Perben-Collomb, y'a pas photo !

C'est la première fois depuis 20 ans que la droite lyonnaise partira unie au combat.

A la lecture des blogs et des sites qui ont déjà parlé de ce rapprochement attendu, quelques explications s'imposent. Elles n'engagent que moi.

Le choix est désormais binaire. Le prochain maire de Lyon sera Dominique Perben ou Gérard Collomb.

Pour ma part, le choix était évident. Si nous avions décidé de présenter notre propre candidat -et Denis Broliquier était tout à fait qualifié pour conduire la bataille- nous n'aurions pas dépassé le premier tour. Tout comme le Modem d'ailleurs.

La politique est un rapport de force.

Il s'exerce en amont d'une élection, par le travail, le rayonnement et la capacité d'agir. Sur ce plan, les élus millonistes, sous l'autorité successive de Christian Barthélémy puis d'Amaury Nardone, ont été exemplaires, assumant avec un certain panache leur position de premier groupe d'opposition au maire PS de Lyon. Nous avons été pugnaces tout en restant constructifs. Et, fidèles à nos engagements. Nous n'avons pas pactisé avec Collomb au Grand Lyon, préférant la clarté politique à la cohabitation émolliente.

Ce rapport de force peut également s'exercer au combat, lors des élections. Selon le bon vieil adage : 'au premier tour on choisit, au second on élimine'. Nous aurions pu prendre cette voie. Nous étions prêt. Les équipes étaient constituées, le programme rédigé. Mais là encore, fidèles à nos engagements pris durant la campagne des dernières municipales, nous avions choisi de tout tenter pour que le rassemblement de la droite et du centre puisse avoir lieu.

Et il ne s'est pas construit sur des prébendes et des places. Il s'est d'abord fondé sur une reconnaissance de notre implantation et de notre travail. Il s'est ensuite bâti sur une plate-forme programmatique : 30 propositions déjà présentées aux lyonnais.

Le programme... J'en vois déjà certains sourire. La politique est aujourd'hui décriée, synonyme de recherche du pouvoir (ou d'indemnités pour certains). Mais pour nous, le programme prime. Etre élu oui, mais d'abord pourquoi faire !

J'entends depuis quelques jours que ce mariage avec Dominique Perben serait celui de la carpe et du lapin. Etre élu oui, mais avec qui ?

Eh bien, je vais vous dire deux ou trois choses que je sais de Dominique Perben et de Gérard Collomb. Sans faux semblants.

L'une des premières réunions de campagne de Dominique Perben, candidat aux cantonales dans mon arrondissement, s'est déroulée dans mon appartement. C'était il y a 5 ans. Nous étions 6 autour de la table. Je ne le connaissais pas. J'ai rencontré un homme déterminé, méthodique. Persuadé qu'il arriverait à fédérer sur son nom la droite et le centre. Je dois vous avouer que j'étais sceptique. Il y a quelques semaines, je n'étais d'ailleurs pas persuadé que nous arriverions à nous rassembler sur un projet.

J'entends, ça et là, les critiques. Celles d'une gauche ironique, qui ricane jaune. Celles d'une droite qui, décidemment, n'en finira pas de se tirer dans le pied.

J'aime Lyon. Et pour ma ville, je veux le meilleur. Or entre Collomb et Perben, y'a pas photo !

La méthode, d'abord, est différente. Pour avoir vu de l'intérieur le système Collomb, il ne tiendrait pas une semaine en entreprise ! Cet homme est un autocrate. Il décide seul, accordant rarement sa confiance. Ah elle est loin la photo du leader PS, écharpe orange au vent, entouré de ses colistiers. L'équipe (et son esprit) n'existent plus... Il suffit d'écouter ce que nous disent nos collègues de gauche dans les couloirs de l'hôtel de ville.

Pousser la chansonnette, taper sur le ventre de son voisin en riant d'une bonne blague ou jouer au 'plus centriste que moi tu meurs' est sûrement majeur, mais hélas pour lui insuffisant.

Gérard Collomb est un homme qui méprise. Il suffit de l'observer à chaque conseil municipal. Le débat n'existe pas, toujours escamoté par une pirouette, un bon mot, une vacherie. Sans parler des droits naturels de l'opposition, bafoués de façon manifeste. Ou des marges de manœuvre inexistantes données aux maires d'arrondissement. Mépris et sectarisme. Tout le contraire d'une image soigneusement entretenue...

La gauche, forcément morale et progressiste, aurait bien besoin, en l'espèce, d'une bonne leçon de démocratie et de gouvernance.

Je note, du côté de Dominique Perben, que les discussions sur le programme se sont passées dans un excellent climat. Arguments contre arguments. Dans un respect mutuel. Je vois aussi le travail fourni par son association LNH, avec des points saillants en matière de patrimoine ou de rayonnement de la ville. On est loin de l'autocratie. On est en pleine démocratie, les arguments se frottent, les idées peuvent jaillir, même les plus iconoclastes.

