Le premier « hôpital-prison » inauguré sur fond de contestation

Avec deux mois et demi de retard, le premier hôpital fermé dédié aux détenus atteints de maladies psychiatriques a été inauguré ce vendredi. Sans Nicolas Sarkozy, un temps annoncé, mais avec les ministres de la Santé et de la Justice. Les critiques comme les manifestants ont été tenus éloignés.

Avant l’inauguration, il y a la manifestation. A l’appel de la CGT , une cinquantaine de personnes ont stationnés devant les grilles de l’hôpital psychiatrique du Vinatier, à Bron, dans la banlieue lyonnaise. Loin derrière ces grilles, dans l’immense parc, s’est ouvert, mardi, le premier hôpital-prison dédié aux détenus qui connaissent des troubles psychiatriques graves. Le petit groupe de personnes, dont le sénateur communiste du Rhône Guy Fischer, entendait dénoncer la politique sécuritaire que représente, pour eux, cette première Unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA). « Avec cette unité, c’est la prison qui entre à l’hôpital, alors que la place des malades n’est pas à en prison mais à l’hôpital, martèle Marc Auray de la CGT. Rien qu’au Vinatier, on a supprimé 150 lits depuis 10 ans. L’hôpital public n’a plus les moyens de s’occuper correctement des patients. Faute de soins adaptés, certains finissent en prison ».

La représentante régionale de l’Observatoire internationale des prisons (OIP), également venue faire entendre sa voix, s’appuie sur un récent rapport du Sénat « sur la responsabilité pénale des personnes atteintes de troubles mentaux » (lire ici) pour s’opposer à l’ouverture d’UHSA. « Ces unités pourraient légitimer l’incarcération de malades atteints de troubles mentaux », souligne Céline Reimeringer.

Une enceinte de six mètres sans mirador

Après avoir traversé d’un bout à l’autre l’immense parc de l’hôpital psychiatrique hôte de l’UHSA, on arrive enfin en vue d’un mur de six mètres qui tranche avec les unités de secteur classique. L’enceinte est imposante même s’il n’y ni mirador, ni filet anti-hélicoptère. Une fois Roselyne Bachelot arrivée, la visite peut commencer en compagnie de la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie, avec qui la ministre de la Santé partage la tutelle de l’établissement. Après avoir franchi le premier poste de contrôle, le visiteur peut accéder aux parloirs. Jusque-là, nous sommes toujours dans la partie pénitentiaire de l’UHSA, copie à l’identique du fonctionnement d’une prison.

Des gardiens de prison déjà à l’intérieur

Normalement, après le franchissement d’un deuxième point de contrôle et d’une grille, il n’y a plus de surveillants de l’administration pénitentiaire. Uniquement du personnel soignant. Pour la visite, les bleus de la pénitentiaire étaient à l’intérieur. Seulement un mauvais symbole ? Les soignants se sont inquiétés du flou qui, selon eux, règne sur le fonctionnement de l’UHSA. Ils craignent une confusion des rôles : « quand ils reviendront de la cour, nous serons obligés de les passer au détecteur », s’alarmait un infirmier qui redoute que l’on ne respecte plus la blouse blanche parce qu’elle se comporte comme un surveillant (lire notre article). Mais c’est surtout, le montant de la prime qui a amené une personnel à faire grève depuis l’ouverture de l’UHSA mardi. Une prime de 117 euros au lieu de 234 euros, comme celle versée aux personnels des unités pour malades difficiles (UMD). Résultat, les personnels soignants ont été réquisitionnés pour assurer le fonctionnement. Et ceux croisés par les journalistes étaient étroitement surveillés par les services de presse des administrations.

Autour des quatre murs du patio

En une demi-heure, officiels et journalistes ont fait le tour de la première des trois unités que comporte l’UHSA. De plain-pied, vingt chambres sont distribuées autour d’un petit patio qui fait office de cour. Les couleurs sont dans les tons crème et saumon. Certes, toutes les fenêtres ont des barreaux. Mais de l’intérieur, difficile de faire la différence avec une unité de soin classique. Actuellement huit détenus ont été admis depuis l’ouverture. Six souffriraient de psychose et deux de dépression sévère. À terme, les vingt chambres individuelles seront occupées. Puis s’ouvriront deux autres unités. Au total, l’UHSA comptera soixante places pour 7000 détenus des régions du ressort de l’hôpital-prison. Huit autres devraient s’ouvrir d’ici fin 2012.

« Critiques infondées »

Après que l’ancienne ministre et académicienne, Simone Veil, visiblement fatiguée, a dévoilé la plaque qui donne son nom à l’UHSA, les ministres de la Santé et de la Justice se sont félicitées de l’ouverture de l’établissement : « Les critiques sont infondées », ont précisé Michèle Alliot-Marie et Roselyne Bachelot. « Nous ne sacrifions pas à une démarche sécuritaire. Jusque-là, s’ils étaient hospitalisés, les détenus devaient être quasiment toujours enfermés dans une chambre », a exposé Roselyne Bachelot. « Les personnes incarcérées sont malades comme les autres. En leur permettant d’être hospitalisées avec ou sans consentement, nous leur assurons les mêmes droits ».

Elle dit même avoir rencontré un détenu qui a exprimé « sa joie » d’être hospitalisé dans cette unité. En réponse aux critiques des syndicats, elle s’est félicitée de la baisse du nombre de lits, défendant son futur projet de loi sur la prise en charge en ambulatoire sans consentement. Quant à la prime de 234 euros, il n’en a pas été question lors de l’entretien que cinq membres du personnel, triés sur le volet, ont eu avec les ministres. « Une personne m’a parlé de l’aventure d’être ici », a raconté la ministre de la Santé avant d’ajouter toutefois « que cela fait partie de la négociation ».

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