Handicapés psychiques et logement ne font pas bon ménage

Les handicapés ne le sont pas tous physiquement... ils peuvent l'être psychiquement aussi. En 2009, les personnes en souffrance psychiques sont toujours exclues de la chaîne du logement dans l'agglomération lyonnaise. Mais les choses bougent doucement. Retour sur la conférence-débat "santé psychique et logement" qui s'est tenue le mardi 13 octobre à Lyon.

Le handicap psychique reconnu en France depuis 2005 regroupe toutes les maladies mentales, au moins aussi handicapantes dans la vie de tous les jours qu'un handicap physique. La maladie psychiatrique pose en particulier problème dans le logement. Pour les handicapés psychiques d'abord, qui souhaiteraient vivre de manière autonome. On le sait peu, mais 80 % d'entre eux vivent toujours chez leurs parents à l'âge adulte. Pas forcément par envie, mais par nécessité. Ils ne parviennent pas à accéder ou à se maintenir dans un logement traditionnel. Le problème est le même au travail, "la plupart des employeurs s'effraient d'accueillir dans leurs entreprises des handicapés psychiques. La seule évocation d'un schizophrène leur fait peur, alors qu'ils n'hésitent plus aujourd'hui à accueillir les handicapés cardiaques par exemple", notait le 13 octobre Jacques Marescaux, directeur général de l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu à Lyon. Résultat, les handicapés psychiques vivent toujours hébergés chez leurs proches pour une grande majorité en 2009, et cela créé bien souvent, selon les experts, des tensions au domicile de ces familles.

Pourtant, le traitement de ces maladies a changé. "Pendant longtemps l'hospitalisation a été le seul mode de prise en charge des malades psychiatriques. Mais aujourd'hui 80 % des personnes qui sont soignées le sont en dehors de l'hôpital, elles vivent dans la cité", rappelait Jacques Marescaux à la conférence "Santé psychique et logement" le 13 octobre à Lyon. De ce fait, les hôpitaux psychiatriques n'hébergent plus aujourd'hui que 20 % des personnes en souffrance psychique, uniquement en cas de crise. "La prise en charge s'est considérablement améliorée depuis les années 70, rajoute Jacques Houver, coordinateur du service social de l'hôpital du Vinatier, dans l'excellent rapport de Laure Bornarel, remis dans le cadre de la conférence à tous les acteurs en septembre. 80 % des patients sont désormais suivis sur un mode ambulatoire", y confirme le spécialiste. Mais, ceux-là ne témoignent que des progrès de la psychiatrie, pas de la société dans son ensemble qui a bien du mal a intégrer les handicapés psychiques.

Les préjugés ont la dent dure

Pourtant, le problème de la santé psychique touche aussi les bailleurs sociaux. Patrice Tillet est président d'ABC-HLM, association qui regroupe 30 organismes de logement social et 140 000 logements sociaux dans le Rhône. Il résume ainsi la situation dans le rapport de Laure Bornarel : "lorsqu'un centre hospitalier nous propose un candidat au logement, pour le bailleur social, cela équivaut à prendre le risque de devoir gérer toute une série de dysfonctionnements à court ou moyen terme. La grande majorité des personnes handicapées psychiques ne bénéficient pas de l'accompagnement dont elles auraient besoin. Conclusion, le bailleur social n'a pas d'interlocuteurs au quotidien. Il faut attendre que la situation se dégrade au point où elle se transforme en urgence, que les pompiers ou la police interviennent, et qu'une demande d'hospitalisation à la demande d'un tiers ou d'hospitalisation d'office soit déposée. Qui a envie de ça ? Lorsque nous avons un interlocuteur, cela change tout [...]".

Pour répondre à ce besoin de logement des personnes en souffrance psychique le Grand-Lyon et l'Etat se sont penchés ensemble depuis 2002 sur la question. Dans le cadre de la conférence d'agglomération de l'habitat (CAH), ils ont réunis, une première française à l'époque, tous les acteurs concernés : élus, associations et familles de malades, bailleurs sociaux, gestionnaires de logements adaptés et professionnels médico-sociaux du Grand-Lyon. Le but étant de "favoriser l'accès et le maintien dans le logement des personnes souffrant de troubles psychiques" par une collaboration rapprochée des acteurs et la mise en œuvre de protocoles communs, à terme. Sept ans après, tous étaient réunis à la conférence débat sur la santé psychique et le logement à l'espace Tête d'Or (centre de congrès) mardi 13 octobre.

7 ans de réflexion ... pour sortir un guide

Olivier Brachet, vice-président du Grand-Lyon, chargé de la politique de l'habitat et du logement social, est revenu sur le lancement du guide pratique "santé psychique et logement" sorti en 2006 et réédité en 2009. On y trouve un annuaire complet des acteurs de la santé psychique de l'agglomération, une présentation du cadre législatif et des différentes pratiques à adopter en cas de crise d'un proche. En sept ans, le Grand-Lyon a réussi aussi a mettre en place des formations transversales à tous les acteurs, des bailleurs sociaux aux infirmiers psychiatriques, en passant par les associations d'usagers. Ces formations visent à faire prendre en compte le point de vue de chacun des acteurs dans l'intégration des personnes en souffrance psychique dans le logement. 33 stagiaires en ont déjà bénéficié en 2008 et 2009 et une seconde session de formation sera bientôt lancée, dixit le Grand-Lyon.

Mais le plus gros reste à faire. Les besoins en logements de personnes en souffrance psychique dans le Grand-Lyon ne sont toujours pas chiffrés. Selon les institutions psychiatriques, le chiffre serait énorme. L'instauration aussi de protocoles d'accès au logement banalisé pour les personnes en souffrance psychique se fait attendre. Le Conseil général, partenaire privilégié pour ses compétences en matière sociale, envisage lui de créer une charte qui inciterait les communes à créer au moins 20 % de logements adaptés dans toutes les communes du département. Cette charte pourrait voir le jour en novembre. Pierre Jamet, directeur général des services du Conseil général, déclarait le 13 octobre ne pas vouloir "saucissonner le problème des personnes dépendantes en fonction de leur handicap". "On ne peut pas distinguer le problème de l'Alzheimer des personnes âgées dans le logement de celui des malades psychiques, plus jeunes. Les personnes vieillissantes, handicapées psychiques ou physiques sont toutes dépendantes", a-t-il estimé. Le directeur des services du Conseil général a parlé d'"un travail de dix ans" pour atteindre son but et espère pouvoir lancer sept projets de construction d'immeubles de logements adaptés aux personnes dépendantes d'ici la fin de l'année dans le Rhône.

A lire aussi :

Le rapport "Santé psychique et logement, un habitat adapté aux besoins de chacun" remis en septembre 2009 au Grand-Lyon par Laure Bornarel

Le guide pratique "santé psychique et logement" dans le Grand Lyon

Livre Blanc des partenaires de Santé Mentale - France

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