Théâtre des Célestins à Lyon, une saison toute voile dehors !

Touchée par la pandémie du covid 19, la longue période de confinement qui a suivi, l’équipe des Célestins semble y avoir puisé une énergie et une envie de théâtre décuplées. Ce n’est pas un hasard si le théâtre sang et or axe sa communication sur le thème du voyage, affichant en couverture de sa nouvelle plaquette un navire qui prend résolument la mer. Oubliée l’antienne déprimante, tant répétée, "Restez chez vous !". Et si le théâtre n’a pu présenter sa programmation en public ; sur internet, une série de vidéos et de liens évoquent la saison à venir. Comme une traversée maritime au long cours, plus dense et plus ample que jamais. Bienvenue à bord !

Quoi de neuf ?

42 spectacles, 321 levers de rideaux ! Jamais les Célestins n’ont eu une telle richesse de propositions, utilisant au mieux la grande salle et la « Célestine » -la petite salle située au sous-sol du théâtre-, toutes les deux fraîchement rénovées. Seul élément inconnu : faudra-t-il baisser les jauges selon la situation sanitaire, à la rentrée de septembre et lors des mois qui suivront ?

Conséquence d’une telle abondance, le théâtre restera ouvert durant les vacances de la Toussaint et les vacances de Noël. Ce qui est inédit. Mais on n’interrompt pas une traversée au long cours.

Autres innovations : un tarif avantageux pour les jeunes (et les adultes qui les accompagnent) ainsi que de nombreux spectacles à voir en famille, facilement identifiables, par un pictogramme, dans la programmation.

Ajoutons que même si les Célestins utilisaient déjà beaucoup internet, l’offre dématérialisée s’est considérablement enrichie. Ainsi, une série de vidéos, conçue comme un périple maritime en cinq escales, permet de voir en images, agrémentées de courtes citations, l’ensemble des spectacles. Et sur le site du théâtre, on trouve également des interviews, des extraits de spectacles prévus. Vous pouvez d’ores et déjà souscrire un abonnement. Tandis que les réservations, en jauge limitée, seront ouvertes fin août.

Pierre, Guillaume, Emmanuelle, Anne et les autres…

On pourrait s’en plaindre mais il en a toujours été ainsi, les plus connus de nos comédiens sont ceux que le grand public a pu voir au cinéma (ou, désormais, dans des séries à succès). Sans céder au star-system, comme chaque année, les Célestins accueilleront quelques uns de ces grands noms.

Ainsi, le grand blond avec une chaussure noire, le légendaire Pierre Richard, sera de retour, après son fabuleux Petit éloge de la nuit (programmé en 2018 aux Célestins) avec un spectacle écrit à sa démesure par Mathilda May, Monsieur X (du 6 au 8 mars 2021). Toujours vaillant, à bientôt 86 printemps !

Guillaume Gallienne viendra fouler lui aussi fouler les planches des Célestins. Le sociétaire de la Comédie Française reprend son seul-en-scène devenu mythique (du 17 au 23 et du 29 au 31 décembre), François le saint jongleur, un texte de Dario Fo qui retrace, de la manière politique et facétieuse typique du dramaturge italien, l’histoire de Saint François d’Assise.

Les grandes comédiennes femmes ne seront pas en reste : Emmanuelle Devos interprétera L’Heure bleue (du 19 au 27 janvier), une pièce écrite et mise en scène par David Clavel. Tandis qu’Anne Brochet donnera la réplique à Philippe Torreton dans Tout mon amour (du 28 avril au 9 mai 2021) de Laurent Mauvignier, mis en scène par Arnaud Meunier.

Les grands metteurs en scène internationaux

Si l’affiche est nombreuse, elle ne cède en rien sur la qualité des artistes invités. De surcroît, les Célestins font le pari que les frontières européennes seront bientôt de nouveau largement ouvertes. Le théâtre se prépare donc à recevoir quelques uns des plus grands noms de la scène dramatique contemporaine.

Le Suisse Christoph Marthaler, ex-directeur de la Volksbühne, sera pour la première fois à Lyon. Dans son escarcelle, King Size (du 9 au 13 décembre), un délirant vaudeville musical mélangeant Mozart et Polnareff, Wagner et les Jackson Five…

Auparavant, l’Anglais Alexander Zeldin, auteur et metteur en scène réputé, aura traversé la Manche pour présenter Love (du 12 au 15 novembre). Son tout premier spectacle visible en France ! A la fois drôle et poignant, il nous confronte à la réalité crue d’un centre social britannique, où sont réunis des personnes de tous âges et origines.

Autres grands metteurs en scène internationaux à faire étape à Lyon : le Belge Fabrizio Cassol, épaulé du violoniste Tcha Limberger avec I Silenti (du 3 au 7 février) ; l’Espagnole Angelica Liddell avec Una Costilla sobre la mesa : madre (du 23 au 27 février, le Russe Kirill Sebrennikov avec Outside (du 17 au 20 mars), grands succès du festival d’Avignon 2019 et le Portugais Tiago Rodrigues avec By Heart (du 9 au 11 avril).

