Décès de Michel Rocard, figure politique phare de la Ve République

Brillant et cultivé, Michel Rocard s’est engagé en politique dès son plus jeune âge. Avec son décès à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris), c’est un symbole de la gauche et une figure phare de la Ve République qui s’éteint.

Michel Rocard ne pouvait que faire une grande carrière. Hypokhâgne, Sciences Po, Normale Sup ou encore l’ENA l’ont eu entre leurs murs. Il a été militant, tourneur-fraiseur, dissident, maire, père, chef de partis, ou encore premier ministre. Mais jamais président. Sa volonté de servir le bien public lui vient de son passage chez les scouts. Son surnom, « Hamster Erudit », le suivra tout au long de sa carrière politique. C’est en 1949, à 19 ans, qu’il s’engage pour la première fois en rejoignant la SFIO (l’union de gauche de l’époque). Il quittera le parti en 1958, lassé de la politique de Guy Mollet.

Engagement politique

Michel Rocard participe alors à la création du Parti Socialiste autonome (PSA), qui deviendra quelques années plus tard le Parti Socialiste unifié (PSU). Il prend la tête du mouvement frondeur en 1967, et se présente à la présidentielle de 1969, organisée après le départ anticipé de Charles de Gaulle. Le PSU réalise un peu plus de 3,6 % des voix, un score assez honorable en comparaison des 5 % du SFIO qui est en chute libre. Faute d’être président, il devient député des Yvelines.

En 1974, le PSU se rallie à la candidature de François Mitterrand, mais la présidentielle sera remportée par Valérie Giscard d’Estaing. Michel Rocard ne baisse pas les bras pour autant. En 1979, le désormais maire de Conflans-Saint-Honorine (de 1977 à 1994) s’allier à Pierre Mauroy pour s’opposer à François Mitterrand. En 1980, Michel Rocard se présente même à l’élection présidentielle, lors d’un discours qui restera dans les mémoires comme assez raté, et à la fin duquel il ajoute « si François Mitterrand ne se présente pas, évidemment ». Manque de bol, François Mitterrand, qui sent que son heure est enfin venue, annonce sa candidature peu après, et Rocard se retire. Encore raté.

Les années Mitterrand

Rocard est alors ministre d’Etat, ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire, puis ministre de l’Agriculture. Durant ces années, il sera un acteur majeur du processus de décentralisation du pouvoir français. Mais, mécontent de la décision du président de recourir à la proportionnelle pour les élections législatives – décision qui amènera le FN à l’Assemblée pour la première fois, Rocard démissionne.

Pourtant, en 1988, c’est lui que François Mitterrand désignera comme son premier ministre après sa réélection. Ne disposant que d’une majorité relative, Michel Rocard a peu de marge de manœuvre. Il parviendra néanmoins à créer un Revenu Minimum d’Insertion (RMI) financé par l’Impôt de Solidarité sur la Fortune (ISF), la Contribution Sociale Généralisée (CSG), et à calmer les tensions en Nouvelle-Calédonie. Tout cela en trois ans à peine, puisque François Mitterrand viendra le limoger sans sommation en 1991, le remplaçant par Edith Cresson.

L’homme qui refusait de s’en aller

Pour autant, Michel Rocard ne raccroche jamais vraiment ses rêves élyséens. En 1994, il s’empare de la tête du Parti Socialiste, déterminé à se présenter à la présidentielle de 1995. Mais il se prend une bâche aux élections européennes de 1994, après que Mitterrand ait nommé Bernard tapie pour conduire une liste de radicaux de gauche. Le PS se fait écraser par l’union formée entre le RPR et le centre. Rocard démissionne alors de la tête du parti.

Il tente toutefois un ultime retour en 2006. Alors que Ségolène Royal est désignée, par primaire, candidate socialiste à la présidentielle de 2007, Michel Rocard essaye de la convaincre de lui laisser sa place. En vain.

Des hommages de tous bords

Michel Rocard travaillera à son bureau jusqu’à la fin de sa vie. Une vie d’acharnement, durant laquelle il a suscité l’admiration des politiques de tous bords. Aujourd’hui, tous lui rendent hommage, de François Hollande à Nicolas Sarkozy en passant par Jean-Luc Mélenchon. Même Marine Le Pen a présenté ses condoléances.

A Lyon, le socialiste et maire de la ville Gérard Collomb l’a décrit sur LCI comme « un homme politique d’exception, un de ces socialistes réformistes qui voulait transformer la société, non pas simplement dans les mots mais dans les faits ». Michel Rocard a également été encensé, à titre d’exemple, par la conseillère régionale du groupe Les Républicains Nora Berra : « Inventif et intempestif, Michel Rocard incarnait cette gauche moderne et pragmatique, qui aimait le débat et le dialogue »

En 2009, Michel Rocard s’était entretenu avec Lyon Capitale. Il pointait alors du doigt la télévision comme « la mort de la démocratie », apportait son analyse sur la crise économique et sur le système capitaliste, et dénonçait l’impossibilité de créer des Etats-Unis d’Europe avec le Royaume-Uni, déjà têtu.

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