Koroliov : Modestie et grandeur tragique

Jamais un siècle ne fut tant préoccupé par l’interprétation dans toute l’histoire de la musique. Aujourd’hui l’interprète est devenu presque aussi important que l’œuvre : Lyon Capitale analyse les secrets de jeu des plus grands musiciens... Ce mois-ci, le pianiste Evgeni Koroliov.

Faire confiance à l’œuvre et révéler sa structure pour mieux la transcender, voilà une démarche que semble avoir embrassée le pianiste Evgeni Koroliov qui en toute discrétion est devenue LA référence Bach auprès des mythes Glenn Gould et Sviatoslav Richter. À l’auditorium pour “Les Grands Interprètes”, le pianiste russe accompagné du quatuor Prazák poursuit sa tournée au programme iconoclaste Chostakovitch/ Schumann.
La nécessité de jouer existe-t-elle ? Question fréquente chez les mélomanes à laquelle la vie d’Evgeni Koroliov pourrait répondre par l’affirmative. Martyrisé et longtemps interdit à la musique par le régime soviétique, l’homme, âgé d’une soixantaine d’années, vit aujourd’hui à Hambourg où il enseigne le piano et est reconnu comme un grand pédagogue. Porté par son amour pour la musique, il n’a jamais renoncé.

Cette ténacité se lit dans son jeu d’une étonnante rigueur, un silence est un silence, rien n’est enrobé chez Koroliov. Il restitue comme personne la partition mais en filigrane il lui confère toujours une douleur toute personnelle. Son interprétation de l’Art de la Fugue de Bach est un condensé de cette perfection empreinte de souffrance. Considéré par les spécialistes comme le musicien qui a le mieux compris la structure de l’œuvre de Bach et l’a donnée à entendre avec une délicatesse et une richesse de nuances inégalables, le pianiste -dont la notoriété n’est pas encore à la hauteur de son talent- excelle aussi dans les partitions de Schumann, Debussy, Prokofiev...
Du charme discret de la tradition de l’interprétation russe

“Si je ne pouvais avoir qu’une seule œuvre avec moi sur une île déserte, je choisirais le Bach de Koroliov”, confiait Gyorgy Ligeti. Sans doute le compositeur hongrois fait référence ici au caractère nécessaire et essentiel du jeu du pianiste directement lié à la tradition des grands interprètes russes qui frappent fort à l’âme. Philippe Chabanis, le directeur des “Grands Interprètes”, se réjouit de la rencontre de Koroliov avec le quatuor Tchèque Prazák, “leur manière d’interpréter le Quintette en sol mineur de Chostakovitch va devenir une référence, on touche à une beauté très aride et en même temps infiniment pure”, explique-t-il. Sans fioriture et sans pathos, c’est toute l’âme slave de Chostakovitch que l’on peut espérer retrouver lors de ce concert et Philippe Chabanis prévient : “Prévoyez les mouchoirs !”

Evgeni Koroliov et le Quatuor Prazák. Le 6 novembre, à l’Auditorium,
Lyon 3è. lesgrandsinterpretes-lyon.fr

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