Rescapé du couloir de la mort

Ce samedi 21 mai, Anthony Graves est venu partager son histoire à Lyon, seule ville française de sa tournée européenne. Ce père de trois enfants a passé plus de 18 ans de sa vie en prison dont 12 dans le couloir de la mort au Texas.

Anthony Graves est un afro-américain à la carrure imposante. Un peu rond, le regard bienveillant, il ne dégage aucune rancune. A le voir, on ne soupçonne rien de son histoire. Il a l'air serein et étonnamment apaisé. Lorsque cet homme sorti de l'enfer arrive sur la scène, le silence se fait et les regards de l'assistance gagnent en humilité. Ce n'est qu'au cours de son récit qu'on peut lire, de temps à autre, l'affliction sur son visage. S'apprêtant à nous livrer son histoire, il se lève en précisant dans sa langue maternelle "J'ai besoin de me lever car l'histoire que je vais raconter, je ne peux la raconter assis". Un récit déconcertant commence : "Le 18 août 1992, ma vie a changé".

"Les pires des pires détenus"

En août 1992, la famille Davis est sauvagement assassinée à Sommerville. Le suspect n°1 est rapidement repéré à cause des bandages recouvrant son visage et ses mains brûlés. Il s'agit de Robert Carter. Le nombre d'armes et de victimes laisse penser que Carter ne peut être le seul coupable. Sous la pression des autorités qui menacent de poursuivre son épouse, le suspect nomme le cousin de sa femme, Anthony Graves, comme complice. Le 31 mai 1992, ce dernier est arrêté. A l'époque, il a 27 ans. La nuit du crime, il était chez sa mère avec sa petite amie, son frère et sa sœur. Le procès a lieu deux ans et trois mois plus tard, en octobre 1994. En 1992, Robert Carter revient rapidement sur ses fausses déclarations mais lors du procès, il choisit de témoigner contre Anthony Graves. On découvre plus tard qu'il le fait sous la pression du Procureur qui menace d'inculper son épouse. Après 9 heures de délibération, "le jury blanc et le procureur blanc" condamnent Graves à la peine de mort.

Le 1er novembre 1992, un homme innocent est envoyé dans le 'Death Row'* pour un crime qu'il n'a pas commis : "Je n'en savais rien excepté ce que j'en avais vu à la télévision : un couloir habité par des monstres.", déclare Anthony. Graves est placé dans l'aile J23 où se trouvent "les pires des pires détenus". Il se prépare alors à cohabiter avec un gang de monstres. La réalité est toute autre. Il nous confie : "Là-bas, j'ai découvert des êtres humains devenus mes meilleurs amis, des membres de ma famille étendue." En douze ans et demi, il a vu 300 de ses "frères" être exécutés, là où "des enfants, pères, frères, maris sont sortis par la porte arrière et assassinés de sang froid".

La réhabilitation, 18 ans après

En 2006, après des années de lutte auprès du tribunal, la décision est retournée. L'affaire est, depuis cinq ans, entièrement ré-étudiée par l'équipe de Nicole Casarez du Réseau d'Innocence du Texas. On découvre les faux témoignages de Carter et l'affaire jouit d'une médiatisation croissante. Graves reste en prison quatre années de plus car l'État refuse d'accepter son erreur à cette époque où la peine de mort est déjà remise en question.

La juge qui préside le second procès de 2010 n'est nulle autre que la fille du juge qui a condamné Graves en 1994. Cela n'empêche pas l'évidente innocence d'Anthony Graves d'éclater. Le rescapé nous raconte : "Après 2 mois, un officier vient dans ma cellule et me demande de le suivre. Nous sommes arrivés dans une pièce où se trouvaient mes deux avocats. L'un d'eux essayait de retenir ses larmes. Je me suis dit 'Après 18 ans, encore des mauvaises nouvelles...' L'un d'eux s'est approché de moi." Là, on lui annonce que toutes les charges retenues contre lui ont été retirées. "Pour la première fois en 18 ans, je sentais les rayons du soleil de la liberté sur mon visage", dit-il avec émotion.

Loin des barreaux, un nouveau combat

Aujourd'hui, Graves travaille pour le service de défense du Texas où il mène des enquêtes sur les cas de prisonniers du 'Death Row'. Il appelle à s'engager contre la peine de mort : "Des êtres humains sont assassinés. La peine de mort doit être abolie". Aujourd'hui, le débat est ouvert dans tous les états y compris au Texas, premier exécuteur avec 442 mises à mort depuis 1982 et 19 sur les 42 pratiquées aux Etats-Unis en 2009. Sont dénoncés le coût exorbitant des condamnations à mort (2,3 millions de dollars en moyenne) et, surtout, le risque d'erreur judiciaire qui conduirait à tuer un innocent. Parallèlement, Anthony Graves mène un combat personnel : recevoir l'indemnisation de 1.440.000$ (80 000$ par année d'emprisonnement) que lui doit l'Etat. Susan Combs, inspectrice des finances, refuse le versement en avançant comme motif que la Cour n'a pas utilisé les mots 'actual innocence' dans son ordre de libération. Durant les six années où Bush a été gouverneur du Texas, il a présidé à plus de 152 exécutions. Son successeur, Rick Perry, a atteint 200 exécutions. Graves a foi en la jeunesse qui croit en la mixité et qui, "quand elle aura à prendre une décision, abolira la peine de mort".

*Couloir de la mort

- La totalité de l'affaire ici.

- Le reportage de CBS (en VO).

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Une Lyonnaise l'a soutenu

Isabelle Perrin de l'association lyonnaise Des Mains Unies pour la Justice était présente. Après avoir répondu à une demande de soutien par correspondance, elle commence à écrire à Anthony Graves sans rien connaître de son histoire. En 2002, elle lui rend visite à la prison de Polunsky au Texas. A son retour et à la demande du prisonnier, elle crée le groupe afin de financer sa défense et, par la suite, faire connaître son histoire pour mieux informer sur la réalité de la peine de mort : "On ne réalise pas la gravité du système. Je constate qu'à Lyon, nous ne sommes pas si bien informés sur le sujet. Les militants associatifs ont à coeur de faire passer le message et d'ouvrir les yeux du public."

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