Fouziya Bouzerda © Tim Douet
Fouziya Bouzerda © Tim Douet

Lyon - Fouziya Bouzerda : “lundi nous distribuerons des masques sur le réseau TCL”

En première ligne pour le déconfinement, le réseau TCL s'apprête à accueillir plus de voyageurs lundi. Ils devront tous porter des masques et sont déjà un sur deux à le faire. La présidente du Sytral, Fouziya Bouzera, revient pour Lyon Capitale sur "le travail titanesque" qui vient d'être effectué pour permettre de se déplacer en sécurité grâce aux transports en commun.

Lyon Capitale : Où serez-vous lundi matin ?

Fouziya Bouzerda : Je serai dans les transports en commun pour voir ce qui se passe, distribuer des masques, évaluer la situation. Lundi, mais aussi les jours suivants. On va tout faire pour sécuriser les trajets pour ceux qui doivent se déplacer. Après, il est important de dire aux usagers "ne vous précipitez pas tous". On encourage le télétravail pour une reprise progressive.

À l’initiative du préfet, nous allons faire circuler une charte dans le monde économique pour leur demander de ne pas envoyer les salariés en heures de pointe, de continuer le télétravail. Nous sommes là pour accompagner la reprise économique, le déconfinement. On ajustera en temps réel si cela est nécessaire.

Vous attendiez que le gouvernement encadre l’obligation de porter un masque dans les transports commun, c'est désormais annoncé, êtes-vous satisfaite ?

Nous, c’est une réponse qui nous suffit à partir du moment où on aura des soutiens de la Police nationale. Le ministre de l'Intérieur annonce 20 000 agents, j’espère que ça ne sera pas qu’à Paris. Pour faire respecter l’obligation du masque, qui est importante, il faudra des contrôles. Une contravention de 5e classe est prévue, mais on n’a pas encore la loi.

Comment se déroule le travail avec l’État ?

Avec les réseaux d’Île-de-France et des Hauts-de-France, nous avons travaillé en lien avec le gouvernement pour trouver des solutions et cadres. Les échanges sont quasi quotidiens avec les services de l’État. À Lyon, le préfet nous a beaucoup accompagnés dès le début. L’enjeu pour nous était d’être prêt pour le déconfinement. Nous faisons actuellement un test en temps réel avec la fermeture complète d’une station de métro et de tramways à la Guillotière, si l’Etat était amené à nous demander de restreindre notre offre. Cependant, si on en arrivait à ces mesures-là, alors on ne serait pas en capacité d’amener un transport fluide, ce que nous voulons éviter.

Allez-vous distribuer des masques ?

Nous avons commandé 100 000 masques gratuits et jetables, ils sont arrivés. Lundi, avec 350 agents sur tout le réseau TCL, nous les distribuerons aux voyageurs qui n'en auront pas. Les premiers jours, nous ferons de la pédagogie, c’est pour cela que nous en donnerons. Cependant, dans la mesure du possible, venez sur le réseau avec votre propre masque, procurez-vous vos masques. Ceux qu’on distribuera sont pour ceux qui n’en ont pas déjà. Le circuit de vente de masques est de plus en plus fluide, ils arrivent dans les supermarchés. Les kits regroupant deux masques et du gel hydroalcoolique sont déjà en vente dans nos distributeurs sur le réseau. Les voyageurs ont compris qu’avec un masque ils se protégeaient, mais ils protègent aussi les autres. Alors que les masques ne sont pas encore obligatoires, plus de la moitié des usagers en portent déjà un.

N’y a-t-il pas un risque de croire que le masque va suffire ?

Effectivement, il ne suffit pas, on ne doit pas oublier les gestes barrière, se laver les mains. De notre côté, on renforce la désinfection des rames, on passe à trois fois par jour. Nous avons monté une cellule COVID innovation. On ne s’interdit rien, on expertise toutes les solutions, en on cherche dans le monde entier. Dès qu’on nous fait une proposition, on expertise sur dossier, on partage quotidiennement avec nos opérateurs comme Keolis. Si la proposition est pertinente, on l'expérimente. On l’a déjà fait avec un robot désinfectant grâce aux UV, avec un système de vaporisation sèche, la borne biocide à la Part-Dieu pour les mains. Ainsi, on va élargir cette expérimentation et installer des bornes dans dix stations.

D’autres éléments sont en cours d’installation ?

Les marquages au sol vont arriver également dans les plus grandes stations, on va séparer les entrées et sorties comme pour la Fête des lumières. Les vitres en plexiglas sont en cours d’installation dans les bus pour protéger les conducteurs et permettre à nouveau la montée à l’avant. Des messages sonores vont être diffusés pour demander aux voyageurs de respecter les marquages, les gestes barrière, la distanciation.

C’est un travail titanesque, tous les jours, on réajuste. Nous sommes hyperflexibles, s’il faut filtrer à l’entrée des stations, on le fera, mais ça voudrait dire dégrader le trafic, ce qui n’est pas l’objectif. Lundi, c’est un premier plan, il pourra évoluer si besoin. On compte sur la responsabilité et la volonté de tous de ne pas se faire reconfiner. Il faut être vigilant, ne jamais baisser la garde. Nous sommes le réseau le plus prêt.

En Île-de-France, il faudra une attestation de son employeur pour prendre les transports en commun, qu’en sera-t-il à Lyon ?

