Vélo sur la voie verte près de Verne © Luc Olivier

La filière vélo peine à se fournir en pièces dans la région de Lyon

Les entreprises de la filière vélo aimerait faire naître un vélo 100 % fait en Auvergne-Rhône-Alpes (Aura). Mais l'absence d'industries locales dans le domaine leur met des bâtons dans les roues. Les acteurs de cette filière se mobilisent alors pour une réindustrialisation.

Mardi 11 mai au matin, le président de la Métropole Bruno Bernard était en visite dans le cluster d'entreprises "Mobilité Active et Durable" (MAD). Trois sociétés spécialisées dans la filière vélo ont présenté leurs projets et leur fonctionnement.

Elles ont mis l'accent sur un de leurs problèmes : le manque d'industries locales pour se fournir en pièces de vélo. Obligés de se tourner vers l'Asie pour s'approvisionner, les entrepreneurs aimeraient pourtant faire 100 % français et local. Ils ont alors lancé en 2021 un projet "vélo 100 % made in Aura" pour soutenir la réindustrialisation de la filière vélo dans la région.

Une visite de Fabien Bagnon, Bruno Bernard et Cédric Van Styvandael au cluster "Mobilité active et durable (MAD)"à Villeurbanne a été l'occasion de l'annonce du prêt gratuit de 10 000 vélos pour les jeunes d'ici la fin de l'année.

Un 100 % local impossible malgré les bonnes volontés

La filière vélo est en pleine expansion. Les entreprises du cluster "MAD" peuvent en témoigner. Certaines ont doublé voire triplé leur chiffre d'affaire en quelques années. En 2020, l'entreprise AddBike qui transforme les vélos en vélos cargo a engendré 1,2 millions de chiffre d'affaire. Du côté de B2ebike, qui fournit des vélos électriques partagés pour les collectivités et les entreprises, ce chiffre monte à 2,5 millions.


"On avait une belle industrie dans la région, notamment vers Saint-Étienne. Mais il y a eu une perte de savoir-faire", explique Lyonel Escot fondateur de B2ebike.


À leur lancement, ces deux entreprises souhaitaient faire des vélos avec des pièces 100 % locales. Renaud Colin, cofondateur du cluster et fondateur de Addbike, fait le tour de l'atelier et pointe les pièces venues de France ou de la région. "Ces pièces sont soudées à Rilleux, celles-là sont peintes à Villefranche, les gardes-boues viennent de Saint-Étienne, celles-là de l'Ain, les pièces mécaniques viennent de Nantes", énumère-t-il. Mais malgré leur bonne volonté, les entreprises se sont très vite heurtés à des difficultés matérielles pour se fournir entièrement dans la région. Renaud Colin explique que les usines locales ne pouvaient pas travailler avec lui au vu du faible volume de ses commandes.

"C'est dommage de prôner une démarche écoresponsable mais de se fournir hors de l'Europe", déplore Lyonel Escot, co-fondateur de B2ebike. "Une partie de nos composants ne sont pas faits en France, comme les freins ou les rayons, alors qu'on avait une belle industrie dans la région, notamment vers Saint-Étienne. Il y a eu une perte de savoir-faire", explicite-t-il.

La Métropole de Lyon en soutien

Bruno Bernard s'est montré attentif face aux problèmes évoqués par les entrepreneurs. "Nous devons retrouver une industrie locale et française dans la région pour répondre à la demande des entreprises et des consommateurs", a-t-il affirmé. Il a rappelé que la Métropole finance le cluster à la hauteur de 80 000 euros en 2021.


"On a toute une filière à réamorcer. Il y a une forte volonté de la Métropole d'encourager l'économie du vélo qui est en accélération", affirme Fabien Bagnon, vice-président en charge de la voirie et des mobilités.


Il a également évoqué la possible mise en place d'un fond d'amorçage industriel, en partenariat avec la Métropole de Saint-Étienne, censé apporter une solution de financement à des industries innovantes principalement à leurs débuts. Ce fond pourrait concerner les industries de la filière vélo. La Métropole investira 17 millions dans un premier temps dans ce fonds de 60 millions d’euros.

"C'est un vrai sujet, on a toute une filière à réamorcer, ajoute Fabien Bagnon, vice-président en charge de la voirie et des mobilités. Il y a une forte volonté de la Métropole d'encourager l'économie du vélo qui est en accélération."

Le cluster "MAD" porte un projet pour la réindustrialisation

"Un projet vient d'être déposé à la région avec pour objectif le "Vélo 100 % made in AURA"", explique fièrement Renaud Colin. "L'idée est de grouper les volumes pour mutualiser et augmenter la croissance des entreprises", ajoute-t-il. Le cluster MAD, lancé en juin 2019, est aujourd'hui fort de plus de 60 adhérents et veut encore s'agrandir.

Le but de ce projet est de développer un lieu de travail commun aux entreprises de vélo de la région. Elles auraient le même atelier d'assemblage et passeraient ensemble leurs commandes de pièces. Avec pour objectif de pousser à la réindustrialisation de la région dans le domaine des pièces de vélo.

Le cluster compte alors sur le soutien des industriels. Sur LinkedIn, le cluster affirme avoir reçu le soutien du groupe SAB. Cette entreprise dans l'industrie automobile et la métallurgie a adhéré à l'association et affirme vouloir se positionner sur le marché des nouveaux modes de transport.

"Nous ne pourrions pas monter nous-même une usine de pièces de vélo, cela nous prendrait trop de temps, développe Lionel Escot. C'est pour cela qu'on se tourne vers des usines déjà existantes pour qu'elles se diversifient. Une usine de freins de moto pourrait faire des freins de vélo par exemple." Avec l'espoir de faire naître au plus vite le premier vélo 100 % régional.

Lire aussi : À Lyon, le vélo ne connaît pas la crise !

 

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