Les prisons draguent les entreprises

C'est le slogan de promotion que les prisons de la région veulent envoyer aux entreprises, afin qu'elles sollicitent sans crainte le travail des détenus. 'On veut plus d'entreprises, car on veut plus de détenus au travail, et on veut aussi aller vers plus de rémunération', a résumé Denis Perrin, directeur interrégional des services pénitentiaires Rhône-Alpes-Auvergne qui, pour lancer son opération de séduction, a exceptionnellement ouvert ce matin les portes de la prison de Saint-Quentin-Fallavier (en Isère).

Dans 2000m2 de locaux semblables en tout point à des ateliers d'usines classiques, une poignée de journalistes s'est agglutinée devant une quarantaine de détenus, qui ont poursuivi leur activité dans le plus grand calme. 'Les échantillons de produits cosmétiques que vous trouvez en page 45 du magazine Marie-Claire, eh bien c'est ici qu'ils sont collés', a donné pour exemple Jean-Pierre Premate, chargé de faire la promotion de la production en milieu carcéral auprès des sociétés. Packaging, façonnage, collage, 'on est sur des petites opérations de sous-traitance, et des tâches basse-qualification', détaille Denis Perrin. Plus d'une centaine d'entreprises ont déjà fait appel au travail de production pénitentiaire dans la région. Mais 'aucune ne souhaite que son nom ne soit divulgué', concède Jean-Pierre Premate. Question d'image. Le discours social, qui véhicule l'idée d'une aide apportée aux prisonniers, est en effet contrebalancé par un intérêt économique fondé sur des situations contraintes. Si les détenus ont des fiches de paie, ils coûtent quasiment deux fois moins cher qu'un employé classique, avec une rémunération qui atteint, en novembre 2008, 21 euros par jour, soit 4 euros brut de l'heure (contre un peu plus de 8 euros pour le Smic horaire). Les charges patronales, qui sont quasiment de 50 %, sont réduites ici à 20 %. Mais malgré ces avantages financiers, les prisons peinent à séduire davantage d'entreprises et, dans le même sens, à varier les tâches. 'Mon travail consiste à les convaincre, explique Jean-Pierre Premate, à leur dire que l'on a ici une réactivité qu'ils ne trouveront pas ailleurs. Un client m'a demandé si l'on pouvait coller 60 000 échantillons en moins d'une semaine, et on a répondu oui.'
L'isolement et la réduction de peine
Triés sur le volet, deux détenus ont été autorisés à répondre aux questions des journalistes. 'Le travail permet de sortir de l'isolement de la cellule : on peut discuter entre nous, ça change un peu de la détention et ça fait un répit', a donc raconté Hocine (prénom d'emprunt), qui purge une peine de treize ans, et qui est passé contre-maître. 'En tout cas, je trouve que c'est toujours mieux que de passer 22 heures dans une cellule', a-t-il poursuivi. Plus loin, Yazid, lieutenant surveillant, a quant à lui raconté que son travail était bien moins difficile dans les ateliers que dans les bâtiments de cellules.

Pour un détenu, un an de travail pénitentiaire équivaut à trois mois de réduction de peine. Et, dans un dossier de demande d'aménagement de peine, il s'agit d'un élément de poids. Ce matin, les opérateurs (nom utilisé pour désigner les prisonniers travailleurs) assemblaient des échantillons de papiers cadeaux, en cadence pour répondre à la demande de fin d'année.

Et Varces ?
Lorsqu'ils ont appris qu'un homme avait été tué par un sniper dans la cour de la prison en septembre dernier, les détenus ont incendié les ateliers de la prison de Varces. 'Les travaux pour refaire entièrement ces locaux vont coûter très cher', a déclaré ce matin Denis Perrin, avant d'annoncer qu'un petit atelier serait toutefois ouvert dès la semaine prochaine, afin de reprendre en partie la production pénitentiaire qui avait dû être stoppée.

Photo : Fabrice Caterini

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