Polyglottes surdiplômés
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Polyglottes surdiplômés pour emploi au SMIC

Surqualifiés et pourtant sous-payés. C’est ce que dénoncent les employés de TAI assistance dans le 3e, qui ont fait une grève de deux heures mardi. "Usés", "essorés", ces salariés sont en souffrance. Le moyen d’y remédier selon l’équipe managériale : un concours de gâteaux !

Une cinquantaine de salariés de TAI assistance, filiale d’Axa s’était rassemblée ce mardi 4 mai devant le bâtiment de leur entreprise cours Lafayette dans le 3e. Un groupe de travailleurs à la moyenne d’âge plutôt jeune et aux accents internationaux, qui a décidé de débrayer pendant deux heures en début d’après-midi. Dans le groupe, on retrouve des Italiens, des Hollandais, des Allemands et bien d’autres nationalités. A peine un petit accent peut venir trahir la nationalité de certains. Une sorte de casting de l’Auberge Espagnole, la dimension comique en moins. " Cela fait 10 ans que l’entreprise n’avait pas connu de grève " rapporte Nicole, une salariée.

Surqualifiés et sous-payés

Chaque employé de cette plateforme d’appel est au minimum parfaitement trilingue. Pour tous, bac+4 ou bac+5. Et pourtant, sur la fiche de salaire, cela ne se voit pas. " Nous sommes considérés ici comme si nous avions juste un bac professionnel " explique Maria Lupo représentante CGT. " Notre salaire est de 1090 euros net " ajoute t-elle. Un salaire qui n’a rien d’astronomique lorsqu’on prend en considération les missions confiées. 7 jours sur 7, jour et nuit, ces agents répondent aux appels de chauffeurs de poids lourds du monde entier, en perdition sur le bas coté de la route. Ils gèrent leur prise en charge et leur dépannage, dans toutes les langues, jonglant sur plusieurs logiciels informatiques et prenant des décisions engageant des sommes d’argent conséquentes (5 000 euros parfois). Ce que revendiquent les salariés, c’est avant tout une reconnaissance de leurs compétences et de leur formation. Et ceci passe par une augmentation salariale.

" Pas une astreinte, du télétravail "

Outre le salaire brut de base, ce qui pose problème au salariés, c’est la gestion du temps de travail. Huit heures par jour, jusqu’à six jours par semaine, de jour comme de nuit, avec en plus des " astreintes de langue ", qui peuvent se tenir pendant les jours de repos. Si par exemple un employé parle couramment allemand, qu’il est d’astreinte, et que le centre d’appel a besoin de ses services, il est joint par téléphone. A sa charge alors d’assurer de chez lui, plus qu’une simple traduction, toute la gestion du dossier. Ce qui sous entend que, jour comme nuit, de repos ou non, l’agent d’astreinte peut travailler. " Ce n’est pas une astreinte mais du télétravail " estime Maria Lupo. Pour ces astreintes la rémunération forfaitaire brute pour la semaine est de 75 euros. Plusieurs autres employés confient que souvent, ils sont amenés à faire de la traduction au kilomètre, ce qui ne fait pourtant pas partie, disent-ils, de leurs obligations contractuelles.

La solution au mal-être : " un concours de gâteaux "

Mais derrière ces réalités salariales chiffrées, il y a également la souffrance au travail. Une employée témoigne  : " On n’ est pas assez nombreux et on gère toujours plus de dossiers. On travaille sous pression toute la journée. On fait comme on peut, mais on se fait hurler dessus par les clients à longueur de temps." Selon les employés, le turn-over est très important et le mois dernier il y aurait eu trois démissions. Nicole, une autre salariée précise : " si on n’en peut plus, qu’on ne veut pas faire quelque chose, la direction nous dit qu’on est pas motivés ". Ils ont tenté, depuis longtemps d’alerter la direction du mal-être ambiant. " La seule solution qu’on nous a proposé pour remonter le moral des troupes en réunion d’équipe managériale, c’est un concours de gâteau ! " brocarde Maria Lupo.

Deux heures de débrayage et une promesse orale

Si les salariés n’ont, dans un premier temps, pas l’impression d’avoir été entendus, ils savent au moins que leur action a marqué. " C’est la panique là haut ", précise Maria Lupo, qui redescend d’une première entrevue avec la direction. Sur la cinquantaine d’employés qui travaillent sur le « plateau », seuls quelques uns sont restés à leur poste. La situation se fait effectivement tellement pressante que, quelques dizaines de minutes seulement après la sortie des délégués du personnel, Sophie Fauconnier, directrice des ressources humaines, descend chercher les représentants du personnel et les invite à remonter discuter. Le petit cortège reprend le chemin des bureaux. Vingt minutes plus tard, Maria Lupo ressort, sous les applaudissements de ses collègues. Un dialogue semble s’être ouvert. L’espoir d’être entendu, renaît chez les employés. " Ils avaient l’air à l’écoute. Nous avons demandé un salaire de base brut à 1800 euros. Ils vont en étudier la faisabilité ", annonce la déléguée CGT. Pas d’accord ferme donc, mais une promesse orale de rediscuter d’une augmentation à la faveur d’une réunion vendredi 7 mai, à condition de reprendre le travail… Ce qu’attendent maintenant les salariés, c’est l’accord écrit vendredi de l’augmentation de leurs salaires à 1800 euros, ce qui serait un premier signe. En revanche, si tel n’était pas le cas, les employés du centre téléphonique de TAI assistance promettent d’autres actions.

La directrice des ressources humaines, que nous avons sollicitée à plusieurs reprises n’a pas souhaité s’exprimer.

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