Crédit mutuel

Le Père Noël n'existe pas, c'est le Crédit mutuel qui le dit

Un spot publicitaire enrage les mères de famille : il annonce que le père Noël n'existe pas. Elles se mobilisent contre cette réclame qui heurte leurs petits. "Supprimer à un enfant cette part d'imaginaire, c'est comme lui ôter une part de son enfance", estime une psychologue.

Dimanche soir, les enfants sont devant TF1 et attendent le dessin animé « Ratatouille » en ingurgitant la pub. Et là, le Crédit mutuel annonce que le Père Noël n'existe pas. Fureur d'une riveraine, mère de famille, qui nous alerte aussi sec par e-mail : « Ma fille de 5 ans a été violemment choquée. » Dans la pub, un père parle à son fils : « J'ai une mauvaise nouvelle à t'annoncer. […] Figure-toi que le Père Noël n'existe pas.  » Le père du jeune trentenaire veut seulement convaincre son fils que les banquiers, lors de placement de produits, perçoivent bien des commissions.

Une annonce qui peut être vécue « comme une punition »

Ces vingt secondes, diffusées sur TF1 et M6, ont suffi à susciter l'indignation de multiples téléspectateurs. Amandine, riveraine, mère de famille : « La banque ne recule devant rien en s'attaquant aux rêves des enfants et en heurtant la sensibilité des plus jeunes d'entre eux ! » Assurant que sa «  fille de 5 ans a violemment été choquée », elle invite les autres parents sensibles à sa cause à rejoindre le récent groupe Facebook : «  Contre la pub Crédit mutuel qui dit que le Père Noël n'existe pas.  » Le groupe comptait 48 membres mercredi après-midi.

Sonia Ouali, psychologue pour enfants et adolescents à Toulouse, estime qu'une telle annonce peut faire l'effet d'une « bombe » chez un enfant : « Retirer cet imaginaire à l'enfant, comme lui annoncer soudainement, en période de fête, que le Père Noël n'existe pas, pourrait être vécu comme une punition ou un mensonge. Lui supprimer cette part d'imaginaire, c'est comme lui ôter une part de son enfance.  »

Avis favorable de l'ARPP

Les publicitaires ont un cahier des charges plutôt précis à respecter. Les messages racistes, sexistes sont interdits. Les agences de pub sont soumises au décret du 27 mars 1992. Mais aucun texte n'interdit (encore) les messages qui pourraient heurter « l'imaginaire » de nos enfants. L'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) indique bien sur son site qu'elle a pour mission « de mener une action en faveur d'une publicité légale, véridique et saine dans l'intérêt des consommateurs ».

L'Autorité ajoute que ses missions « portent sur le contenu du message publicitaire de nature à induire une erreur, de nature à choquer ou irresponsable  ». Interrogé par Rue89, Stéphane Martin, directeur de l'ARPP, estime qu'il faut savoir avant tout si cela heurte véritablement la sensibilité des enfants : « Cette publicité a en effet reçu un avis favorable de l'ARPP pour une diffusion tout public, ce qui implique qu'elle puisse apparaître en prime-time avant un dessin animé. »

« Cette polémique est tellement sortie de son contexte »

Face à la colère qui émerge des forums, le directeur renvoie la balle aux annonceurs, qui sont les seuls à pouvoir adapter le plan de diffusion de leurs campagnes publicitaires. Alors que les campagnes pour les jouets de Noël démarrent, diffuser ce spot revient à se tirer une balle dans le pied. Contactés, TF1 et M6 n'ont pas donné suite.

Joint par Rue89, Bernard Sadoun, qui gère la communication du Crédit mutuel, assure qu'à aucun moment les concepteurs de la publicité n'ont pensé que cela pouvait heurter les enfants : «  Il faut vraiment être stupide pour ne retenir que cela de la publicité. Cette polémique est tellement sortie de son contexte, que cela n'a pas de sens. » Il admet finalement que l'horaire de diffusion (pendant le dessin animé) est « discutable ». Mais cela ne concerne pas la banque puisque ce n'est pas le Crédit Mutuel qui, selon lui, maîtrise ce paramètre.