Pour nous, cette attestation fait partie d’un deuxième temps, elle ne sera pas nécessaire, mais on ne l’a pas exclue. J’ai échangé avec le préfet sur la question. Lundi, c’est la première salve de mesures, si nous avons des difficultés lors des heures de pointe, trop de monde, nous déclencherions la nécessité d’avoir une attestation de son employeur. J’ai eu les présidents de la CCI, du MEDEF, de la CPME, on leur a demandé de nous accompagner si nous devions mettre en place cette mesure. Après, on sait aussi que la reprise sera progressive, que le télétravail va continuer. Ces mesures plus contraignantes seront mises en place si les entreprises ne jouent pas le jeu. Ça peut se faire très vite.

Des mesures mises en place actuellement pourraient-elles être maintenues après l’épidémie ?

Toutes les mesures en œuvre, la désinfection, ce sont des sauts en avant, on ne fera pas de saut en arrière. Cette expérience nous permettra de capitaliser pour la suite, je pense notamment à l’accélération de la digitalisation pour les titres de transport : on peut acheter des cartes préchargées, valider avec un smartphone Android. Durant le confinement, on a continué d’avancer sur les marchés publics de digitalisation de la billetique, ils sont fondamentaux. Nous sommes restés mobilisés sur ces questions.

Certains s’inquiètent de voir le coronavirus mettre fin à de grands projets d’infrastructures comme le métro E, que répondez-vous ?

Pour l’ambition d’un très grand plan d’investissements, elle pourrait être momentanément réajustée. Pour le métro E qui est déjà un projet avancé, il pourrait ne pas être impacté. Il faut toujours être proactif sur le transport en commun, son maillage. Il ne faut pas considérer que c’est fini pour les grands projets structurants. L’enjeu reste de ne pas conduire au tout voiture. Si on ne se dote pas notre métropole de projets structurants on reviendra au tout voiture. Les transports en commun sont la seule solution efficace dans une métropole comme la nôtre.

Avant l'épidémie, on était à 10 % de croissance sur le réseau, il faut continuer de se projeter. Il y a des aménagements qui étaient pertinents et le sont toujours, tout comme la transition vers des bus 100 % propres. Nous sommes là pour accompagner le bien être de nos usagers. Nous aurons bientôt une commission d’adaptation de l’offre. On va continuer de proposer plus de solutions. En ces temps critiques, nous avons montré notre grande agilité, notre flexibilité alors que nous sommes le deuxième réseau de France.

Comment imaginez-vous le monde de demain ?

Je pense que ça sera un peu le monde d’hier, mais aussi celui demain grâce à la levée de beaucoup de freins psychologiques, notamment autour du télétravail. Ne ne devons rester dans des visions figées, qu’elles soient d’hier ou de demain. Le monde d’après c’est aussi notre logiciel, notre manière de penser la ville. Notre ambition reste de pouvoir mieux se déplacer et mieux respirer, de vivre mieux tout simplement.

6 commentaires
  1. PAUL Gabriel - 8 mai 2020

    Bonjour
    Toujours des élus qui attendent et se retranche derrière d'autres élus, ou des règlements, ou autre motif, pour ne pas agir.
    La distribution de masques aurait déjà du avoir lieu depuis au moins une semaine voir plus.
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    Il aurait été pertinent, de distribuer un masque à chaque abonné des différents réseaux.
    Vu les chiffres annoncés par le président de la METROPOLE pour l’achat de 500.000 masques (entre 250 et 300milles euros) soit moins d'un euro par masque, auquel il faut rajouter un euro pour le cout de la distribution postale.
    Ce cout est modeste en rapport avec le prix de l'abonnement mensuel.
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    Mesure à prendre, pour faciliter, l’obligation du port du masque dans les transports en communs, mais surtout d'épargner à nos concitoyens d'être contaminés par le virus, d’être hospitalisés, voir pour certain d’en mourir.

    1. Abolition_de_la_monnaie - 8 mai 2020

      Depuis le début de la pandémie on sait qu'il faut porter un masque, on avait l'exemple de l'Asie, on avait la possibilité de faire des masques en tissus pour freiner tout ça et éviter le chaos... Et là on attend encore "une date précise" avant de distribuer des masques... comme si actuellement des gens ne continuaient pas à se contaminer...
      Et pour couronner le tout, les députés sont en train de voter des lois pour dégager toute responsabilité aux décideurs... La fête. 😀

  2. Abolition_de_la_monnaie - 8 mai 2020

    "Expertise... expérimente".... ça se cherche 😀

    Le souci d'un organisme qui a un intérêt financier à transporter le plus de monde possible pour "croitre économiquement" etc, c'est qu'il n'a aucun intérêt à ce qu'un maximum de gens "télétravaille" définitivement, et le vélo reste "un concurrent". Ce n'est peut-être pas pour rien que les pistes cyclables sont aussi "mal étudiées" à côté des voies de tramway...
    Il a aussi intérêt financièrement à ce qu'on continue à "construire la ville" de manière à ce que les habitations soient loin des lieux de travail, et qu'on continue à concentrer l'activité comme par exemple à la Part Dieu en agrandissant le centre commercial...
    Cette organisation économique défie le bon sens, mais elle est "logique" dans un monde de fous...

  3. JANUS - 8 mai 2020

    Abolition / Comme d'autres vos monologues pompeux et moralisateurs sont illisibles. Raccourcissez les !

    1. Abolition_de_la_monnaie - 8 mai 2020

      Traduction spéciale pour JANUS : les déplacements inutiles, c'est inutile. ça va ? C'est assez simple ? Faudra pas venir ensuite dire que ça oublie certains paramètres et que ça ne propose pas d'alternatives ! 🙂

  4. raslebol69 - 8 mai 2020

    "Je serai dans les transports en commun pour voir ce qui se passe". Miracle, pour une fois elle va prendre les transports en commun et non sa voiture avec chauffeur.

Les commentaires sont fermés

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