Le jeu qui n'amuse pas les élus lyonnais

Jeu de rôle grandeur nature, Street Wars propose de se dégommer dans les rues de Lyon avec des jouets. Mais certains conseillers municipaux déplorent les mots choisis pour promouvoir l'événement.

Les pistolets à eau, un sujet politique lyonnais ? Qui l'eut cru ? La question s'est trouvée à l'ordre du jour du conseil municipal de lundi, certains élus s'en prenant à Street Wars. Le jeu de rôle propose à ses participants (500 l'an dernier) de "vivre des moments d'aventure en simulant des meurtres armés de pistolets à eau". Chacun a une cible à abattre, disposant de sa photo et de son adresse, mais devenant aussi la victime potentielle d'un autre tueur à gages virtuel. Le crime peut être perpétré partout à Lyon et Villeurbanne, sauf au domicile de la personne, à son lieu de travail, dans les transports en commun (arrêts de bus compris) et dans les cafés.

"Et pourquoi pas un viol virtuel ?"

Le jeu est conçu de façon à promouvoir le festival Quai du Polar, du 9 au 11 avril. Alors que le conseil municipal s'apprêtait lundi à lui attribuer une subvention de 160 000 euros, le conseiller municipal UMP Patrick Huguet a pris la parole : "Encourager des adolescents à simuler des meurtres, même avec des pistolets à eau, je crois que ce n'est pas convenable", a-t-il soutenu."Vous avez raison monsieur Huguet. J'ai demandé à la bibliothèque municipale de retirer tous les Agatha Christie et de suspendre la diffusion de l'inspecteur Barnaby le dimanche. C'est effectivement une horrible provocation",a ironisé Gérard Collomb.

Pourtant l'élu ne droite n'en démord pas. "La collectivité ne peut pas cautionner la formulation employée : 'simuler des meurtres'. Pourquoi ne pas concevoir un jeu pour perpétrer des viols virtuels ? Il faut prendre en compte le contexte actuel : une société de plus en plus violente où se pose le problème de l'entrée des armes à l'école et où beaucoup de jeunes ne font plus bien la différence entre le monde réel et le monde virtuel", argumente-t-il. "Les mots portent des valeurs", conclut-il, demandant le changement de vocabulaire, pas l'annulation du jeu.

"Le jeu du gendarme et du voleur actualisé"

Dans une volonté d'apaisement, Najat Vallaud-Belkacem, l'adjointe en charge des grands événements, a abondé dans son sens, suggérant aux organisateurs de retirer les termes trop violents. "Je prends au sérieux l'avis des élus, surtout que ces réserves ont été partagées en commission par des élus de droite et de gauche", confie-t-elle.

"On a été stupéfait par cet emballement, réagit tout de même Mark Cusack, coordinateur du festival. D'abord ce ne sont pas de jeunes ados qui y participent mais de jeunes adultes, nécessairement majeurs. Ensuite, on ne simule pas des scènes de crime comme il a été dit. C'est le jeu du gendarme et du voleur actualisé". Il signale que Street Wars n'est que l'une des manifestations organisées en marge du festival. Par exemple "Parcours suspens" proposera une sorte de "Cluedo" grandeur nature. "Ce sont des animations gratuites et ludiques qui permettent d'intéresser d'autres publics à la littérature". Pas au meurtre.

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