Le Premier ministre Édouard Philippe
© Lyon Capitale

À Lyon, Philippe et Collomb prônent un "humanisme efficace"

Naviguant entre "humanité", "fermeté" et "efficacité", Gérard Collomb et Édouard Philippe étaient à Lyon ce lundi pour préparer le terrain avant la présentation du projet de loi du ministre de l'Intérieur sur “l'asile et l’immigration” ce mercredi devant l’Assemblée nationale.

Humanité”. L’objectif était annoncé, Gérard Collomb et Édouard Philippe étaient à Lyon ce lundi pour mettre en lumière la part d’humanisme du Gouvernement sur la question de l’asile et de l’immigration. Dans les bureaux lyonnais de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), après une séance avec les acteurs locaux chargés du dossier et face à trois jeunes réfugiés ayant obtenu l’asile, le Premier ministre a fait preuve d’empathie à côté d’un Gérard Collomb visiblement peu concerné. Après le témoignage des jeunes Nigérian, Syrien et Érythréen, l’ancien maire de Lyon a préféré demander au patron de la Directte* les chiffres du chômage dans la métropole. S’est ensuivie une rencontre à la préfecture du Rhône avec le député LREM Aurélien Taché, ancien membre du PS qui a remis aux deux membres de l’exécutif son rapport incluant 72 propositions pour améliorer l’intégration des réfugiés en France. Un rapport dont le Gouvernement “reprendra les grands axes”, a affirmé Édouard Philippe.

“Notre pays n’est pas toujours à la hauteur”

Une et indivisible, la majorité composite LREM n’a pour le moment pas donné signe de fracture. Pourtant, quelques voix dissonantes commencent à se faire entendre sur la question de la loi Collomb sur l’immigration qui sera présentée ce mercredi en conseil des ministres. Une trentaine de députés ont même fait part de leur malaise sur le sujet. Pour les rassurer, l’ancien maire de Lyon a insisté sur la longue tradition d’accueil de sa ville, prenant exemple sur la communauté arménienne “accueillie au lendemain d’un génocide”. “C’est ce que nous avons essayé de faire ici, c’est ce que nous devons faire pour notre pays”, a-t-il ajouté.

Même discours du côté d’Édouard Philippe. Le Premier ministre a d’abord listé d’illustres artistes, scientifiques et sportifs (Guillaume Apollinaire, Tahar Ben Jelloun, Marc Chagall, Albert Cohen, Marie Curie, Raymond Kopa) nés à l’étranger, venus en France “pour fuir quelque chose – la guerre, la pauvreté, la violence”. “Tous sont venus en France pour trouver quelque chose : un refuge, une protection, une vie meilleure, une culture, un avenir. (…) On parle du rêve américain, on oublie qu’il existe un rêve français”, a déclaré Édouard Philippe. “Je fais partie de ceux qui pensent que la diversité est une chance dans notre République une et indivisible”, a enchaîné le Premier ministre, reconnaissant ensuite que “notre pays n’est pas toujours à la hauteur de cette tradition, pour des raisons diverses, politiques, économiques, sociales… Ça aussi, c’est la réalité”.

De la “fermeté” à l’“efficacité”

“Fermeté”. C’est le pendant de l’humanisme dans la politique gouvernementale. De l’un à l’autre, il n’y a qu’un pas ou un “et en même temps”. “Il faut accueillir, mais bien accueillir. Si on ne le fait pas bien, on va ajouter des difficultés aux nôtres. Je crois à la promesse républicaine qui s’incarne dans la réalité des faits”, a déclaré Gérard Collomb. De son côté, Édouard Philippe a reconnu que la politique d’intégration “ne se limite pas à la situation des réfugiés”. “Elle concerne, plus largement, l’ensemble des étrangers qui arrivent régulièrement dans notre pays. Des étrangers dont la France, ses entreprises, certains secteurs en particulier, ont besoin, a souligné le Premier ministre. Des étrangers que la France accueille parfois bien et parfois un peu moins bien. En tous cas, pas aussi bien qu’elle le devrait ou qu’elle le pourrait.” C’est sur ce point de l’accueil des non-demandeurs d’asile que le Gouvernement était attendu. Mais aucune annonce n’a été faite. Le mot fermeté a été remplacé par “efficacité” dans la bouche d’Édouard Philippe : “Cela veut dire appliquer les décisions prises conformément aux lois de la République et assurer la reconduite effective des étrangers qui n’ont pas obtenu le droit qu’ils invoquaient. Les reconduire soit dans leur pays d’origine, soit dans le pays par lequel ils sont entrés pour la première fois dans l’Union européenne.”

