Sigmund Freud
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Pourquoi tant d'acharnement contre Papa Freud ?

Analyse du dernier livre de Michel Onfray "Le crépuscule d'une idole : l'affabulation Freudienne" par le Docteur Ladislas Kiss, psychiatre lyonnais.

L'entreprise Michel Onfray ne se cache pas de faire depuis longtemps de l'anti-philosophie. Au décours de sa patiente et systématique déconstruction des systèmes religieux et philosophiques qu'il resitue toujours dans leur contexte historique, il lui arrive de déboulonner de temps à autre de leur piédestal certaines grandes figures en puisant dans leur biographie et en stigmatisant les contradictions entre l'œuvre et l'homme. Ce procédé anecdotique quelque peu "voyeuriste", in fine, n'apporte rien de plus la plupart du temps. Alors pour expliquer une telle insistance, force nous est de penser qu'il s'agit d'un règlement de compte par personnes interposées sous la pression d'une compulsion de répétition. En quelque sorte une forme particulière de trouble obsessionnel-compulsif.

Gourou iconoclaste affiché, prônant l'utilitarisme et l' hédonisme comme des fins en soi, il n'a de cesse de jubiler et de fasciner ses adeptes en revisitant les fondements des croyances et des sciences pour en démasquer l'imposture, les faiblesses, les contradictions puisées au sein de l'œuvre et de la vie des penseurs de l'humanité. Cette volonté systématique à déconstruire, rabaisser, relativiser les grands concepts qui régissent les affaires des hommes semble chez Michel Onfray tourner à la monomanie. Une telle constance pourrait s'expliquer par une volonté de toute-puissance dionysiaque issue de l'idéologie nietzschéenne dont il se réclame.

Rien n'est plus aisé que de démolir les assertions des dogmes religieux et les concepts des sciences philosophiques qui ne sont, somme toute, que des points de vues, des manières d'être et de faire. Nul besoin de culture pour cette tâche destructive que tout adolescent en mal de pouvoir sait parfaitement accomplir en raison du principe kantien qui veut que des goûts et des couleurs, on ne discute pas. Mais, il faut le reconnaître, Onfray le fait avec panache, d'où certainement son succès auprès d'un large public qui n'a pu se frotter profondément aux classiques.

Travailleur acharné et touche-à-tout, Onfray semblait, à l'écouter, ces derniers temps quelque peu s'essouffler. En effet, une fois la tâche accomplie brillamment, fort de sa cinquantaine de livres et de ses centaines de conférences, il ne lui restait plus grand chose de bien croustillant à offrir à ses fans sinon la posture ennuyeuse d'un radoteur éloquent. C'est alors, peut-être, que lui vint l'idée de s'en prendre à une autre science molle, curieusement toujours en vogue en ces temps modernes : la psychanalyse. En choisissant, dans son dernier livre[1], un angle d'attaque au-dessous de la ceinture sur la personne de Papa Freud, Onfray s'est comporté soit comme un provocateur soit comme un pigiste aigri, sadique ou jouisseur travaillant pour un journal à scandales. C'est son mystère ou sa faille. Ainsi révèle-t-il au grand jour, sans pourtant être un scoop, tous les détails, plus ou moins scabreux et peu glorieux, de la vie de cet homme exceptionnel qui n'en était certainement pas moins ordinaire au vu de ses préoccupations triviales pour l'argent, le sexe et la renommée. Freud, contrairement à Onfray, a eu manifestement le grand tort de trop parler et surtout de laisser des traces écrites sur ses préoccupations bassement matérialistes.

Mais alors qu'anime donc Michel Onfray, cet érudit de l'histoire des religions, de la philosophie et des sciences humaines ? Pour le savoir, il semble intéressant de pratiquer sa propre méthode qui consiste à resituer l'œuvre et le sujet dans sa propre histoire[2]. Comment s'est-il construit ? De quel milieu est-il issu ? Quelles sont les influences positives et négatives qu'il a pu subir dans sa jeunesse ? Quels sont ses éventuels traumatismes ? Quels étaient ses rapports avec ses parents, sa fratrie, ses camarades, ses enseignants, ses professeurs, ses maîtres à penser ?

Je ne suis pas biographe et je ne m'en donnerai pas la peine. Je me contenterai seulement de reprendre les quelques éléments qu'il a bien voulu nous servir sur son enfance broyée par sept années de pensionnat. Sorti de cette époque éprouvante, Onfray se décrit comme un mort-vivant qui ne retrouvera ses forces qu'en développant au fil des années une aversion, une haine farouche contre l’autorité.

> « Dès l’orphelinat de Salésiens où je fus envoyé par mes parents à l’âge de dix ans, dès la première main levée sur moi, dès les premières vexations infligées par les prêtres, dès les autres humiliations contemporaines de mon enfance, plus tard, à l’usine où je fus quelques semaines, puis à l’école ou à la caserne, j’ai rencontré la révolte, connu l’insoumission. L’autorité m’est insupportable, la dépendance invivable, la soumission impossible. » [3]

> Mais ne tapons pas trop fort sur l'arbitre, et remercions Onfray de nous ouvrir les yeux sur l'illusion des pseudo-sciences qui devront à l'avenir mieux faire preuve de leur efficacité au lieu de s'ériger en tant que références absolues et indiscutables. Onfray, par le scandale qu'il a su susciter, se rend probablement un service encore plus grand en provoquant devant ses assertions une levée de boucliers qui saura sans doute le limiter dans une toute-puissance débridée qui pourrait un jour se retourner contre lui.

> Pour notre part, nous pensons que l'approche psychanalytique apporte un modèle de compréhension sur le fonctionnement psychique et une pratique thérapeutique tout aussi valide que bien d'autres. De ce fait, il n'y a pas vraiment lieu de lui faire un procès sur le simple fait qu'elle n'ait point su intégrer dans sa méthode une mesure de son efficacité sur les sujet qui y sont réceptifs et sensibles.

> [1]Le crépuscule d'une idole : l'affabulation Freudienne. Ed. Grasset, 2010.

> [2] Michel Onfray. Envers et contre Dieu. Dossier de recherche présenté par André Royer. © 2007 Contact TV (accessible sur Internet)

> [3] Journal Le Devoir, 25 mai 1998

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