Léonard Orban : " Tout citoyen devrait apprendre deux langues "

Aujourd'hui, plus de la moitié de la population européenne est monolingue, je veux promouvoir mon principe de " la langue maternelle + deux ".

Vous aviez annoncé pour 2008, un Erasmus étendu aux employés et aux cadres d'entreprises privés, où le projet en est-il ?
Erasmus Business est un projet très important, il faut stimuler la mobilité de toutes les personnes, étudiants, travailleurs, cadres. Mais pour l'instant, c'est à l'état de projet. Le Portugal a déjà établi un programme pour accroître la mobilité de leurs cadres et leurs entrepreneurs, il faudra s'en inspirer.

Mais les partenaires des échanges Erasmus sont les universités, établissements de départ et d'arrivée, il faudrait alors recourir à d'autres structures...

Ce serait principalement des accords d'entreprises entre Etats membres. Mais les entreprises ont du mal à se mettre en relation. Un groupe d'experts de la Commission vient de recommander la participation des Chambres de Commerce de chaque Etat. Elles sont aptes à jouer un rôle d'accueil.

La France est souvent vu comme un mauvais élève pour l'apprentissage des langues étrangères. Par rapport à leurs homologues allemands ou suédois, le niveau des élèves français est très moyen. Avez-vous songé à dynamiser l'apprentissage des langues (et l'oral) en France ?

Ce matin, j'ai évoqué à Lyon II la situation d'apprentissage des langues en France, comme je l'avais fait il y a quelques mois avec le ministre Darcos. J'ai montré que la France avait fait de beaucoup de progrès. Mais il y a évidemment une place importante aux améliorations. L'eurobaromètre de 2006 montre que le niveau de langues des français est dans une position moyenne mais reste acceptable. Les irlandais ou les anglais, eux, sont près du niveau zéro. Parce qu'ils sont monolingues et que l'anglais est central, le système de l'éducation a abandonné tout apprentissage des langues.
Nous avons également un programme communautaire de formation " L'apprentissage tout au long de la Vie " pour la période 2007-2013, qui encourage l'apprentissage des langues étrangères.

En parlant d'anglais, une récente étude présentée à la Commission a mis en évidence que plus de 90 % des écoliers européens apprenaient l'anglais au cours de leur formation obligatoire. Ne regrettez vous pas cette quasi-exclusivité faite à l'anglais ?

Ce n'est pas contre la langue anglaise mais l'anglais ne suffit pas. Nous croyons que les citoyens doivent apprendre d'autres langues, c'est l'objectif que nous avons adopté au conseil de Barcelone en 2002 : l'apprentissage de deux langues étrangères à tout citoyen européen.

Alors d'après vous, quelles langues seraient à privilégier ?

Toutes les langues sont égales et importantes, il n'y a pas de hiérarchisation, c'est un choix individuel. Il faut parler la langue du marché, du consommateur, selon l'adage " on achète tout en anglais, on vend avec la langue du consommateur ", qu'il soit russe ou grec.

Internet, en raison de l'informatisation du langage et de l'uniformisation des moyens de communications, est souvent accusé de participer à la disparition des langues.

Internet est une chance énorme pour l'apprentissage et l'existence même des langues. C'est un outil qui permet de garder le contact avec les " petites langues ". Par exemple, les systèmes d'éducation suédois et danois lancent un cri d'alarme à la Commission parce que ces langues, en raison d'un enseignement exclusivement anglais, commencent à s'appauvrir et risquent de devenir des dialectes.

La Roumanie, votre pays d'origine, a rejoint l'Union Européenne en 2007, quel regard portez-vous sur cette intégration ?

L'intégration en Roumanie a été un succès, d'un point de vue économique, politique et social. La croissance de la Roumanie pour 2008 sera de 8 %, ce qui est remarquable vu la crise économique actuelle. La période d'intégration a commencé il y a 15 ans, il y a eu des transformations très douloureuses mais qui ont permis une intégration réussie, non seulement pour la Roumanie mais aussi pour les autres Etats membres.

Voilà presque deux ans que vous avez été chargé par la Commission Barroso du portefeuille du multilinguisme, si vous aviez un bilan à tirer, des projets en priorité...

Je suis satisfait, le multilinguisme est devenu une politique respectée et importante de l'Union. C'est une politique transversale non seulement liée à l'éducation mais aussi à la culture, la justice, la cohésion sociale.
Je veux créer une plateforme de dialogue entre les entreprises, les universités et les spécialistes linguistiques pour assurer le multilinguisme et accroître la compétitivité des entreprises.
Nous voulons également établir des critères de qualité concernant l'activité de traduction dans les tribunaux. Il faut assurer le droit des étrangers devant les Tribunaux.
Et nous avons un projet important, lié à la présidence française qui est de créer une liaison entre la traduction linguistique et la culture, et notamment la traduction d'œuvres d'art et l'échange d'œuvres d'art dans les différents Etats membres.

Julien Lamy

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