Le Théâtre de l’Iris va-t-il devoir fermer ses portes ?

Véritable coup de tonnerre pour Villeurbanne et le Grand Lyon, l’un de ses théâtres les plus actifs, le Théâtre de l’Iris, est menacé de fermeture. Pour cause, les propriétaires privés du bâtiment, rue Francis de Pressensé, ne souhaitent pas renouveler le bail de location arrivant à échéance le 31 décembre 2011. Une situation préoccupante et critique qui illustre la précarité inquiétante d’un lieu dédié au spectacle vivant dont la réputation n’est pourtant plus à faire...

En 1988 naissait le Théâtre de l’Iris, grâce à l’initiative de passionnés regroupés en une compagnie, la compagnie de l’Iris, qui avait le rêve d’avoir un lieu de création, de diffusion, de rencontre des publics. Aujourd’hui, pari réussi pour l’Iris, qui peut se targuer d’avoir "présenté plus de 400 spectacles, dont 45 créations de la Compagnie de l’Iris", explique Philippe Clément le directeur du théâtre ajoutant que "le rêve artistique a été d’une part assouvi pleinement à Villeurbanne mais aussi dans d’autres théâtres et villes de France, grâce aux tournées ou à des créations (Avignon, Théâtre des Célestins…)".

En plus de cette force créatrice, le théâtre a mis en place une formation complète d’art dramatique, il apparaît aussi comme un soutien aux "compagnies émergentes ou reconnues", et il multiplie les liens avec d’autres structures de la ville telles l’école de musique de Villeurbanne, le TNP… Soutenu par la Ville de Villeurbanne, le Théâtre de l’Iris se voit pourtant menacer d’expulsion d’ici la fin de l’année.

Théâtre de quartier versus opération immobilière ?

Il y a six ans, le Théâtre de l’Iris avait déjà dû se confronter à la même situation, les propriétaires des lieux envisageaient de récupérer les locaux (environ 1000 m2 rue Francis de Pressensé). Une bataille juridique avait alors éclaté, gagnée par le théâtre qui a vu son bail se renouveler pour six ans. À ce jour, le bail prend fin et le propriétaire a signifié à l’équipe qu’elle sera expulsée en fin d’année. Une procédure a donc été engagée par le théâtre pour faire valoir ses droits, en effet l’ordonnance 45-2339 du 13 octobre 1945, relative aux spectacles, affirme qu’"aucune salle de spectacles… ne peut recevoir une autre affectation ni être démolie sans que le propriétaire ou l’usager ait obtenu l’autorisation du ministère de la culture". Le propriétaire n’ayant pas fait cette démarche auprès du ministère, l’expulsion semble pour l’instant pouvoir être évitée.

Néanmoins, Loïc Chabrier, adjoint à la culture de la Ville de Villeurbanne, Philippe Clément, directeur du Théâtre de l’Iris, et toute son équipe s’inquiètent des éventuelles suites de l’affaire et redoutent un cycle infernal de procédures dans les années à venir avec un propriétaire qui désire se réapproprier son bien. Actuellement, le théâtre s’acquitte d’un loyer de 3000 euros par mois pour une surface de 1000 m2, soit un loyer dérisoire en comparaison des prix du marché de l’immobilier. L’équipe précise que le propriétaire n’a jamais formulé le désir d’augmenter le loyer, et elle soupçonne celui-ci de vouloir récupérer les locaux pour "les démolir et reconstruire autre chose".

Une situation regrettable car tous, équipe et habitants, clament leur attachement au lieu, ancien cinéma de quartier, véritable patrimoine historique de la ville. Leur combat n’est pas politique puisque pour l’instant le théâtre peut compter sur les soutiens de la Ville, -qui a réaffirmé sa confiance au théâtre par la signature d’une convention d’objectifs sur 3 ans-, et de la Drac. La bataille de l’équipe de l’Iris est donc celle d’un locataire qui vit dans une situation précaire, avec la menace de l’expulsion qui planera désormais régulièrement si aucune solution n’est apportée. Dans l’immédiat, il s’agit de pouvoir mener à bien la saison 2011/2012, donc d’annuler l’expulsion prévue en fin d’année, mais à l’avenir un défi de taille attend le Théâtre de l’Iris et la Ville de Villeurbanne : trouver un moyen de pérenniser le lieu pour permettre au théâtre de se rénover, de se renouveler, et de ne pas se laisser gangrener par une précarité handicapante qui avorterait toutes formes de projets futurs…

Une pétition de soutien pour le théâtre est en ligne : http://www.petitionpublique.fr/?pi=P2011N14756

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