James Nachtwey, la guerre en images

Photographie. A l’occasion de Lyon Septembre de la Photographie et jusqu’au 15 janvier, la BML rend hommage au photojournaliste américain James Nachtwey.

Une scène apocalyptique, des ruines qui barrent l’horizon, et une fumée noire, épaisse, infranchissable. L’image du chaos. Au milieu des décombres, un pompier de la ville de New York, avance vers l’objectif, dans son uniforme noir et jaune. A ses pieds, un prospectus semble avoir été miraculeusement épargné par la poussière. En lettres capitales, blanches, sur fond de paysage paradisiaque en quadrichromie, le verbe "BELIEVE", "CROIRE". James Nachtwey déclenche son appareil. Nous sommes le 11 septembre 2001.

En organisant une exposition dédié au photographe américain, la BML propose une mise en perspective de l’actualité la plus dure de ces trente dernières années. Avec toujours la même lucidité, la même efficacité, les clichés de Nachtwey montre les conséquences de la guerre et de la folie des hommes. Du Sud Soudan à l’Afghanistan, du Rwanda à l’Irak, ses images dénoncent l’immobilisme.
James Nachtwey est une référence dans le monde du photojournalisme, une sorte de mythe vivant du reportage de guerre. Ses premières photos de conflit, il les prend en Irlande du Nord, en 1981. Depuis, il est de toutes les batailles. Alain Mingam, grand reporter, directeur de l’exposition, a connu "Jim" sur un bateau pour Beyrouth, il y a trente ans. Admiratif, il salue "sa permanence dans l’engagement" et la capacité toujours renouvelée de son ami a être "en ligne de front pour la dénonciation de la guerre". Car si James Nachtwey a découvert sa vocation sur le tard, sa démarche a toujours été la même. "Je prends ces photos pour montrer aux gens l’horreur d’une situation, parce que dès que l’opinion publique est alertée, les choses changent". A l’image de son raisonnement inébranlable, il décrit le "long processus" de basculement de l’opinion américaine à propos de la guerre en Irak. "Je crois que les journalistes, et les photographes, ont fait leur travail, même s’ils étaient embedded*. Depuis 2003, l’opinion des Américains a changé, et c’est grâce aux images qui viennent d’Irak. Avec Sacrifice, je montre le vrai coût de la guerre." Exposé pour la première fois en France, ce projet réalisé avec le soutien du National Géographic, se matérialise à la BML sous forme d’un tirage unique de neuf mètres de long. Une expérience globale pour le visiteur. "Des images isolées ne pouvaient suffire à rendre compte de l’horreur de la situation, il fallait cette accumulation pour comprendre à quoi sont confrontés les jeunes médecins américains envoyés en Irak", explique James Nachtwey. Le photographe est allé au plus proche de son sujet pour Sacrifice. Pendant deux mois, il a shooté en noir et blanc une table d’opération ensanglantée, les gestes et le visage des médecins militaires. James Nachtwey insiste "ils sont vraiment jeunes, ils n’ont pas trente ans… C’est ça le coût de la guerre".

*Journalistes "embarqués" avec l’armée, souvent critiqués pour ne présenter que le point de vue des militaires.

EXPOSITION James Nachtwey,
La Galerie, Bibliothèque municipale de Lyon (3e).
Jusqu’au 15 Janvier 2011. Entrée libre.

Soudan, Darfour, 2004 Une personne déplacée s'occupe de son fils, malade de l'hépatite E, à l'hôpital de Mornei, réhabilité par MSF, France.
Photographie James Nachtwey © Agence VII

Ramallah, Cisjordanie, 2000. Un palestinien lançant des cocktails Molotov aux troupes de l'armée israélienne.
Photographie James Nachtwey © Agence VII

Rwanda 1994 - Un survivant des camps de la mort Hutu.
Photographie James Nachtwey © Agence VII

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