La porte parole de Lutte ouvrière s’était déplacée à Lyon au mois de juin lors de la campagne pour les élections régionales.

Régionales : Nathalie Arthaud au meeting de Lutte Ouvrière à Lyon : "on est plus écolos que les verts"

Mercredi 16 juin, la dirigeante du parti communiste révolutionnaire Lutte ouvrière, Nathalie Arthaud, ainsi que la tête de liste aux élections régionales, Chantal Gomez, étaient en déplacement à l’occasion d’un meeting à Lyon. Elles ont, à cette occasion, accepté de répondre aux questions de Lyon Capitale.

En déplacement à Lyon ce mercredi au Palais de la Mutualité près de Guillotière, les deux représentantes de Lutte Ouvrière ont invité les "travailleurs" à aller voter ce dimanche. Bien conscient de son faible poids dans les sondages (annoncés entre 1 et 2 %), le parti communiste "trotskyste" - puisque seule voie du communisme qui n’ait été "dévoyée" - souhaite que les "travailleurs fassent entendre leur voix".


"C’est évident que ce vote ne changera pas les choses, mais on peut s’exprimer"Chantal Gomez, tête de liste Lutte Ouvrière aux régionales.


Lorsqu’on leur demande pourquoi le taux d’abstention est si haut, Chantal Gomez répond "qu’il y a un grand dégout de la politique", de "droite comme de gauche". Cette élection ne changera rien, le but n’est pas là : selon elle "il faudra compter que sur nous-même et aucun sauveur", en somme, sur les grèves et la "lutte" pour "renverser le système capitaliste".

Nathalie Arthaud (au centre), Chantal Gomez à ses côtés, à droite

La "vraie" gauche

Pour eux, les élus de droite comme de gauche qui se sont succédé au pouvoir sont comparables.  "La gauche [des autres partis, ndlr], estime Olivier Minoux, tête de liste de la Métropole de Lyon, est une gauche de gouvernement, y compris le Parti communiste". "La gauche a trahit cette idée que la société peut être transformée". Le candidat rajoute "Le Communisme c’est l’avenir", Nathalie Arthaud renchérit "on est les vrais communistes révolutionnaires".

C’est pour toutes ces raisons qu’ils n’envisagent pas d’alliance d’aucune sorte avec une quelconque union de gauche.

Leur programme, pour la région et pour les présidentielles

Pour ce qui est de l’échéance de 2022, Nathalie Arthaud l’affirme : "Je serai candidate à l’élection présidentielle". Les programmes des élections se confondent, non seulement parce que l’échéance semble bien lointaine, mais aussi parce que l’objectif final reste de changer le système.

Dans le cas – très hypothétique, ils le savent bien- où ils seraient élus aux régionales ou à la présidentielle, Nathalie Arthaud explique : "ce seront les travailleurs qui décideront". Très inspirés par la Commune de Paris, dont les 150 ans ont été commémorés cette année, ils imaginent l’instauration "de comités, de soviets" : "des comités qui sont élus avec des gens du peuple, pas des politiciens professionnels, qui sont contrôlables, révocables en permanence, ne sont pas détachés de la populaire et qui prendront les décisions de manière démocratique".

Des décisions, ajoute-t-elle, qui seront appliquées "par la population elle-même". "La Police ne serait plus nécessaire", car, selon eux, "il y aurait bien moins de crimes dans une société fraternelle et égalitaire".


"La Police ne serait plus nécessaire", Nathalie Arthaud


Pour ce qui est de l’écologie, les représentants de Lutte ouvrière soutiennent que "ce système [capitaliste] est un système prédateur qui bousille la planète". "On est les seuls à se soucier de la planète car on est les seuls à mettre en cause la gestion capitaliste".


"On est plus écolos que les verts parce que les verts en font un argument de campagne", Nathalie Arthaud


Nathalie Arthaud, Chantal Gomez (au centre) et Olivier Minoux, tête de liste Métropole de Lyon.

Des militants galvanisés

Les termes utilisés par Nathalie Arthaud et la tête de liste régionale se retrouvent alors transposés dans les propos des militants sur place. Il y est question de lutte des classes, de révolution marxiste et de dépassement du système capitaliste. 

Meeting Lutte Ouvrière, Palais de la Mutualité à Lyon, Guillotière.

"Ici, c’est clair et net, il n’y a pas de recherche financière derrière, c’est la réalité des choses", Véronique, 55 ans.


Assise parmi les premières rangées, au milieu d’environ 200 autres militants présents sur place, Véronique évoque son "déclic" pour le parti révolutionnaire : "J’ai eu un problème avec mon employeur. Je me suis retrouvée seule, face à un mur". Pour cette cinquantenaire, Lutte Ouvrière se démarque des autres partis politiques  :"ici, c’est clair et net, il n’y a pas de recherche financière derrière, c’est la réalité des choses". Au chômage depuis peu, elle résume ainsi sa pensée : "L’Etat ne contrôle rien du tout, ce sont ceux qui ont le plus d’argent qui y arrivent". 


"Dans mon pays, les partis révolutionnaires n’existent pas”, Hela, jeune tunisienne. 


Hela, qui aborde fièrement son badge Lutte Ouvrière sur sa veste, explique quant à elle être devenue membre du parti politique révolutionnaire depuis septembre. Pour cette jeune femme venue de Tunisie, "Lutte ouvrière est une chance en France, car dans mon pays, les partis révolutionnaires n’existent pas". Elle évoque les Printemps Arabes et explique leur échec en raison de leur manque d’universalité. Hela affirme alors qu’elle milite pour "une révolution internationaliste, qui puisse s’exporter partout, dans tous les pays du monde". C’est pour elle le seul moyen de "renverser le capitalisme" et de parvenir à une société viable, où les "travailleurs seraient en mesure de se gérer eux-mêmes". 

Pour Sauveur, militant aguerri de Lutte Ouvrière depuis 50 ans qui se décrit lui-même comme "un dinosaure", ces élections régionales sont "un moyen pour faire passer notre discours et notre façon de voir". Il souligne cependant que "les élections ne changent rien, que ce soit Wauquiez ou Najat Vallaud-Belkacem". Dans la même perspective, une victoire de Chantal Gomez à ces élections “ne changerait rien non plus”, car il faut avant tout que "les travailleurs se mobilisent et prennent leur destin en main". Ce retraité fait ici écho à la thèse développée par Marx, qui soutenait l’idée que le prolétariat devrait prendre conscience de son statut et de son potentiel pour espérer renverser la classe capitaliste. 

Pour ce retraité, la crise sanitaire du Covid-19 illustre donc bien ce rapport entre les “travailleurs” et ceux qu’il décrit comme les "dirigeants suprêmes". "On l’a vu pendant la pandémie : les éboueurs, les enseignants, les infirmiers … ce sont eux qui ont fait tourné la société, et pas Macron !", dénonce-t-il. 


"On sait très bien que Chantal Gomez ne gagnera pas", Sauveur, 70 ans, militant depuis 50 ans. 


Mais Sauveur se veut aussi réaliste : "On sait très bien que Chantal Gomez ne gagnera pas". Pour les militants du parti, "le meilleur chiffre sera donc le chiffre le plus important", car cela "montrera qu'il y a un nombre de gens important qui adhèrent à ce que l’on dit". "Vous avez l’occasion de prendre le pouvoir, prenez-le !" exhorte-t-il.

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