Phoenix 2

Pop française : l’envol du Phoenix

Ayant conquis le monde avant de faire son (gros) trou en France, Phoenix est revenu cette année en triomphateur romain avec l’album Bankrupt ! Œuvre d’un groupe en pleine bourre depuis treize ans, qui se bonifie à mesure qu’il déploie ses larges ailes pop. En tournée en novembre.

En matière de musique, l’expression “Nul n’est prophète en son pays” se vérifie assez rarement en France. Une France où l’on a longtemps pu se plaindre de n’avoir que des prophètes nationaux (si l’on met de côté les succès paranormaux de chanteuses comme Mireille Mathieu ou Patricia Kaas dans à peu près toutes les contrées situées à l’est de l’Oural). Une France qui, même, en matière de pop était si bienveillante que, tout en n’allant pas embêter les autres avec sa sousoupe, elle se faisait terre d’accueil d’artistes dont le pays d’origine n’avait au départ jamais entendu parler (Jay Jay Johanson, Ben Harper...).

L’exception à la French Touch

Et puis il y a eu la French Touch, ce “prestige” comme on dit en magie, ce lapin sorti du chapeau, cette formule qui soudain rendit une poignée de petits Français bien mis – en tête Air, Mr Oizo, Étienne de Crécy et Daft Punk – très populaires au-delà des frontières de l’Hexagone, tout en marchant dans l’Hexagone (même si moins que Johnny ou Obispo). À une exception près : Phoenix, seule formation véritablement pop du lot, originaire de Versailles comme pas mal de ses pairs et dont un membre a frayé avec les futurs Daft Punk au
sein de Darlin’.

Succès d’estime en
2000, guère plus, malgré l’immortel single Too Young, pour le premier album United, mais rien qui fasse d’eux les nouveaux Téléphone – il faut dire que peu d’ingrédients phoenixiens rappellent le quatuor pénible de Jean-Louis Aubert, en plus ils chantent en anglais. En Angleterre justement – faut-il y voir un clin d’œil du destin de ce titre United ? – l’album est un petit triomphe, de même qu’aux États-Unis, où le groupe passe sur toutes les radios et commence même à inonder les BO de films cool.

Amadeus Phoenix

C’est donc dit : Phoenix sera le groupe français qui ne pourra prêcher la pop parole qu’à l’étranger et devant une poignée d’amateurs éclairés en France, la jeunesse française lui préférant Kyo. La malédiction, si tant est qu’elle en fût une, ne fera qu’aller croissant, s’étendant à quasiment tous les pays du monde – Amérique du Sud, Japon, Scandinavie, Allemagne (où, rappelons-le, David Hasselhoff est un chanteur reconnu) – et de manière toujours plus impressionnante. Elle sera pourtant brisée avec le quatrième album d’un groupe porté aux nues par les Saturday Night Live et autres films de Sofia Coppola (la compagne du chanteur Thomas Mars) avec le succès assez immense de Wolfgang Amadeus Phoenix (qui lui vaudra un Grammy Award), mis sur orbite par le single au caramel tueur Lisztomania – une théorie complotiste avance pourtant qu’il s’agirait d’une confusion : la plupart des acheteurs du disque pensant faire l’acquisition du nouvel album de Mozart, qui triomphait alors avec un impressionnant opéra rock cosigné avec le Salieri du genre, Dove Attia. Notez que Phoenix s’en fout puisque, cette même année, il remplit le Madison Square Garden.

Enfin bon, voilà, le quatuor est là sur le toit de la pop française, qu’il hante quand même depuis quelques années, et à deux doigts de passer chez Daniela Lumbroso (raison pour laquelle l’émission Chabada est immédiatement supprimée par la direction de France Télévisions) quand sort son dernier album de pop sophistiquée et changeante : Bankrupt ! (car, oui, en plus les mecs se foutent de notre gueule) qui se classe à la troisième place des meilleures ventes de disques. Juste au moment où plus personne ne vaut une cacahuète dans l’industrie du disque. Allez comprendre.

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Phoenix. Le 14 novembre à Lyon (Halle Tony-Garnier), le 15 à Nantes (Zénith), le 16 à Toulouse (Zénith) et le 23 à Lille (Zénith Arena).

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