Après la méthode, le niveau. Récemment qualifié par un quotidien anglais de 'personnalité un peu falote', l'actuel maire de Lyon manque cruellement de vision d'avenir, de hauteur de vue.

Elu par hasard, ou plutôt sur les décombres d'une droite qui avait préféré le sépuku à la victoire, Gérard Collomb a su gérer habilement Lyon, notamment dans le domaine du développement économique, de la culture ou de la politique de réseaux. Il a aussi, et surtout, déployé les programmes lancés par ses prédécesseurs (l'Amphithéâtre...), et pompé allègrement dans notre programme (Vélov', les berges du Rhône, la plaine africaine...). C'est de bonne guerre. Et c'est habile. D'où son surnom de 'coucou'. Il a bien compris que le 'benchmarking' était l'une des manières de gagner du temps. Voire de compenser un manque flagrant d'imagination.

Sous ses faux airs d'héritier de Raymond Barre, il n'hésite pas à revendiquer la paternité en même temps que la filiation. Combien de fois a-t-il fallu lui rappeler que l'histoire n'a pas démarré en avril 2001. À moins qu'être l'héritier auto-proclamé ne l'arrange aujourd'hui. J'avais eu l'occasion de l'écrire dans une tribune libre de Lyon Capitale intitulée 'L'héritier impossible' (http://www.lyoncapitale.fr/index.php?menu=13&article=2488)

Lyon est aujourd'hui à un tournant de son histoire. Le même, sûrement, qu'elle avait pris à l'arrivée de Raymond Barre. Certes, nous progressons dans les classements internationaux, notamment grâce à la vitalité des entreprises (et des entrepreneurs lyonnais) et aux succès commerciaux de l'équipe du Palais des Congrès de Lyon et d'Eurexpo. Mais il faut aller plus loin. Il faut désormais un homme d'Etat pour Lyon. Charles Millon était de ceux-ci. Dominique Perben sera, à n'en pas douter, à la hauteur du challenge. Son expertise et son réseau international sont un atout pour Lyon et son rayonnement. Sans parler de sa proximité avec le pouvoir en place...

Après la méthode et le niveau, la vision.

En politique, il faut voir loin. A 20 ans. Je regarde, attristé, la façon dont le maire PS de Lyon a choisi de faire la Confluence. Au lieu d'imaginer une ville, il a choisi de dessiner un quartier, d'être plus arrondissementier que maire ! Et pourtant, tout était à faire... Idem pour la garde d'enfant, le développement économique des quartiers... On se souvient de sa gestion du dossier des Halles de Lyon avec une retraite en rase campagne. Sans parler de la propreté dont il refuse obstinément de confier la responsabilité au terrain, c'est-à-dire aux mairies d'arrondissement. Là ou l'imagination devrait être au pouvoir, on se retrouve avec une politique 'à la grand papa', qui ronronne. Et puis s'endort !

Je me souviens comme si c'était hier de nos projets pour Lyon. Sept ans en arrière. On se moquait. Un pont habité, ça ne marchera jamais. Des vélos en libre service, vous rêvez ! Un jardin sans fin, la belle affaire ! Une université du savoir numérique, nul ! Des berges du Rhône rendues aux habitants, avec parcs et jardins, impossible, ou vais-je me garer ! Et la liste est longue...

La politique de Gérard Collomb fleure bon la continuité, la tradition lyonnaise. C'est rassurant. Mais Lyon a aujourd'hui besoin d'un coup de 'boost', d'innovations, d'audace. Mais chez Collomb, rupture est un mot tabou. Presque un gros mot.

Or c'est justement sur la vision et le non-conformisme que les futures élections se gagneront... Pas d'idées taboues, pas de thématiques de l'ombre.

Je crois à la politique. Je crois que l'on mérite d'être élu que si l'on a envie de changer le monde. Je crois aux idées. Je crois à la vision. Fondamentalement !

Or le maire PS de Lyon n'a pas cette vision. Ou si peu. Même s'il affichait il y a quelques mois des 'désirs d'avenir', Lyon a aujourd'hui 'besoin d'avenir'. Et cet avenir se trouvera dans le programme que nous présenterons aux lyonnais dans les prochaines semaines.

Je finirai par la fidélité. Mot tabou en politique où les dagues sont bien aiguisées sous les manteaux. Et bien j'y crois. Là encore, le maire de Lyon est bien fragile. Partisan de Dominique Strauss-Kahn, il trahit en baisant la babouche de Ségolène Royal, lui jurant fidélité éternelle. Avant, au premier retournement de sondage, de disparaître dans son antre lyonnais.

Nous sommes restés fidèles à nos engagements, à un homme. Ca compte, car Dominique Perben sait que nous respecterons notre signature. Question d'honneur.

La politique, réclame de la constance dans les engagements, donc de la fidélité. Là encore, y'a pas photo entre Collomb et Perben !

Erick Roux de Bézieux

www.rouxdebezieux.org

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