancée de personne – Ava Weissmann, éditions du Tripode, 38 p., 19 €.


André Chaix, j’écris ton nom

Hervé Le Tellier est désormais identifié au fait qu’il a obtenu le prix Goncourt en 2020, pour son roman L’Anomalie. Qui a allégrement dépassé tous les records de vente pour un prix Goncourt (qui a dit que les Français ne lisaient plus ?). Son dernier livre, Le Nom sur le mur, ne connaîtra évidemment pas un tel succès populaire. Mais il mérite tout notre intérêt. Ce n’est pas une fiction mais un récit documenté. Il est issu de l’enquête menée par Hervé Le Tellier après qu’il a acquis une maison en Ardèche. Il découvre inscrit sur l’un des murs de sa récente propriété le nom d’André Chaix. Il se sent alors le devoir d’enquêter, de dire qui était cet homme, jusque-là connu seulement d’un petit cercle de descendants familiaux et de passionnés d’histoire. C’était un maquisard, un résistant fauché par les balles nazies alors qu’il avait tout juste vingt ans. À l’aide de quelques photos et lettres (reproduites dans le livre), d’objets lui ayant appartenu – dont un fume-cigarette confectionné avec une cartouche de fusil – qu’il a pu récupérer, l’écrivain retrace sa trop brève trajectoire, quitte à combler par l’imaginaire les nombreuses périodes inconnues. Il en ressort un portrait saisissant, émouvant de ce jeune homme tué il y a 80 ans, l’un de ces innombrables combattants qui permirent à la France de recouvrer sa liberté.

Le Nom sur le mur – Hervé Le Tellier, éditions Gallimard, 176 p., 19,80 €.

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