Logement : Boutin attendue de pied ferme

Au-delà du symbolique ministère-Algeco décentralisé, constructeurs, bailleurs, associatifs, élus locaux attendent des propositions concrètes pour que les objectifs ambitieux affichés par Christine Boutin n'en reste pas au stade des slogans.

1 La mixité sociale

Une chose est sûre, Christine Boutin ne remettra pas en question la loi SRU. Mais cette position ne règle pas pour autant la question de la mixité sociale. "Dans chaque nouvelle opération, la ville de Lyon impose 20 % de logements sociaux, explique le Père Bernard Devert, président d'Habitat et Humanisme. L'Etat doit généraliser ce genre de pratiques à tout le territoire". Louis Lévêque, adjoint de la ville de Lyon au logement, veut plus de moyens pour développer cette politique, compte tenu de l'envolée des prix du foncier. Il poursuit : "dans les quartiers, comme à la Duchère, il faut aussi poursuivre les opérations de démolitions/reconstructions en mettant les moyens pour que la fracture entre les quartiers ne se recrée pas au sein d'un même quartier". Mais dans le contexte de pénurie, certains demandent l'arrêt des démolitions. La ministre devra aussi trancher sur cette question.

2 Un logement pour tous

La ministre a le chic pour faire des annonces radicales : du droit opposable à la construction de 500 000 logements par an dont 120 000 HLM. Tout ça doit faire de la France "un pays de propriétaires" ou chacun sera "bien logé". L'urgent est de fluidifier le "parcours résidentiel". "On peut multiplier par trois la production de logements sociaux, si les locataires ne peuvent pas sortir de leur HLM, faute de moyens pour accéder au privé, les listes d'attente seront toujours aussi longue", analyse Daniel Godet, directeur de l'Opac du Grand Lyon. "La première chose serait de généraliser la TVA à 5,5 % à toutes les opérations sociales" plaide Benoît Pracol, promoteur "social" de Rhône Saône Habitat. Mais logement social ou privé, le problème numéro un reste les prix qui flambent. "A Christine Boutin de régler le problème de la hausse du coût des matériaux et de la pénurie de main d'oeuvre. Aux collectivités, la responsabilité de sortir un prix du foncier raisonnable", ajoute Benoît Pracol.

3 Des villes plus belles

Tout le monde s'accorde à dire que les constructions des années 1960 (en période de crise du logement) en France et à Lyon en particulier ne sont pas une réussite. "L'apparence devait être classique et ne pas faire de vague", explique Michel Essertier de Rue Royale Architectes. Aujourd'hui, la ville s'embellit. Cependant, face à toutes les exigences auxquelles la ministre doit faire face, les architectes, qui se réunissent la semaine dernière à Lyon, craignent que l'esthétique ne soit pas une priorité. Laurent Lucas de la Galerie Roger Tator, le déplore : "L'esthétique est finalement choisie par le politique. Alors que faire des choses moins classiques ne coûterait pas forcément plus cher ?".

4 Un habitat plus écolo

Les logements sont responsables de 30 % des émissions de gaz à effet de serre en ville. Pour les nouveaux logements, des normes existent, mais sont encore insuffisantes. "Le mieux que l'on puisse faire en ce moment, c'est d'adopter une démarche HQE et de répondre au Label Effinergie", explique Laurent-Marc Fischer, d'Architectes Studio. Le problème principal reste cependant celui des logements anciens, qui peuvent consommer jusqu'à dix fois plus d'énergie que les neufs. La ministre s'est engagée, dans Lyon Capitale (11/09), à réhabiliter en priorité les logements des ménages les plus modestes. Les bailleurs sociaux attendent désormais de la ministre des moyens suffisants pour engager ses travaux.

5 Assainir les agences immobilières

Dans Lyon Capitale (11/09), la ministre a clairement indiqué vouloir "trier le bon grain de l'ivraie" en matière d'agences immobilières, après un rapport accablant de la direction de la Concurrence (DGCCRF). Les professionnels de l'immobilier qui entendent bien saisir l'opportunité de sa visite à Lyon pour lui suggérer des réformes : "on pourrait obliger les officines à s'affilier à un syndicat pour accentuer les contrôles, avance Patrice Rosier, le président de la CNAB Lyon. La FNAIM, rejoint la CNAB en proposant l'adoption d'un code déontologique que le principal syndicat d'agences a déjà adopté pour ses adhérents. Souhaitant aller plus loin, la FNAIM demande que l'on étende, par la loi, les pouvoirs de la DGCCRF pour "poursuivre efficacement les contrevenants".

6 En finir avec les bidonvilles et les squats

Le préfet l'a promis, le 4 octobre se tiendra une "conférence d'agglomération" sur la question de l'habitat précaire, réunissant les associations, la préfecture et les collectivités. Au centre des discussions : l'hébergement des Roms et de tous ceux qui vivent dans les squats et "bidonvilles". "On sort de la logique policière d'expulsion, pour envisager un parcours d'insertion", se félicite André Gachet, le président de l'Association lyonnaise pour l'insertion par le logement (Alpil)". Il existe des solutions : Saint-Denis et Nantes ont déjà dressé des Algecos pour accueillir ces populations. Mandaté par la préfecture, l'Alpil a déjà demandé à une dizaine de communes du Grand Lyon la possibilité d'installer ce genre de dispositif sur un de leurs terrains. Les réponses ont jusque là toujours été négatives. A Christine Boutin d'apporter aussi les moyens nécessaires financiers et/ou réglementaires pour convaincre ces communes.

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