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Les clowns agressifs : le symbole de la peur

Le phénomène des « clowns agressifs » donne le sentiment de traîner en longueur. Après la voiture endommagée à Marseillan, la mode se propage un peu partout dans l'Hérault. (mise à jour le 28/10/2014 à 8h24)

Samedi soir, quatorze adolescents ont été interpellés à Agde (Hérault) puis remis en liberté. Grimés en clown, ils étaient porteurs de pistolets, de couteaux et de battes de baseball, selon les informations du Progrès. Dans la nuit du samedi au dimanche, à Montpellier, un piéton a reçu 30 coups de barre de fer par un ce ces mêmes "clowns". La police insiste sur la nécessité de composer le 17 en cas de confrontation avec l’un de ces individus, et surtout de ne pas chercher à faire justice soi-même. Sur la toile, les internautes se mobilisent et relaient les informations concernant ces clowns.

La symbolique du clown maléfique

Pourquoi ces plaisantins, qui ne font plus rire personne, ont-ils choisi le personnage du clown ? Stéréotypé par définition, le symbole du clown a été détourné à plusieurs reprises. Au départ personnage comique, sa facette maléfique prend de l’ampleur aux Etats-Unis avec l’affaire du tueur en série John Wayne Gacy. Le meurtrier travaillait comme clown pour les fêtes d’anniversaire. De nombreux médias, à l’époque, ont fait l’amalgame en affirmant qu’il tuait ses victimes habillé en clown. Chose tout à fait fausse mais qui a néanmoins contribué à faire émerger mythe du clown tueur. Le Joker dans Batman, l’adaptation cinématographique du roman Ça de Stephen King pour ne citer qu’eux, ont donné encore plus de crédibilité à cet imaginaire (lire ici) .

Symbole d’une société en crise ?

Véronique Campion-Vincent, anthropologue s’intéressant aux légendes urbaines, va encore plus loin. Selon elle, "le clown est une victime", "un personnage pas beau, qui n’a pas réussi dans la vie, qu’on méprise". Le clown maléfique serait donc par extension "la victime qui se vengerait, qui rendrait son fait à la société qui en a fait un personnage grotesque". Ce phénomène lancé sur Internet, serait également ce qu’elle appelle "une ostension", c’est-à-dire "qu’au lieu de raconter, ils se mettent à le jouer eux-mêmes". Un fait divers qui s’est déroulé en juin dernier dans le Wisconsin, illustre ce concept. Deux jeunes filles de 12 ans ont poignardé une autre jeune fille car elles "souhaitaient ressembler au personnage d’horreur Slenderman", crée sur Internet. Les "clowns maléfiques" auraient donc voulu incarner cette envie de faire peur. Selon Véronique Campion-Vincent, cette identification au personnage de film d’horreur "pourrait même dépasser ses auteurs" et les attirer dans cette spirale de violence dont ils n’auraient pas forcement conscience.

Internet comme principal vecteur

Internet et les réseaux sociaux sont un formidable outil de circulation de l’information. Dans ce cas précis, ils ont surtout fait germer ces images venues d’Outre Atlantique dans la tête des "clowns français". Une influence que la police redoute, car Internet entraîne inévitablement une amplification de tous les phénomènes de "mode". Pour preuve, l’un des malfaiteurs arrêté aurait confié, selon le Progrès, qu’il s’est simplement laissé influencer par le phénomène lancé sur les réseaux sociaux aux Etats-Unis.
La longue tradition littéraire, qui date des années 70, alliée à la culture Internet semble avoir contribué à l’arrivée de ces clowns qui terrorisent les passants. Ceci dit, les cas d’agressions restent largement isolés à l’échelle du territoire, et les clowns en question sont surtout actifs sur la toile. Les médias n’ont-ils pas surmédiatisé une affaire qui risque de retomber comme un soufflée une fois les festivités d’Halloween terminées ? Affaire à suivre.

Note : 100 % rumeurs, Véronique Campion-Vincent et Jean-Bruno Renard, Editions Payot & Rivages, mars 2014

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