Patrick Bertrand, l'homme qui avait raison

Il dénonçait ces marchés (eau, chauffage,...) systématiquement attribués aux mêmes sociétés. Aujourd'hui, il analyse le soutien apporté par le Grand Lyon au groupe Veolia.Il y a un an, vous déclariez que le marché du chauffage urbain était "pipé". La cour d'appel vient d'annuler le marché. Finalement, vous avez eu raison avant tout le monde...J'ai eu tort d'avoir raison trop tôt. Je considérais que la proposition de Dalkia n'était pas la meilleure pour deux raisons. Premièrement, la Générale des eaux nous a surfacturé de 30 % le chauffage pendant trente ans. Deuxièmement, implanter la future chaufferie à bois dans le 8e arrondissement, dans une zone fortement urbanisée, me paraissait une moins bonne solution que celle proposée par Enerpart, qui projetait de situer cette future usine à bois le long du port Edouard Herriot.Selon Gérard Collomb, le marché a été annulé uniquement pour des questions de forme.Ce problème de forme, dont parle Gérard Collomb, est en réalité la conséquence d'un piège tendu par l'ancien délégataire. La société Dalkia a en effet modifié le cahier des charges au dernier moment, ce qui a amené les concurrents potentiels à modifier leurs offres dix jours avant le dépôt des dossiers. L'avocat du Grand Lyon de l'époque nous avait dit que c'était un problème mineur. Alors qu'il s'agit d'un point fondamental sur le plan moral puisqu'il avantage de fait Dalkia, qui a eu seule l'information à temps.Un nouvel appel d'offres va être lancé par le Grand Lyon, auquel Dalkia va vraisemblablement participer. La filiale de Veolia garde-t-elle toutes ses chances ?A la Ville de Lyon comme au Grand Lyon, on a toujours choisi de renouveler le sortant. C'est une politique qui ne me paraît pas bonne puisque cela veut dire que les choix sont faits d'avance. Les potentiels concurrents ne vont donc pas se presser pour postuler. Sans concurrence, celui qui a la certitude d'avoir le marché pratique des prix élevés.De votre point de vue, c'est la société Dalkia qui sera forcément reconduite.Tout est entre les mains du Grand Lyon qui peut opter ou non pour l'épreuve de force avec Dalkia. Car elle peut demander des dizaines de millions d'euros au titre de la rupture du contrat de 2004. Soit on accepte soit on va au clash. Si le Grand Lyon ne résiste pas aux pressions, il faudra nécessairement reconduire Dalkia pour ne pas avoir à payer la note de l'indemnité. Et je ne suis vraiment pas sûr que le Grand Lyon se batte sur ce point-là.La cour administrative d'appel donne 18 mois au Grand Lyon pour rompre définitivement le contrat du chauffage. Pour vous, est-ce trop long ?C'est un vrai problème. Je suis quasiment persuadé que rien ne se fera pendant le mandat actuel. Alors qu'à mon avis, il faut aller très vite et prendre, comme en 2002, une décision ferme et unilatérale de rupture. L'attitude de l'opposition est tout aussi contestable. La droite qui, par son vote, ne s'était pas opposée au choix de Dalkia, continue de penser que c'est l'unique solution puisque Dominique Perben et Jean-Michel Dubernard disent que la rupture du contrat va coûter très cher. Actuellement, des groupes tels que l'ex-Générale des Eaux (aujourd'hui Veolia) ont un pouvoir anormal sur nos hommes politiques de droite ou de gauche.

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Lors de son passage au ministère de l’Intérieur, Gérard Collomb a été sanctionné de la moitié de ses indemnités de conseiller métropolitain à cause de son absence. Une “amende” qu'il a compensée en trouvant une nouvelle source de revenus au sein du Sepal. Le maire de Lyon aura ainsi reçu 9149€ en 2018 dans un syndicat mixte où il ne siégeait pas.

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