District 9, de Neill Blomkamp

Depuis, la gestion de la situation a été transférée au MNU (Multi-National United), une société privée qui cherche à percer le secret du fonctionnement de l'armement extraterrestre. La tension entre extraterrestres et humains atteint son maximum lorsque le MNU commence à évacuer les non-humains du District 9 vers un nouveau camp, en envoyant des agents de terrain s'occuper de leur transfert. L'un de ces agents, Wikus van der Merwe, contracte alors un virus extraterrestre qui modifie son ADN. Commençant à se métamorphoser, il devient l'homme le plus recherché de la planète, la clé qui permettra de percer le secret de la technologie alien. Pourchassé, il se réfugie dans le District 9...

La question de l'immigration, de la gestion des clandestins, de l'exclusion, des lois sur l'immigration est un problème universel dont on n'arrêtera sans doute jamais de parler. Mais qu'adviendrait-il si cette question revêtait un caractère proprement " universel ", au sens premier du terme ? Autrement dit, au sens " intergalactique ". C'est la question que pose le réalisateur sud-africain Neill Blomkamp avec District 9. Soit l'histoire de gambas de l'espace échoués en Afrique du Sud depuis 28 ans et rejetés par la population, et dont un agent de l' " immigration extraterrestre ", confit de veulerie mais en proie à une étrange métamorphose, infléchira la morne destinée. Thème tiré d'un court métrage du même Blomkamp, Alive in Joburg, qui fit sensation auprès d'un certain Peter Jackson, producteur de District 9.

Convoquant David Cronenberg (La Mouche), John Carpenter (Invasion Los Angeles), Wolfgang Petersen (Enemy Mine) et même sa propre pub réalisée pour le compte de Citroën (une C4 se métamorphose en robot), Neill Blomkamp livre l'un des plus étonnants films d'extra-terrestres qu'ont ait vu. Sans doute le premier à évoquer le problème de l'immigration extraterrestre depuis E.T., qui lui était seul et voulait " rentrer maison ". Ici, les " mollusques ", comme les surnomment les Sud-Africains, sont plus d'un million et coincés sur terre, parqués dans des bidonvilles, nourris à la bouffe pour chats revendue par les gangs nigérians et volontiers disséqués dans des laboratoires afin de percer le secret de leur technologie. Ce qui aurait pu faire dire à un certain ministre " les aliens quand il y en a un ça va, c'est quand ils sont plusieurs que ça peut poser des problèmes ".

Bien entendu, pas besoin de dessin, la parabole du film sur le lourd passé ségrégationniste de l'Afrique du Sud est évidente. Une voix-off précise malicieusement d'entrée qu'à l'étonnement général le vaisseau ne s'est pas arrêté au-dessus de Manhattan, comme inoculé dans l'inconscient collectif par Hollywood. Mais le choix de Johannesburg où se met en place une nouvelle apartheid anti-mollusques, à coups de panneaux d'interdictions et d'évacuations vers des camps de concentration, n'est sans doute pas innocent, ni uniquement lié à la nationalité du réalisateur.

Au-delà de son propos politique, District 9 est, d'un point de vue esthétique, un sublime bricolage d'effets spéciaux hyperréalistes, de plans séquences caméras à l'épaule, de violence crue et d'humour noir (c'est la première fois qu'on rencontre un mollusque extraterrestre nommé Christopher). A à peine trente ans, le nouveau prince du cinéma de genre, désormais installé à Vancouver (là où se tourne une bonne partie des productions américaines), vient sans doute de réaliser un exploit accompli avant lui par Peter Jackson avec la Nouvelle-Zélande : placer l'Afrique du Sud sur la carte du cinéma mondial.

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