Un second souffle pour Van Gogh et Galilée

Deux créations made in Célestins ont été plébiscitées la saison dernière, avant qu’elle ne soit interrompue, célébrées à la fois par la critique et le public. Bis repetita placent : Vie de Joseph Roulin (du 17 au 22 novembre) et La vie de Galilée (du 7 au 18 octobre) seront de nouveau à l’affiche. La première est l’œuvre de Thierry Jolivet, jeune artiste associé aux Célestins, où il avait déjà présenté deux remarquables spectacles Belgrade en 2017 et La Famille Royale en 2017. Vie de Joseph Roulin, son dernier opus, allie un prodigieux dispositif vidéo, la musique interprétée en live au texte, écrit avec une sensibilité bouleversante, de Pierre Michon. A travers l’histoire de son amitié avec le facteur, maintes fois peint, Joseph Roulin, c’est une plongée à couper le souffle dans l’œuvre et l’existence difficile de Vincent Van Gogh.

La deuxième création est la mise en scène, parfaitement réussie par Claudia Stavisky, de la pièce de Bertolt Brecht, La vie de Galilée. Philippe Torreton y campe un impressionnant Galilée, ce qui lui a valu une nomination aux Molières de cette année. Deux « vies théâtrales » ainsi ressuscitées, on ne peut que s’en réjouir. Sans compter que les deux spectacles partiront en tournée sur les routes de l’Hexagone (et de la Belgique pour Galilée).

Soutien à la scène locale

Le lancement du prix Celest’1 en juin 2019 a permis au théâtre de soutenir de nombreux artistes locaux. La deuxième édition, qui a subi le confinement de plein fouet, est reportée mi-septembre cette année. Mais de nombreux artistes locaux, repérés par les Célestins figurent d’ores et déjà dans la programmation.

Ainsi Ambre Kahan, qui vient d’implanter sa compagnie à Lyon, créera Ivres (du 3 au 7 novembre) d’Ivan Viripaev, sur les déséquilibres de notre époque. A la croisée des cabarets berlinois des années 30 et de la scène queer contemporaine, Johanny Bert offrira de joyeuses et provocantes soirées avec Hen (du 20 janvier au 6 février). Le Lyonnais Raphaël Patout, créateur du Festival des Caves, accède à la Célestine avec sa pièce Bâtir (du 27 avril au 8 mai) qui nous met en présence d’utopistes loufoques et généreux, soucieux de construire un nouveau mode de vie. Enfin Nicolas Ramond propose avec Ça marchera jamais (du 9 au 19 décembre), un spectacle jubilatoire sur l’échec, paradoxalement réussi, que l’on a vu la saison dernière dans la petite salle de l’Elysée.

Dès aujourd’hui, le théâtre de demain

Outre le soutien aux artistes régionaux, les Célestins se penchent aussi sur l’avenir, offrant à quelques jeunes créateurs talentueux l’occasion de se produire dans leurs murs. Le coup de projecteur donné l’année dernière sur le travail de François Hien et sa compagnie l’Harmonie Communale, ils avaient présenté Olivier Masson doit-il mourir ? à la Célestine, se poursuit. François Hien accède au statut d’artiste associé (comme Thierry Jolivet). Ce qui lui permettra une aide accrue, et la présentation au Théâtre de la Renaissance d’Oullins de son prochain spectacle Echos de la Fabrique (du 27 au 29 mai), une histoire des Canuts réinterprétée selon des problématiques actuelles. Mais l’émergence vient aussi d’autres territoires, plus lointains que le nôtre. Hugues Duchêne, auteur et metteur en scène lyonnais formé à la Comédie-Française, chef de troupe du Royal Velours, décrypte les années Macron dans Je m’en vais mais l’État demeure (du 18 au 29 mai), un feuilleton scénique sur l’actualité politique de notre pays.

Gurshad Shaheman, auteur, metteur en scène et comédien d’origine iranienne nous invite à une expérience immersive et déambulatoire en trois parties avec Pourama Pourama (du 15 au 25 avril), spectacle à la lisière du théâtre, de l’installation et de la performance.

Élise Chatauret présentera Saint-Félix, enquête sur un hameau français (du 22 septembre au 3 octobre), spectacle entre documentaire et fiction théâtrale. Eugen Jebeleanu jeune talent de la scène roumaine cosigne avec Yann Verburgh auteur et dramaturge, Itinéraires un jour le monde changera (les 17 et 18 novembre). Un spectacle porté par des comédiens roumains et français qui est un acte de résistance aux préjugés et aux discriminations qui se dressent entre les peuples d’Europe.
Caïn Marchenoir

Les Célestins Théâtre de Lyon. 4, rue Charles-Dullin. Lyon 2e. 04 72 77 40 00. www.celestins-lyon.org

2 commentaires
  1. Jol - 15 juin 2020

    N'esperez pas vous détendre

  2. Caïn Marchenoir - 22 juin 2020

    Ben si, justement, c'est un des buts. Et il a de grandes chances d'être atteint.

Les commentaires sont fermés

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