L'abbé des anges

"Toute ma vie, j'ai eu envie de mourir", "Je n'ai jamais éclaté de rire", "Ce qui m'a le plus coûté c'est d'avoir renoncé à la tendresse". Ces quelques phrases glanées çà et là nous permettent peut-être de mieux comprendre l'éternelle mélancolie qui habitait le regard de l'abbé Pierre. Né à Lyon un 5 août 1912 sous le nom d'Henri Grouès, le fondateur de la communauté d'Emmaüs a consacré toute sa vie aux démunis et aux exclus. Sa devise aurait pu être : "Tout pour les autres". Révolté, il a combattu pour la dignité un certain hiver 1954. Il s'est toujours retrouvé aux côtés des plus faibles depuis sa plus jeune enfance où il se rendait avec son père à la cité Rambaud aux Brotteaux pour apporter un peu de réconfort aux clochards de Lyon. Adoré des Français, qualifié de prophète par certains, il restera l'une des personnalités françaises les plus marquantes de cette deuxième moitié du XXe siècle. Et sans doute une des plus grandes fiertés lyonnaise. Il disparaît à l'âge de 94 ans au moment même où l'ampleur de la crise du logement secoue de nouveau les consciences. L'homme de l'appel du 1er février 1954, a passé le relais. L'abbé des anges doit dire : "Enfin !"
Libre, et pourtant tellement lié.

Les règles de vie de son ordre, ses vœux, sa foi, son appartenance à l'Eglise, sa fidélité. Alors, libre, l'abbé Pierre ? Liberté d'un homme animé de révoltes, mais jamais tenté de renverser le jeu de quilles. Depuis l'hiver 1954, on était habitués à ses coups de gueule, à ses interpellations sans concessions. Aucun politique n'était réellement tranquille en sa présence. Mais l'Abbé Pierre n'est jamais passé pas du côté de ceux qui veulent renverser l'ordre du monde, il ne s'est pas posé pas en adversaire, en partisan. Il a choisi de transformer les choses de l'intérieur, sans jamais les laisser tranquilles, sans jamais se résigner, même à 94 ans. Sans jamais se taire. Libre des contraintes qu'il s'est lui-même choisies. Qu'il parle de foi, de vœux prononcés, de célibat, de la vie de capucin qui a été la sienne, aucun de ses engagements n'a de valeur sans la liberté de les prendre ou de les refuser. Particulièrement, son renoncement à une vie amoureuse, après quelques expériences sexuelles, témoigne de la difficulté de choisir entre une vie et une autre. Et de la force de ce choix. Liberté, enfin, d'échapper aux images. Dans le monde des images qu'il partageait avec nous, il trimbalait depuis des décennies cette silhouette anachronique de petit moineau triste à la voix de colère. Tout le monde l'aime bien ? Tout le monde voulait le récupérer. C'est justement ce qu'il n'a laissé pas faire. Son ultime pied de nez a été son dernier livre qui lui a permis d'échapper à l'icône consensuelle dans laquelle on voulait l'enfermer. Non, l'abbé Pierre n'était pas un saint, il a fauté, il a douté. Même l'Eglise n'arrivera pas à en faire une image pour catéchisme. On ne refermera pas le missel sur lui. Il continuera de râler dans nos têtes. Qu'il n'aime pas les dogmatismes, que l'Eglise devrait être plus ouverte, plus proche du message d'amour des premiers chrétiens. Plus simple. Plus libre.

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