Jury de déontologie publicitaire saisi

Juste après le coup de fil de Rue89 — mardi 2 novembre à 16h45 —, le Crédit mutuel a préféré poster un message de paix sur plusieurs forums internet, dont celui de M6 : « Vous aviez été plusieurs à réagir à la première diffusion de notre campagne TV, au mois de juin 2010. Certains ont particulièrement relevé le fait que l'un des personnages répliquait à son fils “Le Père Noël n'existe pas ! ”. C'est pourquoi, pour notre nouvelle campagne, nous avons souhaité diminuer l'impact de ce spot auprès des jeunes enfants, en ne diffusant le spot qu'après 20h30. Nous espérons que vous jugerez ce compromis acceptable.  »

Lundi, un groupe de téléspectateurs a tout de même décidé de saisir le jury de déontologie publicitaire. Celui-ci peut décider, après diffusion, d'interdire une publicité. Composé entre autres d'un conseiller d'Etat, d'un conseiller à la Cour de cassation et d'un pédopsychiatre, ce jury devra donc se pencher sur ce dossier « pédo-sensible ». Après le sexe, la violence, le racisme, le mensonge, l'alcool, la clope, verra-t-on le domaine de la pub se rétrécir encore un peu plus ?

David Perrotin

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8 commentaires
  1. LM - 4 novembre 2010

    En même temps, le Père Noël, c'est le premier mensonge que les enfants vivent pleinement ! Personnellement, je préfère leur dire la vérité... comment voulez-vous inculquer des valeurs à des gosses si vous leur mentez sur quelquechose d'hyper important pour eux ? Pour développer l'imaginaire, il y a plein d'autre moyens. Les livres par exemple !!!

  2. arnaud l - 4 novembre 2010

    Le pire dans cette pub, c'est qu'on vante le fait que des salariés commerciaux n'aient pas de primes de résultat!'il touche sa com! ton conseiller...' est la phrase clé pour dire au téléspectateur 's'il touche une com c'est qu'il s'en fout de toi'C'est absolument faux, je préfère aller dans une banque dont je sais que les conseillers sont correctement rémunérés et ont une prime de résultat plutôt que dans une banque où les commerciaux n'ont pas de variable... et un fixe pas tellement plus élevé, puisque la pub n'en parle pas.

  3. jerome manin - 4 novembre 2010

    Le socialisme est une religion qui s'inculque tôt.

  4. arnaud l - 4 novembre 2010

    je ne vous le fais pas dire Jérome!cette publicité est une insulte à toute la profession de commercial puisque quelqu'un qui est payé en fonction de ce qu'il vend en devient forcément un suspect.On lui oppose le bon conseiller du Crédit mutuel qui lui n'est pas payé en fonction de ce qu'il vend... en gros, c'est un fonctionnaire... et encore, puisque pas mal de fonctionnaires ont aujourd'hui une prime de résultats.Mes collègues du service commercial sont enchantés de savoir que parce qu'ils touchent une 'commission', ils arnaquent les clients... merci pour eux, merci le Crédit Mutuel.

  5. quidam - 4 novembre 2010

    Moi ma banque elle est encore mieux. Elle me rembourse l'argent des autres. Vous voyez bien que le Père Noël existe !Nanard

  6. Source69 - 4 novembre 2010

    il faudrait peut être tout simplement arrêter de prendre les enfants pour des andouilles et de leur mentir sur un tas de conneries... Rien n'empêche d'expliquer aux enfants que le père noel est un personnage de conte, au même titre que Blanche Neige ou Dumbo.un peu de culture pour ces pauvres mômes, plutôt que de les laisser dans une atmosphère de stupidité permanente, tentez d'inculquer à vos enfants quelques valeurs intelligentes je vous en prie !

  7. quidam - 4 novembre 2010

    @Source69En plus, le Père Noël est une ordure.

  8. Sphinx03 - 4 novembre 2010

    Je ne viens pas faire de la pub pour la banque en question, je voudrais tout simplement souligner qu'étant client du CM depuis longtemps, j'ai tout de même remarqué la grande longevité des conseillers qui travaillent dans l'agence de domiciliation de mon compte. Ca veut peut être dire quelque chose. Ma femme qui a son compte chez un concurrent dont je tairai le nom n'a pas bénéficié du suivi d'un même conseiller plus de 2 années consécutives...Pour ce qui est de la pub, je trouve complètement ahurissant que l'on saisisse un jury sur ce sujet. Mais quelle est cette frénésie d'aller saisir la justice dès qu'on n'aime pas quelque chose? Les gens n'ont-ils rien de mieux à faire?

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