Stress : ces travailleurs qui craquent

Dépressive, elle ne voulait plus retourner travailler. Comme pour d'autres jeunes fraîchement diplômées, elle vendait des placements financiers ouvrant droit à défiscalisation, les "placements de Robien". Certains de ses clients l'ont recontactée pour lui dire qu'ils n'arrivaient pas à louer "l'appartement Robien" acheté sur ses conseils.

Elle a alors réalisé qu'elle avait mis dans le plus grand embarras des personnes, alors qu'elle pensait apporter un service. Elle s'est sentie responsable de personnes qui se trouvaient dans une situation dramatique."

Théo, travailleur social
Des critères d'évaluation absurdes
"A chaque fois, c'est le même scénario. On chiffre leur travail en nombre de personnes rencontrées. Mais ça ne dit pas le travail qui a été réellement fait. Dans ce cas, on leur demandait d'évaluer le travail qu'ils avaient fait avec des jeunes, au bout de quatre mois.

Or ils estiment que ces mesures d'accompagnement en milieu ouvert sont beaucoup trop courtes et qu'elles ne laissent pas le temps d'entrer en relation avec le jeune, permettant d'espérer une évolution durable. Contrairement à ce qui se pratiquait auparavant."

Marie, auxiliaire médico-psychologique
Surcharge de travail
"Elle travaille dans un centre gériatrique. A l'école, on leur donne des consignes sur la manière de s'occuper des patients atteints de la maladie d'Alzheimer. Mais sur le terrain, c'est l'horreur absolue. Elles sont trois au lieu de quatre. Elle n'a pas le temps de les faire manger ni de les laver. Ses autres collègues ont lâché prise mais elle veut s'accrocher.

Du coup, elle en devient obsessionnelle. Elle veut à tout prix bien faire son travail. Par exemple, elle va donner à manger à deux personnes mais pas aux autres. Elle s'attire ainsi les foudres de son encadrement et de ses collègues. Elle se sent coincée. Elle prend également conscience que le métier qu'elle a rêvé ne correspond pas avec la réalité. La souffrance vient toujours quand on veut faire quelque chose et qu'on ne peut pas le faire."

Didier, conseiller emploi
L'impression d'expédier les gens
"Au Pôle Emploi (ex-ANPE), les agents ont un temps donné pour recevoir les demandeurs d'emploi. Mais ce temps n'est pas suffisant... Lui avait déjà connu un parcours de précarité avant d'être recruté par l'ANPE.

Il avait l'expérience des difficultés d'emploi et avait le souvenir d'être tombé sur des agents qui s'étaient bien occupés de lui. Dans sa tête, il se disait qu'il sabotait son métier : "Ce que je fais, c'est n'importe quoi. Si j'avais plus de temps, je pourrais peut-être trouver des pistes". Mais il ne pouvait pas faire autrement. Il sature, toujours les dossiers dans la tête, perd en lucidité. Sauf que le soir, il ramène ses dossiers à la maison et sa famille en prend plein la tête."

Stéphane, technicien d'un service après vente (SAV)
Un stress post-traumatique
"Ce stress a d'abord été repéré chez les victimes d'attaques à main armée. Après un fait brutal, si la personne n'a pas trouvé un soutien social qui lui permet de digérer l'événement, elle peut avoir des flashs associés à des insomnies.

Mais dans ce cas, ce technicien a été agressé par son chef d'équipe, qui lui a jeté toute sa caisse à outils et l'a provoqué physiquement. Cet événement est à replacer dans le contexte de ce que sont devenus les SAV. Aujourd'hui, on vous vend le produit avec la "garantie SAV" en espérant que vous n'en ayez pas besoin. Si votre produit tombe malgré tout en panne, le SAV va s'arranger pour que vous n'en profitiez pas, afin de vous diriger vers une nouvelle vente.

Or, dans ces services, il y a des gens qui s'obstinent à réparer car leur métier consiste précisément à dépanner. Il y a donc un conflit sur le travail. A ce technicien, le chef disait : "non, on ne répare plus". Mais il s'obstinait à réparer grâce à de vieilles pièces qu'il avait récupérées ici et là. Jeter toutes ses pièces détachées représentait donc pour lui une atteinte à son identité professionnelle. Un vrai traumatisme."

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