Le social, nouveau produit d'appel chez Carrefour

Speed dating à l'appui, pour séduire les journalistes.

Au début du mois de février, la grande distribution connaissait une vague de grève sans précédent. Bas salaire, temps partiel subi, travail le dimanche, horaires variables, le secteur est en effet le numéro un de l'emploi précaire.

Chez Carrefour, cette grève a laissé des traces sur l'image de marque. D'où l'idée de mieux vendre le "bilan social" que l'entreprise est dans l'obligation de présenter chaque année au comité d'entreprise (comme toutes les sociétés de plus de 300 salariés). A Lyon, Carrefour a innové en invitant les journalistes à participer à un speed dating d'un genre particulier.

Vendredi 20 juin, sous une tente dressée devant l'hypermarché de Villeurbanne, les journalistes rencontrent séparément 11 des 4500 salariés que compte le groupe dans la région Rhône-Loire. Chaque profil est représenté : de l'"hôtesse de caisse" au "stagiaire manager", en passant par l'"étudiante", l'"apprenti", le "travailleur handicapé" et même le "représentant du personnel".

"On est convaincu qu'on a la meilleure organisation du travail du secteur, explique le directeur régional Jean-Marc Assael. On s'est dit que, pour être crédible, il fallait faire s'exprimer les salariés". Il ne peut toutefois s'empêcher de nous préciser que les "caissières gagnent 27 % de plus que le SMIC après six mois d'ancienneté", que les "contrats sont d'au minimum de trente heures" et qu'un "accord du mois de mars prévoit une augmentation de 3,2 % en moyenne et 4,8 % pour les bas salaires". Et il ajoute que ces augmentations n'ont aucun lien avec le mouvement de grève de février dernier.

Echantillon représentatif ?
Karine Aumenier, l'"hôtesse de caisse", en provenance d'un hyper de Roanne, est l'échantillon parfait de la politique sociale que veut nous présenter le directeur régional. Depuis 19 ans chez Carrefour, elle travaille 29 heures par semaine pour environ 900 euros. "Je me sens bien au sein de la société car maintenant je vais pouvoir travailler à temps plein. On nous passe à 35 heures alors que jamais on ne nous l'avait proposé auparavant". A temps partiel subi, cette caissière va en effet expérimenter la "polyactivité" qui lui permettra de compléter son travail en caisse par de la mise en rayon.

Pourtant choisi par sa direction pour dire tout le bien qu'il pense de l'entreprise, le représentant du personnel, délégué syndical FO, Claude Giglio, ne tient pas exactement le discours attendu : "le mouvement de février a frappé un grand coup. Depuis, Carrefour achète la paix sociale. Tous ces accords, sur la polyactivité ou sur les salaires, vont dans le bon sens. Mais les revenus sont encore trop faibles". Concernant les conditions de travail, il pointe aussi "beaucoup de disparités entre magasins", et confirme les critiques formulées contre Carrefour. En ne faisant pas la promotion de son entreprise, ce représentant du personnel a définitivement rompu la séduction du speed dating.

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