Syrie : "les autorités cultivent la peur"

REPORTAGE - Ce mardi 5 avril, une soixantaine de personnes ont manifesté à Lyon leur solidarité avec les victimes de la répression en Syrie.

Etudiants ou travailleurs, Français d’origine syrienne ou Syriens expatriés pour quelques années, les participants au rassemblement de ce mardi à Lyon place des Terreaux ont dénoncé à leur manière la violence du régime de Bachar El-Assad. Sur de petits cartons blancs ils ont inscrit en arabe les noms de plusieurs de leurs compatriotes tués ces derniers jours et réclament, comme eux, la levée de l’état d’urgence en vigueur dans le pays depuis 1963. Cette loi, en principe d’exception, justifie depuis 40 ans l’interdiction des partis politiques d’opposition et le contrôle sévère de la presse. Elle autorise surtout le régime à utiliser tous les moyens qu’il juge nécessaires au maintien de l’ordre : en Syrie, le pouvoir surveille, arrête, emprisonne et tue impunément.

La peur explique donc pourquoi, aussi modeste soit leur action, les jeunes à l’origine du rassemblement lyonnais craignent d’être inquiétés à leur retour au pays si le gouvernement résistait. Boursiers pour la plupart, ils tiennent à garder l’anonymat et se présentent comme un groupe hétéroclite, sans leader ni étiquette politique. Un réflexe qui témoigne de la pression quotidienne exercée par le parti Baath sur les Syriens. Un étudiant insiste : "Imaginez que notre pays est le seul du monde arabe où la police a tout de suite tiré à balles réelles sur les manifestants ! Le régime ne connaît pas la demi-mesure". A., qui vient d’arriver de Damas il y a quelques semaines, raconte comment une dizaine de ses amis, des artistes et des intellectuels, ont été arrêtés ou battus par les forces de sécurité. "La répression est terrible mais j’ai eu la chance de vivre le début de la révolte sur place et ce qui se passe est incroyable, il faut espérer que le gouvernement finira par tomber".

Une culture de la peur

Place des Terreaux, des Algériens, des Tunisiens, des Egyptiens et des Libanais sont venus soutenir les Syriens. Pour Wael, étudiant à Lyon II, ce sont bien les révoltes dans les autres pays arabes qui ont inspiré ses compatriotes : "Les autorités cultivent la peur entre les communautés depuis des années, aujourd’hui, les gens ont compris qu’ils pouvaient s’unir pour faire tomber leurs dirigeants". Dans son discours du 30 mars, le président syrien a dénoncé une contestation organisée depuis l’étranger et s’est présenté, à l’image d’autres leaders arabes avant lui, comme un rempart contre l’islamisme et la guerre civile. Bachar El-Assad, réélu en 2007 avec plus de 97 % des voix, a aussi annoncé la création d’une commission d’enquête sur les évènements sanglants de Deraa et de Lattaquié. Une promesse vaine pour Wael et d’autres qui rappellent avec amertume le massacre impuni de 30 000 d’entre eux à Hama, en 1982.

A Lyon, plusieurs rassemblements ont été organisés depuis le début des révolutions arabes et un groupe de réflexion informel a été créé par les militants d’une quinzaine d’associations et de partis politiques. Le "collectif de soutien à la lutte des peuples de la rive sud de la Méditerranée" est soutenu aussi bien par le PS et Europe Ecologie-les Verts que par le RCD, un parti d’opposition algérien, et La Ligue des droits de l’Homme.

Cette fin de semaine s’annonce décisive en Syrie. De nombreuses manifestations étaient prévues dans le pays ce mercredi et la levée de l’état d’urgence pourrait être annoncée vendredi.

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