Comœdia-UGC, la guerre des cinés

Sur fond de climat ultra-concurrentiel, la guerre des cinés est ouverte.

Le Comœdia, véritable institution à Lyon depuis 1924, est racheté par l'UGC en 1993. Dix ans plus tard, la salle a perdu près de 50 % de sa clientèle. Le groupe décide alors de stopper l'hémorragie et ferme le lieu. Novembre 2006, la société Plein Champ reprend l'exploitation et, stupeur pour l'UGC, l'enseigne du célèbre cinéma de l'avenue Berthelot. "Nous sommes détenteurs de la marque et nous envisageons de la réutiliser et pas seulement pour gêner la société Plein Champ, mais parce que le nom "Comœdia" est une véritable valeur ajoutée à Lyon", explique Alain Sussfeld, Directeur Général d'UGC, dont la plainte pour contrefaçon de marque est examinée le 11 décembre par le tribunal de grande instance de Lyon.

Mais Marc Bonni, président de Plein Champ, nous apprend que ce n'est pas la seule attaque menée à l'encontre du lieu. "L'UGC a également déposé un recours devant le tribunal administratif pour contester la légalité d'une subvention qui nous a été accordée par le CNC (Centre National du Cinéma)". Une subvention d'investissement de 600 000 euros en compensation de travaux de rénovation d'un montant total de 3 millions à la condition que le Comœdia réserve 70 % de ses séances à des films classés Art et Essai. L'UGC réclame la restitution de cette aide publique pour une structure qui se veut, comme elle, privée. Pour Alain Sussfeld, "l'Art et Essai n'est pas en carence à Lyon. De plus, au début de son activité fin 2006, le cinéma programmait des films grand public. Nous travaillons dans un système concurrentiel et nous considérons que cette programmation de départ était assez agressive sur le plan commercial".
Marc Bonni, stoïque, met en avant "l'abus de droit et l'intention de nuire" de son concurrent. Pour lui, "l'UGC anticipe l'ouverture de son futur multiplexe et veut empêcher le Comœdia de se positionner et d'avoir une clientèle suffisamment installée". Le géant et son directeur général préfèrent, quant à eux, se poser en victimes. "Notre activité est très contrôlée. Le maire de Lyon nous a refusé un permis de construire de quatre salles supplémentaires à la Cité Internationale, ainsi qu'un projet de multiplexe à Gerland, qui, lui, sera repoussé vers le Confluent en 2010. Pendant ce temps, le Pathé va ouvrir deux nouveaux complexes au Carré de Soie et à Vaise. Nous aimerions juste la liberté du commerce et d'entreprendre".

Dans ce contexte ultra-concurrentiel, le Pathé, le CGR et l'UGC se partagent aujourd'hui 90 % de la clientèle du département. Ce dernier, leader européen, comptabilisait en 2002 quelques 64 millions d'entrées reparties sur six pays. De quoi s'interroger sur la réelle menace que représente pour l'UGC les quelques 210 000 billets vendus du Comœdia depuis sa réouverture en 2006.

Témoignages
Stéphane, 31 ans, possède la carte UGC illimitée pour pouvoir profiter des films en VO proposés par l'UGC Ciné Cité ou Astoria. "Ma copine avait déjà sa carte et ça commençait à me faire un peu cher de la suivre au ciné. Nous sommes de gros consommateurs, on y va plusieurs fois par semaine. Il faut avouer que la variété des films proposés et la rentabilité de nos abonnements font la différence."
Christiane, enseignante à la retraite, est une habituée du Comœdia. "J'y amenais déjà mes élèves dans le temps et aujourd'hui, je continue à apprécier le lieu pour sa proximité, sa programmation, ses versions originales, les débats organisés et l'espace de restauration du rez-de-chaussée. Et puis, la place est moins chère qu'au Pathé ou à l'UGC et, en prime, on n'a pas à supporter tous ses masticateurs de popcorn !"

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