De François Léotard à Nicolas Sarkozy : procès d’une droite tout à fait décomplexée

Au moment même où l’on apprend que François Léotard a une nouvelle fois copieusement insulté les policiers qui menaient une seconde perquisition à son domicile varois, dans le cadre des supposées rétrocommissions dans l’affaire Karachi, Alain Juppé ouvre un peu plus la voie à son champion Nicolas Sarkozy (lire ici). L’ancien ministre des Affaires étrangères croit en effet "sentir" que Nicolas Sarkozy a "envie" d'être candidat à la prochaine élection présidentielle en 2017. Quel rapport entre les deux ?

Les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire estiment que plusieurs contrats d'armement signés sous le gouvernement Balladur auraient donné lieu à des détournements de fonds, via des commissions versées à certains intermédiaires (lire ici). Plus encore, ils estiment que des responsables politiques de premier plan de l'époque se seraient enrichis personnellement, et auraient perçu des fonds occultes, y compris après 1995. Ainsi François Léotard et Renaud Donnedieu de Vabres, alors son proche conseiller à la défense.

"Entrez, bande de connards"

La somptueuse résidence varoise de l'ex-président du parti républicain (PR) a ainsi une nouvelle fois eu droit à une visite des policiers, après la perquisition du 20 novembre 2012. Et les enquêteurs ont une fois de plus été fraîchement accueillis. Extrait de leur procès-verbal : "M. Léotard semble manifestement énervé et nous tient les propos suivants : «  Je n'ai rien à vous dire ... Je ne veux pas vous parler »". L'ancien élu poursuivra : "Vous êtes toujours là ? Vous me faites chier !", avant de lancer à haute voix à son épouse, désignant les policiers : "La Stasi est partie ?".

Lors de la précédente perquisition au domicile de M. Léotard, les choses s'étaient également très mal passées. Les policiers et gendarmes présents avaient relaté "les propos désobligeants, voire injurieux et outrageants, tenus par M. Léotard lors de [leur] intervention" et la Procureure de la République de Draguignan avait même ouvert, fin 2012, une enquête préliminaire pour "outrage à personne dépositaire de l'autorité publique". D'après le procès-verbal rédigé par les enquêteurs, voici les propos que leur aurait tenus M. Léotard : "Si vous me faites chier... J'ai rien à vous dire... Je veux pas vous parler... Quel est le juge qui vous envoie ? De toute façon, je l'emmerde... Entrez, bande de connards, la maison est à vous, vous n'avez qu'à tout fouiller, mais ne me parlez pas, je n'ai rien à vous dire".

"Il pouvait y avoir des morts. Après c’était réglé"

Doit-on attribuer ces propos à de la simple colère ou M. Léotard, comme M. Sarkozy, est-il coutumier de ce type de comportement et de vocabulaire ? "Je sais que le chemin de la colère n’est pas celui de la justice", écrivait l’ancien ministre de la Défense dans Pour l’honneur, un petit opuscule rédigé en octobre 1997 suite à l’assassinat de Yann Piat -deux journalistes l’ayant alors mis en cause, avec Jean-Claude Gaudin, sous les sobriquets de Trotinette et Encornet (lire ici). "Ne dites pas à ma mère que je suis un assassin. Elle pense que je suis parlementaire", poursuivait-il. "Bien sûr, de temps en temps il y avait une vacherie. (…) La démocratie pour certains c’est aussi la liberté de salir. (…) Ce qui était ennuyeux, aux yeux de ma mère, c’est que cela avait tendance à se développer. Elle est Corse. Chez nous, voici quelques décennies, cela se réglait autrement. Il pouvait y avoir des morts. Mais au fond, on préférait cela. Après c’était réglé".

Ces hommes politiques tout-puissants dans les années 90 (et pour certains, après) –MM. Juppé, Léotard, Balladur, Sarkozy- qui représentaient pour beaucoup de Français, "le renouveau de la droite", se rendent-ils compte aujourd’hui des dégâts considérables qu’ils ont infligés à la République, lesquels dépassent, et de loin, les seuls dégâts infligés à leur camp ? Rien n’est moins sûr. Que Monsieur Juppé, qui a commencé sa carrière politique auprès de M. Chirac en 1976, (il y aura bientôt 40 ans !), continue à essuyer les plâtres et à assurer la promotion de M. Sarkozy pour un éventuel retour de ce dernier, voilà qui est tout à fait son droit. Mais voilà qui en dit long aussi sur l’état de déréliction et de déliquescence de la droite française en général et de la Sarkozye en particulier.

Que fera la génération actuelle ?

Comme l’écrivait M. Léotard en conclusion de son petit livre : "Maintenant il reste devant nous, au-delà du petit champ de ruines que la manipulation a pu provoquer, un immense espoir à reconstruire. Je ne crois pas que mon pays soit voué, par principe, à cette dégradation constante de sa vie publique". Là, on ne saurait lui donner tout à fait tort, même si nul ne sait de quoi sera capable la génération actuelle. Qu’en sera-t-il en effet, avec Najat Vallaud-Belkacem et Manuel Valls à gauche, avec Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet à droite, pour ne citer qu’eux ? Il est souhaitable, pour la République, qu’ils fassent bien mieux que leurs prédécesseurs, qu’ils ne dérapent pas et restent toujours maîtres d’eux-mêmes, bref : qu’ils aient conscience qu’eu égard à leurs fonctions, que l’on partage ou non leurs idées, ils incarnent, à un moment donné, toute la France. Qui, en Corse comme partout sur son sol, n’est peuplée ni de "pauvres cons", ni de "bandes de connards". L’air de rien, quel progrès ce serait pour notre démocratie !

Didier Maïsto

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