L’épidémiologiste Emmanuelle Amar, directrice du Remera © Philippe Mirkovic / Photo PQR Ouest-France / MaxPPP
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Scandale sanitaire dans l’Ain : pourquoi des enfants naissent sans main ?

En six ans, sept cas d’enfants porteurs de la même malformation ont été recensés dans un rayon de dix-sept kilomètres autour d’un petit village de l’Ain. Un taux 58 fois supérieur à ce qui est normalement attendu pour de telles malformations dans une si petite zone. Plusieurs cas de veaux nés avec des anomalies ont également été signalés, sur le même territoire et à la même époque. Nonobstant, les autorités sanitaires ont écarté tout excès de cas et toute cause commune, au moyen de méthodes statistiques décriées. Avec, en toile de fond, des attaques personnelles et une campagne de désinformation. Si la suspicion publique est née, l’hypothèse d’un scandale sanitaire aussi.

Ils s’appellent Ryan, Sacha… Ils ont entre neuf et quatre ans. Tous sont nés sans main ou sans avant-bras. Dans le jargon médical, on appelle cela des agénésies transverses du membre supérieur, c’est-à-dire l’absence ou l’atrophie de certains organes au niveau de l’épaule, du coude ou du poignet, due à un arrêt dans le développement embryonnaire. Ils sont sept dans le même cas. Tous sont nés dans l’Ain, dans des villages distants de quelques kilomètres, au cœur d’une petite région située à la limite de la Bresse, du Bugey et de la Dombes. Tout a commencé au mois de décembre 2010, lorsqu’un médecin généraliste andinois signale deux naissances distinctes, à six mois d’intervalle, d’enfants porteurs de ce type de malformation congénitale (mi-2009, un premier bébé atteint de cette même anomalie avait déjà été déclaré). Les mères de ces enfants sont ses patientes et résident à proximité l’une de l’autre. L’une des femmes affirme connaître la mère d’un autre bébé né avec la même malformation, trois mois après le sien, dans la même maternité. En 2012 est découvert un cinquième cas, puis un sixième et un septième en 2014 (ce dernier, prématuré, aurait dû naître en 2015). Sept cas en six ans. Un chiffre qui préoccupe le Remera (Registre des malformations en Rhône-Alpes), une structure qui recense et documente, en temps réel et de façon systématique, tous les cas de malformation identifiés en période anténatale et postnatale dans le Rhône, la Loire, l’Isère et l’Ain. Un des buts de cette surveillance est d’étudier les variations temporo-spatiales de l’incidence des malformations afin de détecter et signaler le plus tôt possible une augmentation inattendue. Là, dans l’Ain, il y a un hic.

Anomalie statistique

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