Le coût du Lapin

Quand le Comité Lapin Interprofessionnel décide de relancer la consommation du lapin, elle n’a d’autre choix que de faire appel au genre d’agence de communication qui pourrait bien nous faire avaler des couleuvres. Et depuis novembre, la chasse est ouverte sur le net via une campagne de dépréciation pas si novatrice.

Agence de communication spécialisée en agroalimentaire, la société Thomas Marko & Associés, sous l’impulsion du Comité Lapin Interprofessionnel pour la Promotion des Produits (CLIPP), s’est donnée comme mission de rompre définitivement avec l’image sympathique véhiculée par Bugs Bunny, Panpan (l’ami de Bambi) ou le lapin cassegrain. Sa méthode ? Décrédibiliser le mammifère aux grandes oreilles pour déculpabiliser le consommateur, le lapin étant l’une des rares créatures à s’apprécier aussi bien en moutarde qu’en animal de compagnie. « On voulait casser cette douce image d’un animal quasi domestique que l’on trouve très mignon, qu’on n’a pas forcément envie de manger, sourit Élise Amiet, chargée de communication au sein de l’agence Thomas Marko. Pour ce faire, on a créé un personnage qui est tellement agaçant, tellement irritant, qu’on a qu’une envie : le passer à la casserole  ». Voilà comment, à travers deux vidéos et un site web, l’insupportable mascotte Cyril le lapin est née (en hommage peut-être à Cyril Lignac, le cuistot d’M6 ?) sous les traits d’un malheureux comédien un peu négligé apprêté de petites oreilles. Bien entendu, l’opération vise surtout à interpeller les jeunes actifs à travers une campagne « décalée ». L’agence s’associe même à des événements pour célibataires dans le but de séduire « les trentenaires qui n’ont pas l’habitude d’en consommer », précise Élise Amiet, soucieuse de rendre la bête « un peu tendance et un peu fun  ».

Une campagne difficile à avaler

Mais, cette campagne n’est pas au goût de tout le monde. Et si personne n’est encore monté au créneau pour faire monter la sauce, ce type de communication a la fâcheuse tendance d’agacer les associations de défense des animaux. Christophe Marie, directeur du bureau de protection animale de la fondation Brigitte Bardot, n’apprécie guère cette nouvelle tendance : « La filière équine avait lancé une campagne qui disait : vous perdez au tiercé ? Vengez-vous, mangez du cheval  ! Il y a toujours une volonté d’éloigner le consommateur de la réalité de l’élevage, des transports et de l’abattage, ce qui est assez logique en soi pour en favoriser la consommation  ». Ce farouche défenseur de la cause animale se dit choqué par ce traitement humoristique qui se généralise. Il préconise, pour les producteurs à l’origine de cette campagne, de plutôt jouer la carte de la « transparence à l’encontre des consommateurs, pour que les acteurs du secteur n’aient pas honte de leur manière de produire cette viande ». Un élevage qui se fait essentiellement en cage précise-t-il. « Zafè a kabrit pa zafè a lapin », pourraient lui rétorquer le CLIPP et l’agence Thomas Marko, un proverbe guadeloupéen qui pourrait se traduire par : « occupe-toi donc de tes oignons ! ».

www.cyrillelapin.com

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