Dentexia manifestation lyon mai 2016

Dentexia : les pouvoirs publics âprement pointés du doigt

Pour leur première sortie publique, les victimes des centres dentaires low cost Dentexia de l'homme d'affaires Pascal Steichen ont vivement critiqué les pouvoirs publics. Leurs avocats aussi. Le législateur est empêtré jusqu'aux dents.

Dentexia manifestation lyon mai 2016 ()

©Tim Douet

C’est la première fois depuis le début de l’affaire Dentexia (Lyon Capitale a commencé à enquêter sur les centres dentaires low cost en 2012), que les "sans-dents" - comme ils se sont eux-mêmes désignés - sont sortis de leur silence.

C’est la première fois, depuis la création du Collectif contre Dentexia, en janvier dernier, que les victimes de Pascal Steichen, businessman touche-à-tout, fondateur et ancien président de Dentexia, ont montré leur visage.

Le visage de Monsieur et Madame Tout-le-Monde. Edenté. Atrophié. "Défiguré" pour reprendre les mots de certains patients.

Il y a cet homme de Vaulx-en-Velin, la cinquantaine, clope au bec, qui a payé 13 000 euros pour…. un dentier dans l’attente de dents dont il n’a jamais vu la couleur. Ou cette femme qui évoque le “calvaire” qu’elle a vécu avec “l’arrachage de toutes (ses) dents en plusieurs fois donc double, triple et quadruple calvaire avec orgie de sang”. Ou cette dame qui va même jusqu’à parler de “véritable boucherie”, accompagnée de “douleurs atroces”.

À cette détresse sanitaire s’agglomère un désespoir financier. Ces victimes se sont endettés jusqu’au cou pour des soins mal effectués ou jamais terminés.

"Dentexia c’est l’affaire du "boucher dentiste" néerlandais puissance 2000"

Comme un clin d’oeil à la grande Histoire, ces victimes de Dentexia s’étaient donné rendez-vous sous la statue de Louis XIV, dont les dents étaient si mauvaises qu’il souffrit de douleurs dentaires toute sa vie.

Mais l’histoire personnelle de ces victimes, plus de 2 200 déclarées à ce jour (dont les trois quarts à Lyon et Châlon), commence à se confondre avec l’histoire majuscule.

Dentexia manifestation lyon mai 2016 ()

©Tim Douet

"Il s’agit d’un scandale sanitaire, d’un drame d’une ampleur équivalente à celle du "dentiste boucher" néerlandais de la Nièvre (condamné, en avril dernier, à huit ans de prison, NdlR). Mais s’agissant de Dentexia c’est puissance 2000" explique Céline Moille, avocat associé du cabinet Yellaw, en charge de la défense des victimes des centres dentaires Dentexia.

Dernièrement, les avocats du collectif ont obtenu la suspension des prêts contractés par les patients, sous pression de Dentexia, et affectés aux soins. "La totalité de la somme correspondante aux soins a été versée dès le premier rendez-vous des patients chez Dentexia. Les salariés leur faisait signer un document selon lequel la totalité du crédit était affecté aux travaux de dentisterie. C’est un abus de faiblesse. D’autant que c’était chronique d’un dépôt de bilan annoncé de Dentexia."

Lire ici : Dentexia : les difficultés des procédures face à des victimes au bout du rouleau

Depuis, les avocats du collectif sont en négociations confidentielles avec les avocats d’Axa, l’assureur de Dentexia, pour permettre des expertises indépendantes qui autoriseront, par la suite, la mise en place de protocoles. Ces protocoles permettront dès lors à des chirurgiens-dentistes de continuer les soins non terminés.

"On a bon espoir d’un dénouement heureux car ces sociétés privées, (principalement Sofemo, marque de Cofidis et Franfinance, filiale de la Société générale, NdlR) ont compris que leur image pouvait en pâtir, sans compter qu’elles ont peut-être un intérêt à y trouver" explique Pascal Couturier du cabinet Yellaw. L’intérêt en question : éviter d’éventuelles poursuites au pénal.

"Les pouvoirs publics n’ont pas pris l’ampleur de ce drame"

En revanche, ce qui interroge le plus, c’est le jeu "petit bras" du ministère de la Santé et des pouvoirs publics.

"On est face à une prudence administrative qui n’est pas au niveau de ce scandale sanitaire, explique Pascal Couturier. Les pouvoirs publics n’ont pas pris l’ampleur de ce drame, contrairement à celui des prothèses PIP."

Pour Pascal Blache, le premier magistrat du 6e qui a ouvert sa mairie, lundi soir, à une réunion du Collectif contre Dentexia, "la santé peut être gérée par des sociétés privées à condition que ces sociétés respectent les règles. La santé ne se monnaie pas."

Dentexia manifestation lyon mai 2016 ()

©Tim Douet

Au final, dans le scandale Dentexia, tout n’est affaire que de contrôle.

C’est d’ailleurs au sujet de ce contrôle d’évaluation des centres Dentexia que le Défenseur des droits – une autorité constitutionnelle indépendante chargée de défendre les droits et libertés- s’interroge. Autrement dit, les autorités régionales de santé (ARS) sont dans le collimateur.

L’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a été saisie du dossier pour éviter qu’une autre affaire Dentexia ne se reproduise. Un rapport est attendu pour la fin juillet.

"Le législateur est très embêté car il a une part de responsabilité dans le scandale Dentexia, explique Abdel Aouacheria, le porte-parole du Collectif contre Dentexia. Il n’avait pas anticipé les conséquences de la création de centres dentaires sous statut associatif qui ont été dirigés par des investisseurs privés dont les motivations étaient purement financières."

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