Vouloir, pouvoir

Neuf mois après le lancement du nouveau Lyon Capitale,nous mesurons sereinement le chemin parcouru : nous avons résisté aux pressions, menaces et intimidations diverses et variées, d'où qu'elles émanent. Nous avons accepté les critiques de bonne grâce, même quand elles étaient dures. Nous avons laissé la parole entièrement libre sur lyoncapitale.fr et n'avons jamais publié de faux courrier des lecteurs -forcément dithyrambique.

Pour tout cela, je tiens d'abord à rendre hommage à toute l'équipe de "Lyon Cap", ces Esprits Libres qui font honneur à une profession décriée, parfois à juste titre. Car il n'est jamais simple de résister : on subit alors la logorrhée des donneurs de leçons qui nous expliquent, vêtus de probité candide et de lin blanc, que nous sommes "manipulés". Certains crient au fascisme aigu, d'autres nous accusent de gauchisme chronique, d'autres encore nous assignent le rôle de suppôts du capitalisme le plus amoral.Bref, nous sommes suspectés de toutes les mauvaises intentions possibles, fussent-elles les plus antinomiques, ce qui est, tout compte fait, assez rassurant pour notre santé mentale. Mais la réalité est tout autre : nous sommes libres et indépendants et en acceptons le prix.

Ce numéro de Lyon Capitale, 679e du nom, marquera notre histoire : il est le dernier à comporter des pages de publicité vantant les mérites des collectivités locales, quelle que soit leur couleur politique. Comme nous ne fréquentons aucun "réseau" ni aucune "écurie", cette décision s'est peu à peu imposée à nous, avec la force tranquille de l'évidence. Il ne s'agit pas de se comporter en parias et encore moins de défier quiconque en bombant le torse. Simplement, nous aimons notre métier et souhaitons l'exercer normalement, c'est-à-dire sans schizophrénie, en toute clarté et en respectant nos lecteurs. Car comment être crédible en enquêtant, par exemple, sur l'utilisation de l'argent public, quand nous-mêmes tendrions fébrilement notre sébile aux édiles ?

Nous serions alors dans le domaine de la communication, laquelle, pour paraphraser le slogan d'une autre marque passée à la postérité, a le goût et la couleur de la presse... mais n'est plus tout à fait de la presse. Cet état de fait, érigé par défaut en véritable système et au sein duquel se débat la plupart des médias régionaux, n'aboutit in fine qu'à une information partisane ou aseptisée, ne serait-ce que par autocensure, maladie insidieuse qui guette tout journaliste, spécialement par temps de crise. A la rédaction de Lyon Capitale, nous sommes pleinement conscients des conséquences de notre décision -comme de son caractère irréversible- tout en ayant la ferme conviction que seule une indépendance réaffirmée vis-à-vis des pouvoirs publics permettra à notre profession d'inventer un nouveau modèle économique, solide et viable à long terme.Nous souhaitons retrouver la confiance des citoyens qui, à l'heure d'Internet, ne se laissent guère abuser par les petits arrangements entre amis et autres publi-reportages taisant leur nom. On a beau mettre un couvercle sur la marmite, elle finit toujours par exploser.

Je tiens ainsi à vous remercier, chers lecteurs et internautes, toujours plus nombreux (200.000 par mois !), toujours plus exigeants et participatifs, qui nous manifestez votre fidélité. Sans vous, rien ne serait possible ! Je livre donc à votre sagacité, en guise de conclusion provisoire, cette maxime d'un Lyonnais génial, le Grand Frédéric Dard alias San-Antonio : "la véritable indépendance consiste à dépendre de qui on veut". Oserais-je ajouter : "Et pas de qui on peut" ?

Didier Maïsto, directeur de la publication

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