L'héritier impossible

Mon premier mandat.

Je le revois, patelin et pourtant ferme sur ses bases, plaisanter avec Gérard Collomb et le traiter avec bienveillance et respect. Bienveillance et respect face à son premier opposant, mais aussi face à un maire d'arrondissement élu. Une attitude, presque une manière d'être, que je retrouve rarement chez son successeur, autoproclamé héritier, passé de la place du marché à la place de la comédie*. Mais nous aurons l'occasion d'y revenir dans ce premier post sur le thème imposé : 'Trois points forts et trois points faibles de Gérard Collomb'.

Gérard Collomb s'est habilement placé ces dernières années sous la bienveillance de ses prédécesseurs. Dans la continuité. Achèvement de la Cité Internationale et du Palais des Congrès, inauguration de la plaine africaine, développement des quartiers et de pans entiers de villes, comme la ZAC du Bon Lait, poursuite du rayonnement international de Lyon, inauguration de parkings, développement économique... Pas de révolution sur ces thématiques. Là où l'opposant tempêtait, invectivait, critiquait, le maire poursuit, achève, inaugure. C'est de bonne guerre. Car après tout, une ville se construit sur des dizaines d'années. Et les bilans ne sont jamais tout noir ou... tout rose ! Et pourtant, sous ses faux airs d'héritier, il n'hésite pas à revendiquer la paternité en même temps que la filiation. Combien de fois a-t-il fallu lui rappeler que l'histoire n'a pas démarré en avril 2001. A moins qu'être l'héritier auto-proclamé l'arrange aujourd'hui. Plus centriste dans l'image que lui, tu meurs... Tactique, tactique. Le Modem n'a qu'à bien se tenir !

Sur mon blog, j'ai surnommé le maire 'Fashion Collomb' tant il sait –et c'est une qualité- saisir les tendances et les retourner à son profit. Ce n'est pas le militant sarkoziste que je suis qui va le lui reprocher. Bien qu'il ait, en ce domaine comme dans d'autres, beaucoup à apprendre du Président. Tout comme lui, il sait manier le pragmatisme et fait fi de l'idéologie lorsque l'intérêt général est en jeu. Certains de ses adjoints sont parfois (ou souvent, c'est selon) beaucoup plus obtus, fermés aux autres, engoncés dans des idéologies du passé. On a l'entourage que l'on mérite dit la sagesse populaire. Collomb a aussi du mérite de les avoir supporté 6 ans !

Pendant de cette qualité, son goût immodéré pour la com. Au détriment parfois du fond. J'ai en mémoire cette campagne incitant les lyonnais à faire des bébés. Pari réussi, sauf que les listes d'attentes des demandes de places en crèche ne cessent de s'allonger. Et sans qu'aucune solution innovante, ou tout simplement différente, soit proposée. Ou encore cette distribution de crottes de chiens rouges destinées à nous faire prendre conscience de la propreté. Comme si nos chaussures ne s'en souvenaient pas régulièrement.

Et puis il y a des réalisations visibles et consensuelles, saluées unanimement, comme les Berges du Rhône, Vélov', la politique en faveur des musiques actuelles, la politique de réseaux internationaux (Luci, Eurocités, villes gourmandes..)... Mon groupe municipal, dirigé par Charles Millon, les a d'autant plus soutenues dès le départ qu'elles figuraient dans notre programme électoral. De là à qualifier Collomb de 'coucou', c'est exagéré. Il a bien compris, tout comme les entreprises, que le 'benchmarking' était l'une des manières de gagner du temps. Voire de compenser un manque flagrant d'imagination.

On l'a vu, des pans entiers de la politique de Gérard Collomb fleurent bon la continuité, la tradition lyonnaise. C'est rassurant. D'ailleurs, dans un récent sondage, les lyonnais semblent lui en donner quitus. Mais Lyon a aujourd'hui besoin, dans de nombreux domaines, d'un coup de 'boost', d'innovations, d'audace. Mais chez Collomb, rupture est un mot tabou. Presque un gros mot.

Or c'est justement, j'en suis intimement persuadé, sur la vision et le non-conformisme que les futures élections se gagneront... Pas d'idées taboues, pas de thématiques de l'ombre.

Innovation et audace sont deux adjectifs peu adaptés pour Gérard Collomb. On n'a qu'à voir sa frilosité face aux idées nouvelles, innovantes, comme l'allocation municipale de garde d'enfant pourtant étudiée très sérieusement à Paris, ou encore lors de sa gestion du dossier des Halles de Lyon avec une retraite en rase campagne. Sans parler de la propreté dont il refuse obstinément de confier la responsabilité au terrain, c'est-à-dire aux mairies d'arrondissement. Je pourrais aborder également son manque d'audace dans la gestion des résidences de personnes âgées, son absence d'esprit d'entreprendre dans la prise en main des dossiers de transport, dans le développement de notre vocation de plaque tournante européenne des flux économiques... Ou encore sa sempiternelle réponse aux différentes demandes d'actions : 'on va faire des études !' Ou comment enterrer l'innovation, l'audace et l'envie d'agir.

Un manque d'audace qui rejoint une absence quasi récurrente de vision. Or c'est la vision d'un homme ou d'une équipe qui construira le Lyon de 2020. Absence de vision dans la création de Lyon Confluence, cantonnée à un quartier là où il aurait fallu imaginer une ville, absence de vision dans le rôle international de Lyon, absence de vision dans notre positionnement par rapport à l'Afrique, absence de vision dans la recherche de l'attractivité des territoires, absence de vision encore dans la création de grands projets mobilisateurs... A tel point qu'aujourd'hui, rien, ou presque, n'est à l'étude à la ville et au Grand Lyon pour les prochains mandats. Comme si du futur, Collomb voulait faire table rase...

Un dernier point noir. Frappant pour quelqu'un qui fut un maire d'arrondissement écouté : sa volonté de tout centraliser et de tout contrôler.

Ainsi, aucune marge de manœuvre supplémentaire n'a été dégagée au profit des arrondissements. Témoin la difficulté qu'ont les maires d'arrondissement, toutes tendances confondues, à travailler de façon régulière avec le maire. Là où Raymond Barre les recevait régulièrement et où son premier adjoint, Christian Philip, travaillait avec eux chaque mois.

Un mépris qui se retrouve aussi face aux lyonnais. Il se fait élire au Sénat et sèche activement les séances. Par devant, il est sympa, amical, prêt au débat. Mais dans les faits, la démocratie participative, la concertation, chères à sa candidate Ségolène Royal, ont du plomb dans l'aile à Lyon. Mes enfants diraient que 'c'est du flan !'

Cette centralisation, ce refus du débat, cet irrespect face à des maires d'arrondissement élus, se doublent d'une ironie facile, voire d'un mépris à l'égard de son opposition. Posture ostensiblement affichée lors des conseils municipaux. Comme quoi, n'est pas l'héritier de Raymond Barre qui veut !

Erick Roux de Bézieux

www.rouxdebezieux.org

* Adresses de la mairie du 9è arrondissement et de l'Hôtel de ville.

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