Pierre Gattaz Lyon déc 2014
Pierre Gattaz à la Cité internationale à Lyon

Patrons en colère : après les cartons jaunes, des sifflets

Siffler pour “rappeler les règles”, c’était l’objectif des patrons réunis à la Cité internationale de Lyon ce mercredi 3 décembre. Des artisans aux dirigeants de grands groupes, ils étaient 2 000 autour de Pierre Gattaz à dénoncer les lois sur les cessions et la pénibilité, en louant le contre-exemple allemand. Reportage.

Pierre Gattaz à la Cité internationale à Lyon, le 3 décembre 2014 © Jan-Loup Bernard

Pierre Gattaz à la Cité internationale à Lyon, le 3 décembre 2014 © Jan-Loup Bernard

“Vous voulez un sifflet et des boules Quies ?” En ce soir de mobilisation patronale, les hôtesses fournissaient les deux à la Cité internationale de Lyon. Car le patronat est en rogne et a fait un maximum de bruit pour le faire savoir. Mais dans le confort ouaté de la salle 3000 et en prenant soin d’éviter tout débordement…

L’année dernière, ils avaient donné un carton jaune au Gouvernement. Symboliquement, cette année, ils voulaient monter en puissance, sans sortir le carton rouge, “car, en démocratie, ce que le suffrage universel a fait, seul le suffrage universel peut le défaire”. Va donc pour le coup de sifflet, censé “rappeler les règles”. Et surtout exprimer dignement une grosse colère.

Unité dans la diversité

Objectifs atteints : la presse parisienne est descendue en masse, les dirigeants patronaux ont pu afficher leur unité (Medef, CGPME, UPA côte à côte), et les patrons ont répondu présent. Ils étaient bien 2 000 à exprimer leur ras-le-bol. Avec une certaine retenue malgré tout, comme tous ceux que l’on a interrogés à l’entrée de la salle. C’est là que se déroule le plus intéressant, ce mercredi soir.

Réunion de chefs d’entreprise contre la politique du gouvernement Hollande, à la Cité internationale, le 3 décembre 2014 © Jan-Loup Bernard

Cité internationale de Lyon, mercredi 3 décembre 2014 © Jan-Loup Bernard

À la Cité internationale, on croise les patrons dans leur grande diversité : des cadres sérieusement cravatés, des musclés tatoués dans le cou, des blondes au foulard Hermès, des brunes en T-shirt blanc informe “C’est les fins de mois de mes salariés qui me font souci”, nous confie Claire Didier, qui dirige une entreprise de travaux dans la Drôme. “Il y a un ras-le-bol général, de toutes les couches sociales. Si encore il y avait des gens plus nécessiteux qui profitaient de cette politique, j’aurais dit bon d’accord. Mais personne n’en profite”,gronde M. Oury, qui a une entreprise de textiles professionnels à Dardilly.

“Les grands groupes supportent mieux la crise”

“Je représente la direction d'un grand groupe, mais je suis là par solidarité avec les TPE, qui devraient être la priorité du Gouvernement et qui ne le sont pas”, explique François Brochet, vice-président France d’Écolab, qui reconnaît : “Les grands groupes supportent mieux la crise, car ils ont la taille et les fonctions supports qui leur permettent d'optimiser leur fiscalité et de gérer leur ingénierie sociale, et ils ne sont asphyxiés ni par les impôts ni par la complexité administrative. Les TPE, les PME le sont, alors que la création d'emplois passe par elles.”

Contre la loi Hémon et la pénibilité

À la tribune, tout est plus attendu. On houspille la loi Hémon, qui oblige à prévenir ses salariés deux mois avant toute cession. Elle a été faite par des gens qui n'ont jamais mis les pieds dans l'entreprise”, gronde Emmanuel Imberton (CCI, Cotonnière Lyonnaise), qui craint l’angoisse des salariés qui pendant deux mois sauront qu’ils sont vendus, sans connaître le nom du repreneur.

On rigole jaune de la pénibilité, unanimement jugée inapplicable. “Je vous donne l’exemple d’un immeuble sur un terrain arboré. La moitié du chantier est à l’ombre, l’autre au soleil. Il fait 27° à l’ombre, 35° au soleil. Dès qu’un de mes salariés passe de l’ombre au soleil, il passe en pénibilité”, illustre Gilles Courtex (Courtex Bâtiment), qui ne voit que deux solutions : apposer un thermomètre dans le dos de tous les ouvriers, pour enregistrer les températures. Ou recruter quelqu’un pour observer qui est à l’ombre, qui est au soleil… Hilarité de la salle.

Le contre-exemple allemand

L’assistance reprend son sérieux pour siffler copieusement une litanie de chiffres qui leur donnent envie de s’exiler outre-Rhin : les Allemands travaillent 200 h par an de plus que les Français, les entreprises allemandes font 40 % de marge contre 29,6 % en France, la balance commerciale de la France est déficitaire de 61 milliards quand celle de l’Allemagne est bénéficiaire de 210 milliards…

“Nous présidents”

François Turcas dans l’émission L’Autre Direct sur Lyoncapitale.fr, le 25 septembre 2013 © Lyon Capitale

François Turcas © LC

À la tribune, François Turcas (CGPME) cogne fort, avec des modulations de voix assez ridicules. Il a plus de succès quand, en trio avec ses homologues du Medef et de l’UPA, il entonne une anaphore singeant le “Moi président” d’Hollande : “Nous présidents, nous souhaitons une augmentation du temps de travail” est le plus applaudi.

C’était clairement le moment fort de la soirée, avant le discours de Pierre Gattaz. En conclusion, celui-ci a appelé à une forme d’union nationale de tous les partis, de tous les partenaires sociaux, sur un agenda 2020 de réformes qui fassent repartir la France de l’avant.

3 commentaires
  1. FOurs - 4 décembre 2014

    Je ne vois pas en quoi les petites ou moyennes entreprises sont représentées par le MEDEF, c'est du racolage…

  2. colinchap - 4 décembre 2014

    Je trouve cet article un rien condescendant. On retrouve bien l'esprit français anti-patronat, c'est bien triste.

  3. Gemini - 5 décembre 2014

    Amusant de voir qu’un dirigeant de grand groupe, qui sont ceux qui rackettent nos petites PME/PMI dire venir ici par « solidarité ». Ce mot, ils ne le connaissent pas. Encore plus amusant et faux d’entendre le MEDEF parler du modèle allemand. Ce qu’ils oublient de dire et dont ils ne veulent bien entendu pas est rappelé ici par exemple : http://www.bastamag.net/Droits-des-salaries-dans-lBref, ils veulent le beurre et l’argent du beurre.

  4. La rédaction - 5 décembre 2014

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