Après les élections, la manifestation

Salariés, fonctionnaires, étudiants, chômeurs ou retraités, ils sont descendus en nombre dans la rue, deux jours après les élections régionales. Ils étaients 10 000 selon la police et 14 000, selon les syndicats. Bien plus nombreux que ce qu’espéraient les cinq organisations (CGT, CFDT, FSU, UNSA, Solidaires) à avoir appelé à cette manifestation.

Tout ce monde défilait derrière la banderole unitaire “pour l’emploi, les salaires, les retraites, la protection sociale, faisons-nous entendre”. Les représentants syndicaux lyonnais faisaient preuve de la même unité pour évoquer le succès de la journée d’action nationale. “Super manif” pour Rosario Elia, le représentant de la FSU, principal syndicat enseignants qui annonçait 50 % de grévistes de la primaire au lycée. “Depuis le 1er janvier, on n’a jamais connu autant de bataille sur les salaires, poursuivait le secrétaire de l’union départementale CGT, Pierre Coquan. Le discours sur la crise ne passe plus. Quant aux retraites, il y a de l’argent pour les financer. On pourrait prendre une partie des 80 milliards de dividendes versées l’année dernière par les entreprises non-financières”.

Son homologue de l’UNSA, Gilbert Debard estime que maintenant la “balle est dans le camp du gouvernement. Le 15 avril, le comité d’orientation des retraites rend son rapport. Nous verrons ensuite”. Faisant référence à la lourde défaite de l’UMP, le secrétaire départemental de l’UNSA parle plus d’un “premier tour social” annonciateur d’autres mobilisations. Tous ces syndicalistes soulignent que les sujets d’exaspérations sont plus importants qu’en 2009 : salaires bloqués, augmentation du chômage de 20 % en un an, dégradation des conditions de travail. Des motifs de colère auxquels s’ajoute une réforme des retraites qui risque de s’accompagner d’une remise en cause du départ à soixante ans. Dans le cortège, chacun a apporté ses propres préoccupations. Et il n’en manque pas. Nous vous en proposons une sélection.

Paroles de manifestants

Michel, jardinier au service espaces verts de la ville de Vénissieux (CGT)  : ”Si chacun fait sa petite grève dans son coin, on n' y arrivera pas. Pour l'instant, le rapport de force semble être en notre faveur au vu de ce qui s'est passé le week-end dernier pour les élections régionales. Cette action s'inscrit bien dans la continuité”.

Axel, pompier professionnel à Villeurbanne (UNSA) : "C'est une journée test avant un plus grand moment et pour savoir si on a les moyens de rassembler autour de la question des retraites”.

Christine, directrice de crèche à Vénissieux, (CGT) : "On lutte contre le projet de modification du décret qui réglemente les crèches et qui implique des dégradations des conditions de travail et d'accueil des enfants."

Samir, salarié de la société Arkema à Saint-Fons, industrie chimique (CGT)  : ”Actuellement, on part à la retraite à 60 ans et il a prévu de nous envoyer à la retraite à 65 voire 67 ans. Quand on voit les conditions de travail, notamment dans les industries chimiques et pétrolières, c'est complètement impensable”.

Marie-Thérèse, conseillère à Pôle Emploi : “On voit tous les jours des gens cassés par cette crise. Nous sommes censés assurer le suivi de 250 à 300 chômeurs par conseiller (au lieu des 60 prévus). C’est impossible ! Nous passons notre temps à les balloter d’un guichet à un autre, à les envoyer vers des plateformes téléphoniques”.

Richard, retraité (CGT) : "Tout a augmenté. Personnellement ça fait plus de 15 ans que je suis en retraite et on a perdu depuis ce temps là près de 200 euros par mois. Pour ma part, j'arrive à m'en sortir parce je vis avec quelqu'un mais je reconnais que ceux qui sont tout seuls et qui ont des retraites entre 700 à 800 euros, ils vivotent, ils survivent. Il faudrait un minimum de retraite, égal au SMIC”.

Christian, moniteur-éducateur : “Notre convention collective (la 51) est en train d'être changée sans que nous soyons consultés. On parle notamment de la création d'une prime au mérite selon les endroits où l'on travaille”.

Christophe Laronze, délégué syndical (CGT) à France Télécom, qui défilait derrière une banderole “Le management par la terreur, ça suffit. Ne pas perdre sa vie à la gagner” : “Ça avance lentement. Deux accords nationaux ont été signés sur le respect de la vie privée et les principes fondamentaux. Mais nous attendons toujours leur application”.

Guillaume, informaticien à la SNCF "Villeurbanne et Lyon" (CGT) : "On est en grève car la SNCF confie actuellement tout son service informatique à IBM. Cela va supprimer, à terme, 500 à 700 emplois qui vont être envoyés en Inde ou au Maroc. Quand on demande à notre direction des explications, on obtient aucune information. On prévoit d'autres actions dont une grève reconductible d'ici deux semaines”.

Jean-Luc, salarié du bâtiment (CFDT) : ”Il y a des soucis d'emplois dans les petites entreprises du bâtiment. On assiste aujourd'hui à des pratiques patronales peu dignes de notre siècle : on ne paie pas les gens, on leur dit de ne pas revenir le lendemain parce qu'il n'y a pas de travail et il y a des salariés qui reçoivent des chèques en bois”.

Benoît, étudiant à l'Institut du Travail Social à Caluire : ”L'éducation spécialisée est aujourd'hui en danger. Il faut toujours faire plus avec beaucoup moins de moyens. Au niveau de la formation, ça se complique aussi. L'État ne gratifie pas les stages”.

François, professeur d'histoire-géographie au lycée Jacques Brel à Vénissieux (SNES) : "Nous manifestons pour deux raisons : les suppressions de postes, 16 000 l'année prochaine, et les attaques prévues contre les retraites puisque le gouvernement continue la politique de ses prédécesseurs. Les actions menées n'ont jusqu'à présent pas abouties car on est pas encore assez nombreux et assez déterminés. Mais ce n'est qu'un début".

Laurent Burlet et Virginie Coutière

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