Noël copte sous surveillance à Rillieux

Endeuillés par un violent attentat la semaine dernière, les chrétiens d’Egypte célébraient Noël ce jeudi. A Lyon, les membres de la communauté copte, malgré les menaces, se sont rendus en famille à la messe organisée à Rillieux-la-Pape.

L’église de la Roue se remplit peu à peu. Les célébrations coptes durent plusieurs heures et les familles arrivent au rythme de leurs impératifs. Dans la région, la communauté est peu nombreuse, une trentaine de familles, et dispersée entre le Rhône, l’Ain et l’Isère. En courrant, les enfants de chœur rejoignent l’autel après avoir retiré leurs chaussures. Bientôt, une centaine de fidèles reprend les prières murmurées par le Père Abanoub Ava Mena. Pour tous, la célébration de la fête de la Nativité par ce moine venu d’Alexandrie est forte de sens. La plupart des victimes de l’attentat du 31 décembre ont été inhumées précisément dans le monastère de Mar Mina où vit le religieux, un des plus importants lieux de pèlerinage en Egypte. L’attaque de l’église des Saints d’Alexandrie, à priori conduite par un kamikaze, a coûté la vie à 21 personnes et en a blessé près de 80.

Autour de l’église de Rillieux-la-Pape, une quinzaine de gendarmes, dont deux maîtres chiens sont mobilisés. Un dispositif important mis en place après le dépôt d'une plainte par un religieux copte de la région parisienne, le Père Girguis Lucas. Son église de Châtenay-Malabry, à l’image d’autres paroisses hors d’Egypte, est clairement désignée comme cible potentielle par des sites islamistes. Une menace inédite sur la diaspora des chrétiens d’Orient. Déjà, l’attentat du nouvel an avait été annoncé sur Internet.

Messages de soutien

A Lyon, neuf responsables religieux, chrétiens, musulmans, et juif, ont tenus à signifier leur compassion pour la douleur des coptes. Vendredi, ils ont lus Place Saint-Jean un message d’amitié et dénoncés un "acte barbare et aveugle qui vise à remettre en cause la coexistence pacifique entre les chrétiens et les musulmans d’Egypte." Monseigneur Barbarin, comme d’autres, avaient participé la veille à la messe de l’église de la Roue. Une présence remarquée et appréciée : "c’est la première fois que l’Evêque nous rend visite et c’est un honneur", explique un père de famille "malgré les circonstances, Noël doit rester une fête". Après neuf heures de jeûne, les fidèles communient et boivent un peu d’eau. Chaleureusement, ils se souhaitent de bonnes fêtes et les enfants distribuent des chocolats.

Avec 8 millions de croyants, soit près de 10 % de la population égyptienne, les coptes sont la plus importante communauté chrétienne du monde arabe. L’attentat d’Alexandrie, au moment des fêtes, souligne pourtant la fragilité de la coexistence avec les musulmans dans ce pays. Le massacre avait été annoncé et les chrétiens s’indignent de ce qu’ils considèrent comme du laxisme de la part des autorités. A Rillieux-la-Pape, une paroissienne rapporte des rumeurs persistantes selon lesquelles la police aurait quitté les lieux peu avant l’explosion. Le doute s’installe dans les esprits et la communauté ne décolère pas. En Egypte, des manifestations violentes ont opposé les chrétiens aux forces de l’ordre. L’an dernier déjà, les coptes avaient célébré Noël dans la peine après l’assassinat de six des leurs en Haute-Egypte. Malgré la condamnation de ces attentats par le régime, les coptes, plus que jamais, s’inquiètent pour leur avenir.

Le 31 octobre dernier, une prise d’otages meurtrière dans une cathédrale de Bagdad avait fait une cinquantaine de morts et autant de blessés. L’Etat islamique d’Irak, un groupuscule lié à Al-Qaida, avait revendiqué l’attentat. Inexorablement, le destin des chrétiens d’Orient semble lié au-delà des frontières.

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