Grégory Doucet au soir du premier tour de la présidentielle 2022 © Antoine Merlet

Présidentielle : les leçons du premier tour à Lyon

Les électeurs ont tranché. Le second tour opposera Emmanuel Macron et Marine Le Pen comme en 2017. Mais autour d’eux tout a changé et le match s’annonce plus serré. À Lyon, le bloc gauche se maintient autour de 40%, mais les écologistes n’ont pas capitalisé sur leur victoire aux municipales.

2017-2022 : bis repetita, mais avec un scénario bien différent

Lyon, ville berceau de la Macronie en 2017, a fait mieux que résister. Emmanuel Macron (31,84%) vire en tête avec une légère avance sur Jean-Luc Mélenchon (31,06%). Le président sortant fait légèrement mieux qu’en 2017 (30,31%). Il arrive en tête dans quatre arrondissements (2e, 3e, 5e et 6e). À l’annonce des résultats, au QG des macronistes lyonnais, les militants entonnent des “cinq ans de plus” et les élus présents poussent un soupir de soulagement. “On a eu un peu peur ces derniers jours quand on entendait que les sondages se resserraient’’, admet Sarah Peillon, référente départementale LREM. “J’aurai été très inquiet sur l’ordre d’arrivée avait été contraire. Je pense que si l’on analyse les résultats, il n’y a pas matière à inquiétude exagérée”, souligne Jean-Louis Touraine. Mais contrairement à l’euphorie qui avait accompagné son accession au pouvoir en 2017, l’ambiance était studieuse dans les rangs LREM ce dimanche soir. Le second tour s’annonce bien plus compliqué qu’il y a cinq ans. Les premiers sondages flèchent une réélection d’Emmanuel Macron avec une légère avance. Selon les instituts, il est crédité de 51% ou 52%.

Si le casting est le même qu’en 2017, le scrutin de second tour s’annonce bien différent. Marine Le Pen dispose de réserves de voix assez inédites pour elle avec notamment les 7% d’Éric Zemmour. Une partie des Républicains n’a pas appelé à un front républicain pour faire barrage à la présidente du Rassemblement national. À la différence de 2017 où elle avait été très forte dans l’Est lyonnais, Marine Le Pen n’arrive en tête que dans une seule commune de la métropole (Quincieux). À Lyon, le RN se heurte toujours à un électorat urbain toujours rétif : 8,97%.

Mélenchon rallume la banlieue rouge de la métropole de Lyon

La soirée avait d’abord été festive chez les militants lyonnais de Jean-Luc Mélenchon avant la douche froide de 20 heures. Jusqu’à l’annonce des résultats, les Insoumis pensaient vraiment inverser le cours d’une élection promis à un remake de 2017. Ils ont d’ailleurs cru une longue partie de la nuit qu’ils pourraient accéder, sur le gong, au second tour. Comme en 2017, Jean-Luc Mélenchon voit les portes du second tour se refermer devant lui au moment où il pensait pouvoir les forcer. Dans la dernière ligne droite, il a profité d’un indéniable effet vote utile. Les scores de Fabien Roussel ou de Yannick Jadot se sont érodés dans la dernière semaine. Le candidat communiste, longtemps crédité de 5%, en obtient finalement moins de la moitié.

À Lyon, Jean-Luc Mélenchon superforme comparée à 2017. En cinq ans, il est passé de 22,81% à 31,06%, profitant là encore de l’effondrement des autres candidats de gauche. Le chef de file des Insoumis l’emporte dans cinq des neuf arrondissements (1er, 4e, 7e, 8e et 9e). La carte électorale de la métropole de Lyon dessine un territoire assez binaire. La moitié ouest a largement placé Emmanuel Macron quand Jean-Luc Mélenchon a repeint en rouge l’Est lyonnais, ravivant le souvenir des banlieues rouges. Depuis le début des années 2000, la gauche radicale avait perdu pied dans ses territoires au profit des Républicains ou du Rassemblement national. Ce dimanche soir, Jean-Luc Mélenchon a ravivé la gauche dans ces villes. À Bron, ville conquise par Les Républicains, le candidat des Insoumis arrive en tête avec 32% des suffrages. Moins surprenant, il obtient 48,8% à Vénissieux.

Les écolos lyonnais font grise mine

Après la vague verte des municipales, confortée par de bonnes élections régionales, les écologistes se sont heurtés à leur habituel plafond de verre présidentiel. Yannick Jadot n’a pas réussi à passer la barre symbolique des 5%. À Lyon, les résultats ne sont guère meilleurs : 7,67% des suffrages. Au sein du bloc de gauche, le rapport de force avec les Insoumis leur est très clairement défavorable (31,06%). Interrogé sur la contre-performance des écologistes, Grégory Doucet, maire EELV de Lyon, préfère retenir le score de la gauche plus que celui de Yannick Jadot : “on dépasse les 40% quand LREM est assez loin derrière autour de 30%. C’est un signe encourageant pour nos politiques locales”. “C’est une déception. Nous espérions plus. Jean-Luc Mélenchon a capté une partie de notre électorat aujourd’hui. Il n’y a pas vraiment eu de campagne et des sondages expliquant qu’il n’y avait que trois candidats qui pouvaient jouer un rôle. Au second tour, je voterai Macron sans conviction, mais sans hésitation”, déclarait Bruno Bernard, président écologiste de la métropole.

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L’effondrement des vieux partis

Ils ont cimenté la vie politique française sous la Ve République, mais aujourd’hui le PS et Les Républicains qui ont gouverné alternativement pendant la quasi-totalité des 60 dernières années n’arrivent même pas à peser 7% à eux deux. Ni Valérie Pécresse (LR) ni Anne Hidalgo (PS) n’arrivent à dépasser le cap symbolique et financier des 5%. La chute du PS largement initiée en 2017 était annoncée et le verdict des urnes a été conforme aux sondages : moins de 2%. Localement, le PS n’a pas connu de sursaut dans ses bastions : 2,16% à Villeurbanne et 1,44% à Vaulx-en-Velin.

La chute des Républicains a surpris par son ampleur. La droite pensait se battre pour un score autour de 10% mais a finalement recueilli moitié moins de suffrages. Un déclassement express qui a laissé la droite sans voix vers 20 heures. La permanence des Républicains était déserte et glaciale ce dimanche soir. Valérie Pécresse n’arrive en tête dans aucune des 59 communes de la métropole alors que la droite en gère une grosse moitié. Aucune circonscription législative ne paraît gagnable pour un candidat LR. Dans les salons de la Préfecture, les ténors ou ce qu’il en reste de la droite locale ont brillé par leur absence. Béatrice de Montille, conseillère municipale à Lyon, longtemps très optimiste, errait abasourdie dans les salons de la Préfecture, répétant sa “sidération”. À l’autre bout de la salle, Alexandre Vincendet, patron sur le départ de la fédération LR du Rhône, peinait à masquer son sourire face à une catastrophe qu’il annonçait depuis plusieurs mois. Il esquissait déjà le deuxième écueil sur lequel peut finir de s’échouer la droite : le front républicain. Le maire de Rillieux-la-Pape fait du barrage à Marine Le Pen une priorité absolue et une ligne rouge à ne pas franchir. Une position qui était loin d’être majoritaire ce dimanche soir dans son parti. Pour Les Républicains, le plus dur est peut-être encore à venir.

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