Béatrice Brugère, ancienne juge antiterroriste aujourd’hui également vice-procureur de la République du TGI de Paris © MAXPPP
Article payant

Les grandes gueules : Béatrice Brugère, magistrate

Secrétaire générale du syndicat Unité Magistrats SNM-FO, l’une des trois organisations reconnues comme représentatives de la magistrature, Béatrice Brugère intervient souvent sur le plan médiatique. La langue de bois ? Très peu pour cette ancienne juge antiterroriste aujourd’hui également vice-procureur de la République du TGI de Paris. Originaire de Lyon 6e, ayant vécu à Bron pendant ses (longues) études, la magistrate, qui l’est devenue en écoutant plaider Jean-Olivier Viout, figure marquante de la magistrature lyonnaise, est habilement apolitique et tranche radicalement avec le Syndicat de la magistrature, très à gauche, et l’Union syndicale des magistrats, centriste. Démocratie, liberté d’expression, crise sanitaire, libertés individuelles, attentats, etc., Béatrice Brugère dresse un portrait de la France sans fard ni artifice.


“La classe politique est défiante à l’égard de la justice sans doute parce qu’elle en a peur”

Lyon Capitale : Êtes-vous une grande gueule ?Béatrice Brugère : Pas vraiment. En tout cas, pas sur la forme. Sur le fond, en revanche, je peux l’être très franchement.Quand on est investi dans le syndicalisme judiciaire, comme vous l’êtes, avoir le verbe haut est-ce une option ou une exigence ?

C’est une option. Longtemps, l’action syndicale s’est inscrite dans un rapport de force, doublé d’une espèce de mise en scène dans laquelle celui qui parlait le plus fort montrait sa force. Ce syndicalisme-là est d’un autre temps. Aujourd’hui, il ne s’agit pas tant d’exprimer une voix que de la rendre légitime. Cette légitimité se gagne davantage par la compétence que par le verbe haut. Je suis favorable à un syndicalisme réformiste favorisant une approche de propositions et pas seulement d’opposition. Cela dit, quand il faut y aller – ce qui demande parfois du courage car être syndicaliste c’est plus souvent prendre des risques que recevoir des bénéfices il est nécessaire d’agir fortement pour protéger des agents ou défendre de grands principes.

On l’a notamment vu avec l’affaire du “Mur des cons”, trombinoscope d’hommes politiques, d’intellectuels, de journalistes, de policiers ou de hauts magistrats, généralement classés à droite de l’échiquier politique, affiché dans les locaux du Syndicat de la magistrature, le syndicalisme judiciaire a mauvaise presse. Faut-il le craindre ?

Il ne faut pas craindre le syndicalisme judiciaire mais son dévoiement. L’affaire que vous évoquez marquera sans doute un tournant, d’abord parce que l’opinion publique s’est aperçue que le syndicalisme pouvait être très politisé, ensuite parce que les débats qui ont suivi ont alimenté la critique récurrente du laxisme des magistrats. Pour répondre à votre question, je pense que la seule légitimité d’un syndicalisme dans la justice est de dépolitiser les débats : la justice ne doit pas être confisquée par un clan, une vision partisane, une idéologie ou une politique politicienne au service de la démagogie. C’est une nécessité vitale de repenser la justice comme un poumon essentiel de notre démocratie afin qu’elle soit vraiment au service des citoyens. Notre constitution l’a placée comme une autorité en surplomb des polémiques et des rapports de force propres aux pouvoirs.

Il vous reste 83 % de l'article à lire.
Article réservé à nos abonnés.

Connectez vous si vous êtes abonnés
OU
Abonnez-vous

Laisser un commentaire

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut