L’église Notre-Dame Saint-Vincent, ancienne chapelle du couvent des Grands Augustins © Nadège Druzkowski

Histoire & patrimoine à Lyon : les joyaux religieux méconnus du XVIIIe siècle

Au XVIIIe siècle, la religion demeure omniprésente à Lyon, aussi bien dans le paysage urbain, ponctué par de nombreux clochers, que dans la vie sociale. Quelques pépites architecturales méconnues témoignent de ce siècle : vestiges du couvent des Célestins, escalier de l’ancien domaine des Chartreux, façade de l’église Saint-Polycarpe marquée par les boulets de canon de la Révolution ou intérieur néoclassique de l’église Saint-Vincent.

Au XVIIe siècle, portés par le renouveau spirituel de la Contre-Réforme, les chantiers d’églises fleurissent à Lyon, comme dans le reste du royaume (voir Lyon Capitale juillet-août 2021). Les constructions ou aménagements se poursuivent au XVIIIe siècle, comme l’église Saint-Denis à la Croix-Rousse ou l’érection de la façade de l’église Saint-Just.

À la veille de la Révolution, l’Église est propriétaire du tiers de l’espace urbain, notamment sur les pentes de la Croix-Rousse et Fourvière. Lyon compte ainsi une cathédrale, quatorze églises paroissiales héritées du Moyen Âge, trente-trois monastères et couvents (18 de femmes et 15 d’hommes), auxquels s’ajoutent les chapelles indépendantes de plusieurs confréries. La religion joue également un rôle important dans la vie sociale. L’enseignement, tout d’abord, avec notamment le collège de la Trinité dit Grand Collège, depuis 1565 aux mains des Jésuites, qui établissent également le Petit Collège, dans le Vieux-Lyon ou les petites écoles pour les enfants du peuple, mises en place à la fin du XVIIe siècle par Charles Démia, fondateur du séminaire Saint-Charles. Ce sont aussi des sœurs et frères hospitaliers qui assurent un rôle d’assistance en accueillant les malades à la Charité et l’Hôtel-Dieu.


Les autres églises emblématiques du XVIIIe siècle

Saint-Bruno des Chartreux

Au XVIIIe siècle, sous la houlette de l’architecte Ferdinand Delamonce, l’église Saint-Bruno des Chartreux est agrandie et reçoit toute sa splendeur (voir Lyon Capitale juillet-août 2021). Elle est dotée d’un superbe baldaquin en marbre polychrome dessiné par l’architecte et décorateur italien Servandoni en 1738 (à qui l’on doit notamment l’église Saint-Sulpice à Paris).

Le baldaquin en marbre polychrome © Nadège Druzkowski

L’église Saint-Just

L’église Saint-Just, l’une des plus anciennes églises lyonnaises, est reconstruite au XVIe siècle, après les guerres de Religion, à environ 200 mètres de son site originel, à l’abri des murs de la ville. D’après le dessin de 1704 de son père Jean, Ferdinand Delamonce la dote en 1711 d’une façade de style classique inspirée par les églises vénitiennes de Palladio.


Place Antonin-Gourju, un passage voûté surmonté d’une statue de la Vierge © Nadège Druzkowski

Lyon 2e

Les vestiges du couvent des Célestins

Fondé en 1407 sur les quais de Saône, le couvent des Célestins connaît au XVIIIe siècle une grande campagne de reconstruction en deux temps : 1721-23 puis 1746. L’édifice, connu grâce à des gravures, est doté d’une monumentale façade sur la Saône, surmontée d’une balustrade et d’un fronton central.

Les moines auront cependant peu le loisir d’en profiter : l’ordre est dissout en 1778 et le clos des Célestins, convoité pour être loti, est ouvert à la circulation. Plusieurs rues, comme les rues de Savoie et d’Amboise, sont percées. Si le couvent a presque entièrement disparu, victime de l’urbanisme, d’intéressants vestiges restent néanmoins apparents.

À l’angle de la place Antonin-Gourju, la porte sud du couvent est encore visible, tout comme la porte nord, actuellement localisée au n° 8 du quai des Célestins. Les premiers niveaux du couvent ont eux aussi été conservés. On peut les voir de part et d’autre de la rue Charles-Dullin à la place Antonin-Gourju, formant trois blocs d’habitation distincts. Le rythme des arcades en rez-de-chaussée, qui accueillaient des boutiques louées par les moines, est encore intact.

Façade du 8,9,10 quai des Célestins © Antoine Merlet
Une partie du cloître a été préservée dans une cour privée © Nadège Druzkowski

Le saviez-vous ?

Comme en témoignent encore les noms des rues Templiers et Port-du-Temple, ce furent d’abord les Templiers qui occupèrent ce bord de Saône. Après la dissolution de cet ordre en 1312, leurs possessions furent cédées à l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem (plus connu sous le nom d’ordre de Malte) avant que les Célestins ne s’y installent en 1407.


Le saviez-vous ?

Visibles lors des visites guidées du théâtre des Célestins ou lors des Journées du patrimoine, deux étonnants squelettes installés dans deux tiroirs dorment au milieu de malles, équipements scéniques et autres décors du théâtre. Ce sont les dépouilles de deux moines célestins, retrouvées lors des travaux de sécurisation et de modernisation du bâtiment en 2003. Les deux squelettes furent baptisés du nom des saints chrétiens fêtés le jour de leur découverte : Anatole (le 3 juillet) et Hippolyte (le 13 août). Les analyses font remonter leur datation entre les XIVe et XVe siècles, confirmant l’hypothèse qu’il s’agit de deux moines.


L’ancien escalier du domaine des Chartreux

Lyon 1er

L’ancien escalier du domaine des Chartreux

Derrière les portes du n° 26, quai Saint-Vincent, dans la cour du soyeux André Claude Canova, se cache un petit joyau architectural totalement méconnu : un escalier à double révolution datant du XVIIIe siècle, menant à une petite terrasse, surmontée d’une madone.
Petit bout d’Italie à Lyon, il évoque le baroque tardif romain et n’est pas sans rappeler la place d’Espagne, à Rome. Il est possible d’y jeter un œil depuis la cour (anciennes écuries) lorsque les portes du soyeux sont ouvertes, généralement aux horaires de bureau en semaine. Cet escalier menait à l’ancien jardin des Chartreux dont le domaine de près de 24 hectares, pour la plus grande partie planté de vignes, s’étendait de l’actuel boulevard de la Croix-Rousse aux quais de Saône.
Chartreuse de Lyon © Musée de la Grande Chartreuse

© Nadège Druzkowski

Lyon 1er

Les cicatrices de l’église Saint-Polycarpe

Au sommet de l’étroite rue de l’Abbé-Rozier, sur les pentes de la Croix-Rousse, la façade de l’église Saint-Polycarpe s’impose dans toute sa majesté. On doit cette église aux pères oratoriens, un ordre né dans le sillage de la Contre-Réforme qui s’installe en 1642 au pied des pentes de la Croix-Rousse. Les religieux transforment leur première chapelle en une église dès 1665. Mais ce n’est qu’en 1756 qu’ils l’embellissent d’une façade de style néoclassique, sur le dessin de l’architecte Toussaint-Noël Loyer.

Lors de la Révolution, l’église fut victime des violents combats qui opposèrent en 1793 les insurgés lyonnais aux troupes de la Convention : en l’observant avec un peu d’attention, on se rend compte que la représentation de l’Enfant Jésus entouré d’anges, haut-relief sculpté par Marc Chabry au-dessus du portail d’entrée, a été fortement mutilée lors du siège de Lyon, tandis que les colonnes portent encore la trace des boulets de canon.

La ville a en effet été bombardée par des canons postés sur la rive gauche, d’où étaient envoyés des boulets chauffés au rouge afin de répandre le feu partout (de cette pratique est restée l’expression bien connue “tirer à boulets rouges”).

Le siège de Lyon en 1793

Le saviez-vous ?

L’abbé Rozier, premier curé de la paroisse Saint-Polycarpe, accepta la Constitution civile du clergé en 1791. Ironie de l’histoire, il mourut pendant le siège, tué dans son lit par un boulet de canon le 29 septembre 1793. Agronome, botaniste, il participa à la création du Jardin des Plantes et de l’école vétérinaire de Lyon, à la direction de laquelle il succéda à Bourgelat. Une statue de son buste est visible à l’entrée du jardin botanique du parc de la Tête-d’Or.


Lyon 4e

L’ancien cloître du couvent de Sainte-Marie-des-Chaînes

Dans la cour des Subsistances, de grandes arches en pierre étonnamment hautes rythment le rez-de-chaussée du bâtiment. Il s’agit de vestiges d’un cloître monumental, resté inachevé de l’ancien couvent de Sainte-Marie-des-Chaînes. Il appartenait aux religieuses de l’ordre de la Visitation qui fondèrent en 1640 leur troisième monastère à Lyon, après celui de Bellecour et de l’Antiquaille. Au début du XVIIIe siècle, des travaux d’agrandissement ont lieu. Le nouveau bâtiment, à peine achevé, s’effondre. Un cloître monumental est alors ébauché dont un seul côté (celui qui subsiste actuellement) est construit.

© Renaud Alouche

Le saviez-vous ?

Le couvent prit son nom du voisinage de chaînes tendues sur la Saône pendant la nuit pour empêcher l’entrée furtive dans la ville de bateaux et de marchandises.

Au 20 bis, quai Saint-Vincent, une imposte représentant une Vierge à l'Enfant est surmontée d'une chaîne, en souvenir du couvent voisin. 

© Nadège Druzkowski

L’église Notre-Dame Saint-Vincent © Antoine Merlet

Lyon 1er

L’église Notre-Dame Saint-Vincent

Rive gauche de la Saône, encastrée dans les immeubles adjacents, l’actuelle église Saint-Vincent est l’ancienne chapelle du couvent des Grands Augustins. À l’origine sans ouverture sur la rue, elle devient paroissiale en 1802. Si la façade actuelle date du XIXe siècle, l’intérieur réalisé de 1759 à 1789 témoigne du style néoclassique en vigueur dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. On doit cette église à Léonard Roux, l’un des disciples de Soufflot. Elle est construite sur le modèle du temple antique avec des colonnes qui soutiennent un entablement horizontal doté d’une frise dorique de triglyphes. La nef est couverte d’une voûte en plein cintre, le plafond d’un blanc pur, et la croisée du transept est surmontée d’une coupole circulaire qui surplombe le carré. Avec l’église Saint-Bruno (voir Lyon Capitale juillet-août 2021), le décor de l’église Saint-Vincent est un des rares témoins des églises du XVIIIe siècle, souvent mutilées ou transformées en écuries après la Révolution.


Lyon 5e

Les fresques de la Villa Florentine

© Tim Douet

La Villa Florentine, aujourd’hui hôtel de luxe sur les hauteurs de Fourvière, abritait un ancien couvent. L’édifice, d’inspiration florentine, est bâti au XVIIe siècle. Il devient en 1707 la “Maison de la Providence” et héberge alors une congrégation de religieuses trinitaires. De 1736 à 1741, le bâtiment est doté d’une chapelle ornée de superbes fresques. Retrouvées, restaurées et désormais classées, celles-ci embellissent le grand hall d’entrée de la Villa.


 

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