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Pompiers du Rhône © Tim Douet

Lyon : chez les pompiers du Rhône, le crépitement de l'opposition face à l'obligation vaccinale

À partir du 15 septembre prochain, les sapeurs-pompiers devront, comme les soignants, présenter un pass sanitaire valide pour exercer leur profession. Une mesure qui est loin de faire l'unanimité au sein de la profession, même si la contestation ne se veut pas bruyante.

Après la validation de la loi relative à la gestion de la crise sanitaire par le Conseil constitutionnel, le 5 août dernier, le syndicat des pompiers professionnels FA SPP-PATS a déposé un préavis de grève illimitée à partir du 10 août. Ce mouvement de protestation concerne le caractère obligatoire de la vaccination. De nombreux soignants protestent contre cette mesure depuis plusieurs semaines à Lyon, mais, pour la plupart, les syndicats de sapeurs-pompiers veulent se distancer de cette réaction qu'ils jugent contre-productive.

"Deux millions de personnes dans la rue il y a deux ans contre les retraites, les gilets jaunes pendant un an et demi... On a bien vu ce que ça donne de manifester !", explique Rémy Chabbouh, secrétaire national de l'union syndicale Solidaires - SUD SDIS - et sapeur-pompier professionnel à Lyon. Il indique que les sapeurs-pompiers, réquisitionnés par la Préfecture, travaillent de toute façon même lorsqu'ils ont donné un préavis de grève.

Pour la vaccination, contre l'obligation

Rémy Chabbouh est lui-même vacciné depuis février. "Je suis partisan de la vaccination, mais totalement en opposition avec ce caractère obligatoire", souligne le pompier lyonnais. Contre la mesure qui doit s'appliquer dans quelques semaines, le syndicat SUD SDIS a décidé d'entamer une procédure de recours auprès de la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH). En bouclant son dossier d'ici le 20 août, l'organisation espère pouvoir obtenir des résultats concrets avant le 15 septembre. C'est du sud-est de la France et notamment du Rhône qu'a démarré la procédure, avec une quinzaine de sapeurs-pompiers professionnels. "On a ensuite été contactés par une dizaine de sapeurs-pompiers volontaires, puis de fil en aiguille on a ajouté quelques soignants". Sur l'ensemble du territoire français métropolitain et ultramarin, le syndicat annonce avoir recueilli, à ce jour, le refus de se faire vacciner d'environ 300 personnes. Aucun d'entre eux n'a entamé son schéma de vaccination.

Les pompiers du Rhône jouent un rôle essentiel dans la vaccination, avec des opérations récurrentes, comme à la Part-Dieu entre juillet et août. Deux centres de vaccination gérés par le SDMIS 69 inoculent les doses de vaccins. C'est le cas du stade de l'Olympique lyonnais, le Groupama Stadium de Décines-Charpieu, où les sapeurs-pompiers vaccinent à tour de bras depuis plusieurs mois. D'après le syndicat SUD Solidaires SPP et PATS du SDMIS, c'est aussi pour cette raison que la grève n'est pas le moyen de contestation privilégié. "On a un préavis de grève national solidaire, mais on a jugé plus judicieux de préserver le potentiel opérationnel pour les enjeux vaccinaux". La protestation ne vise donc pas l'utilité du vaccin en elle-même, mais bien son caractère coercitif.

Une motion commune contre le licenciement

Le 18 juillet dernier, sept des neuf syndicats de sapeurs-pompiers ont signé à l'échelle nationale une motion contre la possibilité de licenciement présente dans le projet de loi, liée à la non-possession d'un pass sanitaire valide. Dans le communiqué adressé aux parlementaires, ils disent rester "fortement attachés aux libertés individuelles", et "demandent le retrait de l'obligation vaccinale". La CDFT a refusé de s'associer à cette motion, tout comme le syndicat des pompiers-cadres Avenir Secours, qui a préféré le faire de son côté, annonçant sa "très forte réserve quant à l'application d'une contrainte s'accompagnant inéluctablement de mesures coercitives et disciplinaires".

La section locale d'Avenir Secours, dans le Rhône, annonce ne pas vouloir déposer de préavis de grève malgré tout. À l'échelle nationale, le lieutenant-colonel Alain Laratta, secrétaire général du syndicat, se range du côté du gouvernement. L'encouragement à la vaccination est selon lui "le moins mauvais des outils". L'organisation ne souhaite donc pas faire d'action collective, de peur "de se retrouver avec seulement 40 % des effectifs qui soient opérants".


"À Lyon, nous sommes l'un des plus gros contingents. C'est notre place qui est en jeu", Rémi Chabbouh, secrétaire national du SUD SDIS et pompier à Lyon


La grève comme mécanisme de protection

Pour Rémy Chabbouh, le secrétaire de SUD SDIS, il est tout de même nécessaire de protéger les sapeurs-pompiers professionnels, en attendant la réponse de la Cour Européenne des Droits de l'Homme. À cette fin, la grève est une action politique qui porte ses fruits. À l'aide des mécanismes établis par le droit constitutionnel, elle devient en effet un bouclier contre le licenciement. "Pour ceux qui ne souhaitent pas se faire vacciner, cela leur permet de ne pas être suspendus de leurs fonctions", affirme le pompier lyonnais.

"C'est uniquement pour se protéger : je ne suis ni complotiste, ni platiste", poursuit-il. Recrutés par concours, les agents de la fonction publique sont plus de 40 000 en France, et se différencient des sapeurs-pompiers volontaires et des militaires parisiens et marseillais. Les 6 000 pompiers professionnels lyonnais sont donc soumis dès le 15 septembre à l'obligation de présenter un pass sanitaire valide, sous peine de perdre leur travail. "À Lyon, nous sommes l'un des plus gros contingents. C'est notre place qui est en jeu", déclare Rémy Chabbouh. Pour autant, sur l'ensemble de la profession, seuls trois pompiers lyonnais membres du syndicat se sont mis en grève depuis le début de semaine. D'après le syndicaliste, au moins 60 % des soldats du feu de la ville ont entièrement été vaccinés, un chiffre qui montre le paradoxe du débat.

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