“Nous traçons une ligne qui refuse tout aussi bien la peur que l’angélisme”

Le Premier ministre s’est dit “conscient des critiques”, qu’il trouve “normales et légitimes sur une question qui touche au cœur même de nos valeurs”. Il a assuré que le texte qui sera présenté mercredi était “solide et équilibré” et qu’il pourrait “être enrichi durant le débat parlementaire”. “Sommes-nous suffisamment sûrs de notre bon droit, c’est-à-dire sûrs de ce que notre droit est la juste traduction de nos valeurs, pour pouvoir reconduire sans faiblesse ? Sommes-nous aussi suffisamment sûrs de ce que nous sommes, de nos valeurs, de nos forces, pour pouvoir accueillir sans crainte ?” a fini par questionner Édouard Philippe, répondant aussitôt lui-même à la question : “Sous l’autorité du président de la République, avec le ministre de l’Intérieur, nous traçons une ligne qui refuse tout aussi bien la peur que l’angélisme. À nous de faire une politique ouverte et ferme en même temps, qui fera honneur à notre pays.” Une question demeure, à une époque où l’Union européenne n’existait pas : qui, du Polonais né en Italie Guillaume Apollinaire, du Marocain Tahar Ben Jelloun, du Biélorusse Marc Chagall et des Polonais Marie Curie et Raymond Kopa aurait bénéficié du statut de réfugié ?

* Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi.

Les annonces concernant les demandeurs d’asile

• Doublement du nombre d’heures d’enseignement du français (de 200 h à 400 h). “Une intégration réussie, ça commence toujours par la maîtrise de la langue. Or, que constate-t-on ? Que 66 % seulement des bénéficiaires des cours de français de l’Ofii atteignent le niveau A1, c’est-à-dire le niveau le plus élémentaire de maîtrise du français”, a souligné Édouard Philippe.

• Nouveau souffle pour l’opération “Ouvrir l’école aux parents”

• Révision de la formation civique dans le cadre du contrat d’intégration républicaine, pour en faire un temps d’ouverture et de découverte de la société française

• Réduction des freins à l’insertion professionnelle des personnes que nous accueillons. “Il n’est pas normal qu’une personne ayant obtenu le statut de réfugié doive attendre de longs mois avant de bénéficier des droits les plus élémentaires parce que sa carte de résident ne peut pas être délivrée tout de suite, estime le Premier ministre. Si on ne peut pas la délivrer tout de suite, trouvons autre chose. Et si cette autre chose est une carte provisoire de réfugié, eh bien créons-la !”

• Raccourcissement du délai d’autorisation de travail pour les demandeurs d’asile, aujourd’hui de 9 mois. “Engageons-nous sur un délai de six mois, a déclaré Édouard Philippe si, au-delà de ce délai, un demandeur d’asile dont le dossier n’a pas encore reçu de réponse définitive veut travailler et qu’il trouve un emploi, autorisons-le à l’occuper.”

1 commentaire
  1. Abolition_de_la_monnaie - 20 février 2018

    Où commence la peur, où commence l'angélisme ? Encore de jolis mots et une jolie com. On note la part de l'école qui augmente enfin, parents compris. Reste également à 'soigner' par des cours de psychologie et de philosophie, pour tous, 'français de souche' aussi, car l'étude de ces deux domaines participent activement à faire des humains conscients et un monde plus harmonieux. Mais comme les budgets monétaires restent le problème...

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