Dans la nuit du dimanche 20 au lundi 21 juin, plusieurs membres de Youth for Climate ont détruit la bâche publicitaire de la Place Bellecour. (Crédit : YFC)

Lyon : les bâches publicitaires de la place Bellecour, cible de prédilection des activistes écologistes

En deux mois, les bâches publicitaires géantes installées sur les échafaudages d’immeubles de la place Bellecour ont été vandalisées à deux reprises par des activistes écologistes. Ces dispositifs publicitaires, qui permettent de financer les travaux de réfection des façades d'immeubles où ils sont apposés, sont devenus une cible de choix pour ces militants.

Depuis quelques mois les bâches publicitaires XXL de la place Bellecour, dans le 2e arrondissement de Lyon, sont la cible répétée d’actions coup de poing d’activistes écologistes. La dernière en date, au mois de juin, a été revendiquée par des militants de Youth For Climate, un collectif qui déclare lutter pour la justice climatique et sociale, la protection de l’environnement et de la biodiversité. 

Dans la nuit du dimanche 20 au lundi 21 juin, plusieurs membres du groupe s’étaient introduits dans l’échafaudage pour lacérer le support publicitaire géant, faisant la promotion d’un véhicule hybride, dont il était recouvert. Le 1er mai, une action similaire avait été menée contre ce même dispositif, qui faisait alors la promotion de la 5G d’un grand opérateur. Les dégradations avaient alors été revendiquées par des militants d’Extinction Rebellion Lyon, qui en avaient profité pour installer une banderole affichant le message "On veut des arbres pas des pubs".

Une exposition de premier plan

La société Lightair, qui installe ces publicités géantes, recense près "d’une dizaine de plaintes sur les bâches publicitaires de la place Bellecour. Chaque plainte est liée à une toile dégradée, ce n’est pas toujours les mêmes collectifs a priori. Mais ils ont tous à peu près le même objectif", explique Julien Aguettant, un associé de l’entreprise. Il note d’ailleurs que "depuis une bonne année les dégradations nous concernant ont pris un sérieux coup d’accélérateur".


"Sur la bâche attaquée, on ramène 230 000 euros aux propriétaires de l’immeuble." Julien Aguettant, associé de Lightair


De par leur exposition centrale dans Lyon, "sur une place classée au patrimoine mondial de l’UNESCO", ces toiles publicitaires lorsqu’elles sont dégradées se retrouvent encore plus au cœur du débat. Et c’est bien là la raison principale des actions menées par les différents groupes d’activistes. "On cible aussi des publicités plus petites comme celle de JCDecaux, affichées sur les abris bus, mais c’est moins spectaculaire, cela fait moins parler et comme elles sont changées plus régulièrement, l’impact sur le long terme et moins important", reconnaît Tao, un militant de Youth For Climate. 

Des conséquences financières lourdes

Installées en toute légalité, ces toiles publicitaires se révèlent essentielles pour certaines copropriétés qui peuvent ainsi financer les travaux de réfection, très onéreux, de leurs façades d’immeubles classées aux monuments historiques. "Sur la bâche attaquée, on ramène 230 000 euros aux propriétaires de l’immeuble", fait valoir Julien Aguettant. Un apport non négligeable lorsque l’on sait que ce type de ravalement "coûte entre deux et quatre fois plus cher qu’un ravalement traditionnel", selon le représentant de Lightair. 

Ces dernières années, Julien Aguettant estime que sa société a apporté environ "trois à quatre millions d’euros" aux propriétaires d’immeubles de la place Bellecour, avec la pose d’une quinzaine de bâches publicitaires. En outre, ces toiles sur échafaudage rapportent environ "3 000 euros en taxe publicitaire à la Ville de Lyon chaque mois".


"Nous ne sommes pas un groupe international avec un fond derrière lui, qui ne se soucie pas de perdre une semaine de visibilité.Julien Aguettant, associé de Lightair


Donc quand un de ces dispositifs d’affichage est détruit, l’impact financier n’est pas sans conséquence, "pour les propriétaires, qui sont pris en otage, et pour nous, car on est une petite boîte familiale lyonnaise. Nous ne sommes pas un groupe international avec un fond derrière lui, qui ne se soucie pas de perdre une semaine de visibilité", regrette Julien Aguettant. Aujourd’hui, la société ne possède même plus d’assurance pour ce type de dégradations, "au début on en avait, mais malheureusement ils [les assureurs, NDLR] ne veulent plus nous couvrir, parce qu’il y a eu de la casse. Donc c’est pour nous. On doit rembourser l’annonceur sur le temps où il n’est pas visible et ça nous coûte de réimprimer une toile, de la reposer et de sécuriser le site", détaille-t-il.

Ces différents arguments financiers sont toutefois écartés par Tao, qui estime que "le bénéfice apporté par ces publicités ne peut pas compenser leurs désavantages. On peut chiffrer directement le coût écologique et social de la publicité, et on voit clairement qu’il est au détriment de ces pubs et ça ne vaut clairement pas la peine".


"Le bénéfice apporté par ces publicités ne peut pas compenser leurs désavantages." Tao de Youth for Climate


"Moteur du dérèglement climatique et de la crise écologique en générale", selon le militant, ces publicités XXL sont d'après Youth for Climate une atteinte "au patrimoine" et leur installation se fait au "détriment des plus petits commerces et donc c’est un problème pour l’emploi de proximité". 

Des poursuites judiciaires

Première victime de la destruction des bâches installées sur les échafaudages de la place Bellecour, la société Lightair interpellait le maire de Lyon, Grégory Doucet, au lendemain des dernières dégradations. Dans un communiqué, l’entreprise pointait notamment du doigt le "manque de résultats et de considération pour une équipe de votre territoire, qui œuvre pour la valorisation du patrimoine lyonnais". 


"Nos militants qui ont réalisé l’action sont conscients des risques juridiques encourus. Ils espèrent ne pas avoir à finir devant la justice, mais l’action en vaut le coup.Tao de Youth for Climate


Invitée à réagir, la mairie de Lyon nous a répondu que "cette bâche [publicitaire, NDLR] n’est pas dans la compétence de la ville, mais de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC)", avant d’ajouter "c’est le propriétaire qui en perçoit les redevances, qui est responsable de l’entretien et de la bonne tenue de l’échafaudage". Par ailleurs, les services municipaux assurent que "si une plainte a été déposée par le propriétaire, la police nationale prendra les mesures qu’elle juge appropriées". 

Le représentant de Lightair nous a confirmé qu’une plainte avait été déposée. Mais le recours à la justice n’est pas de nature à stopper les activistes, "nos militants qui ont réalisé l’action sont conscients des risques juridiques encourus. Ils espèrent ne pas avoir à finir devant la justice, mais l’action en vaut le coup", conclut le porte-parole de Youth for Climate.

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