Sinistrés du cours Lafayette, le compte à rebours a commencé

L'explosion cours Lafayette, c'était il y a deux ans, le 28 février 2008. Dans la matinée, une entreprise de travaux public arrachait une canalisation de gaz en face des 117-119 cours Lafayette à Lyon 3ème. Peu après midi l'explosion de la poche de gaz formée sous les immeubles tuait un pompier, blessait grièvement un gazier et délogeait 40 personnes. Deux ans plus tard, 20 foyers n'ont toujours pas réintégré leurs logements, ils continuent de se battre.

Vincent Delattre président d'avecLRB, association de victimes du cours Lafayette représente 115 personnes sur 230 sinistrés. Deux ans après la catastrophe, il raconte : « On a dû se battre de façon éhontée pendant deux ans, c'est là le vrai problème : les victimes ne sont pas entendues par les pouvoirs public et les assurances font tout pour ne pas indemniser les victimes ».

Chaque mois, les membres de son association se retrouvent lors d'une réunion. Elle a lieu au sein du palais de justice de Lyon depuis qu'un comité de suivi, une première en France, a été institué en février 2009 par les assurances des responsables potentiels* pour permettre d'indemniser les victimes de dommages matériels par anticipation. On parle de « convention d'indemnisation anticipée ». Un guichet unique a donc été installé au tribunal de grande instance de Lyon, rue Servient. Une chance car au cout de deux ans les assurances dommages (assurances appartement) et les assurances copropriété ne remboursent plus les frais de relogement des victimes, ni les frais de garde meuble depuis le 1er mars. Le guichet unique dirigé par Axa s'est engagé à prendre le relais jusqu'au fin septembre.

20 foyers toujours relogés

Heureusement car vingt foyers sont toujours dehors. Des personnes et des familles qui ne sont pas rentrées chez elles depuis deux ans. Principalement aux 117 et 119 cours Lafayette, les deux immeubles les plus touchés par l'explosion. « Nous demandons également aux assurances qu'elles indemnisent le préjudice moral, le temps perdu à défendre nos intérêts (12 heures par semaine en moyenne depuis deux ans, selon Vincent Delattre) ». Un combat pas gagné d'avance, « on est en frontal contre les assureurs des responsables potentiels* », termine le représentant des victimes.

Le procès devrait avoir lieu dans un an environ. L'instruction judiciaire close récemment a abouti à la mise en examen de GRDF, filiale de GDF, Veolia, commanditaire du chantier et les sociétés travaux publics Gauthey (groupe Eiffage) et Roche. D'ici là, les vingt sinistrés seront-ils rentrés chez eux ? Pas sûr car l'avancement du chantier est conditionné à la bonne volonté de GRDF, l'entreprise gazière refuserait d'intervenir sur un chantier pour lequel elle est mise en examen. Les canalisations de gaz à reconstruire sous les 1147-119 cours Lafayette pourraient donc ne pas être rénovées avant le procès mi-2011. Le chantier commencera pourtant dans trois mois, en juin 2010.

Le chantier retardé de deux mois

Les avocats des sinistrés s'apprêtent donc à lancer de nouvelles actions en justice pour faire avancer les choses, mais avant que GRDF ne soit contrainte d'agir, le chantier pourrait au minimum être retardé de deux mois. Autre inquiétude, la rénovation intérieure des appartements pourrait elle aussi être ralentie par une décision de la ville. La mairie veut rendre le cours Lafayette entièrement à la circulation « dans les jours qui viennent », affirme Vincent Delattre. « Durant trois mois, vingt appartements vont être en travaux en même temps, soit vingt corps de métiers présents aux 117-119 cours Lafayette, vous imaginez toutes les camionnettes ! Or la ville prévoit une seule barrière positionnée à un mètre de la façade, c'est pas possible, cela va handicaper un peu plus le chantier », s'indigne le représentant des sinistrés. Lesquels ne sont donc pas au bout de leur peine. Dans tous les cas, ils doivent obligatoirement réintégrer leurs logements dans six mois car à cette date, le guichet unique ne leur versera plus un centime.

(*) Axa est l'assureur des quatre mis en examen, avec la SMABTP.

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