Cet animal qui nous regarde aux Subsistances : le silence des bêtes

"Certainement pas Brigitte Bardot", mais chercheuse curieuse en animalité, oui. Jade Duviquet présente une création inédite aux Subsistances, à l'occasion du week-end de performances Ça tchache, auquel elle avait déjà participé l'an dernier.

Le plateau est simple. Peu d'éléments scéniques, un piano miniature manipulable avec une poulie, un trapèze, trois cubes sans parois montés en pyramide. Jade Duviquet, metteur en scène, compte dans ce nu-décor parler des animaux pour, en réalité, "évoquer notre humanité ". Le principe est envisagé sans fioritures, avec pour principale problématique celle du corps et de ses frontières. Sur scène, l'étonnant comédien Cyril Casmèze jouera de son don, qui le fait rentrer dans le corps de différents animaux en modifiant à peine, entre le sanglier et le chimpanzé et dans une infime mesure, sa gestuelle. Acolyte privilégié de Jade Duviquet, il avait déjà l'an dernier impressionné son monde aux Subsistances. A cette performance à coup sûr étonnante, Jade Duviquet a ajouté l'intervention d'une circassienne bien plus classique dans l'expérience, Hélène de Vallombreuse. Accompagnée de Zazou... son perroquet. Elle sera Félicité, ce personnage de la nouvelle de Flaubert, Un Cœur simple, sans avoir pour autant besoin de dire le texte, absorbé dans la robe et dans le perroquet. Mélanie Mazoyer, comédienne, disséminera ses animaux de ferme en plastique sur le plateau, tandis que Nicolas Reggiani (fils et petit-fils de, il l'annonce illico habitué à entendre la question) devrait aussi traîner dans les parages. Un superbe texte tiré de Lettre à une jeune pianiste de Rilke devrait mener tout cela au-dessus du zoo.
Ça tchatche, un animal ?
"J'interroge le silence des bêtes", résume Jade Duviquet, la tête chauffée par le chantier bestiaire, à quelques jours de sa première représentation, sous une chevelure plus orangée qu'un jus de fruit frais. Avec la compagnie Singe Debout, la séduisante metteure en scène fait référence dans une dissertation transversale et organisée à L'Animal que donc je suis de Derrida, mais aussi au bon vieux Freud décrivant les bouleversements faits à la pensée humaine par Copernic ou encore Darwin, en passant par Un animal qui te regarde, un livre pour enfant, "à lire par tous", et qui a inspiré le titre du spectacle. Jade Duviquet note par ailleurs que le vocabulaire lié au monde animal est souvent dépressif, citant à la chaîne pour exemple "porc", "truie" et "morue" qui sonnent à nos oreilles comme autant d'insultes auxquelles on répondrait bien aussi par quelques noms d'oiseau. Zazou, c'est ça ?
Cet animal qui nous regarde, programmé dans le week-end Ça tchache !, du 23 au 26 avril. Aux Subsistances, 8 bis quai Saint Vincent, Lyon 1er. 04 78 39 10 02. www.singedebout.com.

à lire également
Nine De Montal et Vincent Garanger dans “La Musica deuxième” de Marguerite Duras – Mise en scène Philippe Baronnet © Victor Tonelli
Deux jeunes metteurs en scène formés à l’Ensatt se confrontent cette saison à l’écriture théâtrale de Marguerite Duras. Louise Vignaud avec Agatha, présenté au TNP à partir du 4 février, et Philippe Baronnet avec La Musica deuxième programmé à la Renaissance fin mars.
Faire défiler vers le haut