Les têtes maories relancent le débat sur la restitution d'œuvres

Alors que le musée des Confluences s'apprête à rendre l'une de ces têtes, le débat sur la restitution des œuvres à leur pays d'origine est relancé, comme pour les momies égyptiennes.

Elle trône dans un tiroir du musée des Confluences, comme un colifichet inutile. La tête Maori n'a pas été montrée au public depuis 2002 et ne le sera plus : elle va rentrer dans son pays d'origine. La Nouvelle-Zélande a salué, ce mercredi 5 mai, le vote par l'Assemblée nationale française du retour des têtes maories. Entreposées dans les musées de l'Hexagone, elles devraient retrouver le chemin de leur pays d'origine. Ces remerciements officiels ont été prononcés par le ministre de la Culture et de l'Héritage, Christopher Finlayson, et le ministre des Affaires maories, Pita Sharples.

« C'est une question de grande importance », a déclaré ce dernier, d'après le New Zealand Herald. «  Les Maoris pensent que si les âmes de leurs ancêtres retournent dans leur pays d'origine, ils récupèrent leur dignité et peuvent veiller en paix sur leurs familles.  » Marine Degli, auteur de « L'Art maori », qui travaille au musée du quai Branly, explique comment étaient fabriquées ces reliques : « C'était la tête des notables et des chefs de tribus tatoués qu'on décapitait de leur vivant. Pour les Maoris, c'était un geste sacré, un signe de bravoure et non pas un acte de barbarie ! C'en est devenu un quand les Européens et se sont mis à en faire le commerce. Ça a conduit à des aberrations comme de tatouer et tuer des esclaves pour vendre leurs têtes. »

Des objets sacrés donc. D'où un appel du musée Te Papa néozélandais en 1992 pour rapatrier les 500 têtes maories éparpillées partout dans le monde. 300 reliques ont été récupérées depuis. Dix-huit ans après, la France accepte enfin de collaborer. D'après la proposition de loi déposée par la sénatrice Catherine Morin-Desailly en 2009 et validée ce 4 mai 2010, les têtes de Maoris ne sont plus propriété des musées français. Elles doivent donc être rapatriées, de la manière qui convient à chaque établissement et sans délai de temps.

Une question de patrimoine

La question du rapatriement d'œuvres d'art avait fait particulièrement débat en France. C'était l'un des seuls pays à refuser le rendre les reliques au nom du code du patrimoine (très strict) qui régit les musées. Un conservateur de province râle : « Au quai Branly, il y a quelques ethnologues de bureau qui veulent conserver tous les objets. Jusqu'à il y a trois ans, le musée ne répondait pas aux requêtes des Maoris et faisait profil bas. »

Sept têtes détenues au musée du quai Branly à Paris et huit têtes éparpillées dans le reste de la France sont maintenant concernées par cette loi sur mesure. Aujourd'hui encore, le musée parisien refuse de communiquer sur les conditions de restitution de ces objets.

Côté néo-zélandais, les articles de journaux continuent d'accuser la France d'avoir reculé en 2007. A Rouen, la mairie et le musée avaient alors décidé de rendre une tête sans concerter les services du patrimoine. Le gouvernement français avait posé son veto, d'après le site MaoriNews.com. Dans quel but ? Celui de ne pas créer de précédent.

Le Louvre, par exemple, expose plusieurs momies égyptiennes, elles aussi composées de restes humains et sacrées. Marine Degli du quai Branly est rassurante : « Cette décision ne nous engage pas à restituer les momies à l'Egypte ou d'autres reliques ailleurs. La seule raison pour laquelle on va restituer ces têtes, c'est parce qu'il y a eu une revendication formulée propre à une culture sacrée, celle des Maoris. »

Léa Lejeune

Illustration : capture d'écran d'un reportage de France 3 sur une tête maori entreposée à Lyon

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