Les psychanalystes se révoltent à Lyon

Ils souhaitent attirer l'attention de l'opinion publique : derrière les attaques qu'ils subissent, c'est la conception de l'humain qui est en question.

Hier dominante, la psychanalyse est aujourd'hui menacée. En février 2004, un rapport de l'Inserm (l'Institut national de la santé et de la recherche médicale) valorise les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) au détriment de la psychanalyse. Ces "TCC" seraient plus efficaces pour soigner les troubles psychiques. Au même moment, le député Bernard Accoyer fait voter un amendement qui prévoit de limiter l'exercice de la psychothérapie aux seuls diplômés de médecine et de psychologie, excluant de fait les psychanalystes et certains psychothérapeutes. En septembre 2005, la publication du Livre noir de la psychanalyse est une attaque en règle contre Freud et ses partisans. L'Inserm en remet une couche, en publiant dans la foulée, une étude sur le "trouble des conduites chez l'enfant" : les experts de l'Inserm voient dans les énervements excessifs les signes avant-coureurs de la délinquance. Et en 2007, les formations en psychologie clinique, qui se fondent sur la psychanalyse, ont failli disparaître de l'université.

A chaque fois la mobilisation des tenants de la psychanalyse a permis d'enterrer projets de réforme et expertises contestés. En juin 2008, même si aucun nouveau projet de loi ne menace, les psychanalystes sortent de leur cabinet. Emmenés par les psys de la Cause freudienne, ils tiennent meeting dans 17 grandes villes de France et notamment à Lyon, le 7 juin.
Une question de choix de société
"Nous voulons alerter les citoyens. L'époque actuelle montre des dérives importantes dans tous les domaines. On tend à réduire la singularité du sujet au profit de raisonnements statistiques, explique le psychanalyste Jacques Borie, organisateur du meeting lyonnais. Le stress au travail, par exemple, est la marque du fait que les gens ne sont plus dans leur travail qu'à travers le chiffre qu'ils produisent, avec une logique de "toujours plus" sans que le travail n'ait un autre sens que celui-là".

Durant ce meeting, ces praticiens de la santé mentale s'attacheront surtout à défendre la psychanalyse face aux tentatives d'exclusion au profit des TCC. "Avec ces thérapies, on vous traite pendant trois mois pour une phobie des araignées et vous avez 30 % moins peur après, poursuit Jacques Borie. Pour eux la souffrance humaine est quantifiable selon une échelle et leur démarche repose sur des protocoles. A l'inverse, on dit des psychanalyses qu'elles sont inefficaces. Or nous ne raisonnons pas du tout comme eux, puisque nous replaçons le symptôme dans l'histoire de la vie des gens. La singularité de l'humain ne permet pas de le faire rentrer dans une case. Nous montrons notre efficacité au cas par cas".

Sur ce fondement d'une supposée meilleure efficacité à court terme, les théories comportementalistes gagnent donc du terrain : en psychiatrie, dans les services des hôpitaux, à l'université. "En restant dans nos cabinet nous avons compris que nous laissons le champ ouvert à ces théories, beaucoup plus séduisantes pour les politiques en ces temps de réductions budgétaires, explique le psychologue-psychanalyste Christian Chaverondier. Nous voulons montrer aussi que la psychanalyse peut être utile. A l'initiative de la Cause freudienne, un centre psychanalytique de consultation et de traitement a été ouvert en septembre 2007, où des personnes en grande précarité sont reçues gratuitement. Et on s'aperçoit qu'au bout de quelques séances, il y a une nette amélioration".

Les psychanalystes repartent donc en guerre pour défendre une certaine conception de l'être humain, où l'inconscient (nié par les TCC) est aussi important que le conscient. Mais aussi une certaine vision de la société. "Nous subissons un discours libéral et en même temps hyper normatif, conclut Jacques Borie. L'idée contenue dans le rapport de l'Inserm de 2006 d'inviter les professionnels à repérer les enfants agités parce qu'ils seront de futurs délinquants, nous paraît dangereuse. C'est totalement simpliste. Nous, au contraire, nous voulons laisser ouvert le champ des possibles".

Meeting "La psychanalyse dans la cité du XXIe siècle"
Ce premier meeting lyonnais de psychanalystes intervient à la suite du meeting qui s'est déroulé les 9 et 10 février 2008, à la Maison de la Mutualité à Paris, à l'initiative de Jacques-Alain Miller, le chef de file de la Cause freudienne.

Programme :
4 tables rondes :
- La formation des psychologues et des psychiatres : comment sauver la place de la psychanalyse et de la psychologie clinique face au scientisme contemporain ?
- Peut-on parler de psychanalyse aux jeunes de notre temps ?
- La culture contre le formatage
- le CPCT (centre psychanalytique de consultation et de traitement), et l'accueil du symptôme, entre lien social et singularité
Renseignements pratiques :
Samedi 7 juin, de 14h30 à 18h, Amphithéâtre de la SEPR (Société d'Enseignement Professionnel du Rhône), 48 rue du Professeur Rochaix (3e arr.). Tout public. Participation aux frais : 10 euros (tarifs réduits pour les étudiants : 5 euros).
Rens. Tél : 04 72 71 79 45
sclyon@wanadoo.fr.

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